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Faute d’indices forts d'espoir, de jeunes sénégalais bravent la mort pour espérer mieux sous d’autres cieux


Rédigé par leral.net le Dimanche 3 Mai 2015 à 23:00 | | 3 commentaire(s)|

Faute d’indices forts d'espoir, de jeunes sénégalais bravent la mort pour espérer mieux sous d’autres cieux
Les événements tragiques du 19 avril dernier dans la Méditerranée continuent d'être sous les projecteurs de l’actualité. Si les gouvernements de pays européens secouent les cocotiers pour y remédier, ceux en revanche africains, pour la plupart, restent de marbre. Des réunions, colloques, discours et émissions ont été organisés un peu partout à travers le monde pour décrier cette catastrophe sans pour autant pointer du doigt les véritables causes et proposer des solutions réalistes et durables pour éradiquer ce fléau.

Ma conviction est toute faite, tant qu'il n'y aura pas de signes forts et des actes concrets annonciateurs d'espoir posés par nos gouvernants, les africains en quête de survie ou d'une vie meilleure continueront d’emprunter les embarcations de fortune ou d'utiliser d'autres moyens illégaux et dangereux pour rallier l'Europe, supposée être paradisiaque.

En faisant l'état des lieux, ont se rend compte qu'au Sénégal, les candidats adeptes de cette forme d'émigration sont en majorité des artisans et des jeunes en manque de qualifications professionnelles. La majorité vient des contrées les plus pauvres et les plus reculées du pays. La région naturelle du Sénégal Oriental en a suffisamment fait les frais et elle continue malheureusement encore à en pâtir. En effet, ne supportant plus la pauvreté galopante et son corollaire consistant à voir leurs parents galérer, rester des jours sans pouvoir assurer deux repas quotidiens, ces potentiels candidats à l'émigration clandestine avaient comme crédo, on se le rappelle, « Barça ou Barsak », comprenez l'Europe ou la mort. A l’époque, les jeunes, essentiellement de la banlieue dakaroise et des régions comme Louga, Saint-Louis ou encore Diourbel, partaient de nos côtes pour le saut périlleux. L’Union européenne s’y met, en collaboration avec nos Etats, pour mettre en place le Frontex avec un impressionnant dispositif aérien et maritime de surveillance et depuis lors, nos jeunes se sont rebiffés, ou du moins ont reculé pour mieux sauter.

Hélas, ces mêmes européens, les français en tête, ont savamment concocté et mis en œuvre un plan de liquidation du Colonel Khadafi et, bonjour les dégâts ! Ce pays demeure sans Etat, il est administré par des milices et est devenu l’autre voie d’entrée vers l’Europe. Les jeunes candidats changent de profil et de modus operandi. Ce ne sont plus les jeunes de la banlieue Dakaroise qui se distinguent dans ces suicides collectifs, mais ceux des contrées les plus lointaines du pays. Ils passent par le Niger, investissent le Sahara pour se retrouver en Libye où de redoutables malfrats criminels les accueillent, dans des conditions inhumaines.

Y a-t-il eu des avancées en termes d'emploi et de formation des jeunes ?

Pas grand-chose n’a bougé en termes de formation qualifiante des jeunes et de leur insertion dans le tissu économique de notre pays, malgré quelques initiatives comme le plan REVA (Retour Vers l’Agriculture) ou la GOANA qui ont vite périclité. Les pouvoirs publics à l’époque n’y croyaient pas trop et pourtant, avec des choix sérieux dans le domaine agricole (Programme National d’Autosuffisance en riz), comme cela semble être le cas présentement avec les fameux domaines agricoles communautaires aussi où les jeunes vont maîtriser tous les éléments liées à la production, à la transformation et à la commercialisation, des mutations importantes pourraient être opérées au plan psychologique avec la richesse qui sera indubitablement créée. Déjà, l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) a ouvert la voie en achetant 400 tonnes de riz de la vallée pour appuyer le gouvernement de la république de Guinée dans sa croisade contre Ebola. Les Grands Moulins ou la Sédima ont déjà commandé sinon acheté la production de maïs du domaine agricole communautaire de Séfa. L’oignon local marche, la tomate suit, le riz doit pouvoir l’être, en attendant les autres spéculations et les produits de l’élevage et de la pêche.

On se le rappelle, l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) avait financé une trentaine de projets générateurs de revenus au Sénégal. Une exposition fut même organisée dans ses locaux à Dakar en septembre 2007 avec comme thème « regards croisés sur l'émigration clandestine ». Aujourd'hui ces efforts semblent vains. La Fondation Konrad ADENAUER avait mis en place une série de bande dessinée sur le thème « Afrique Citoyenne : émigration clandestine, l'aventure mortelle » une initiative, dit-on, qui visait à redonner de l'espoir aux jeunes sénégalais mais que certains observateurs ont décriée comme peu efficace.

Les Européens premiers sur le front, les Africains se terrent !

Cette fois-ci encore, c’est l’Union européenne qui prend les devants. Elle convoque en urgence une réunion conjointe des ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères le jeudi 23 avril dernier. Deux agences ont été mises sur pied dont l'une a comme objectif de permettre le renforcement du système européen de surveillance des frontières, de réduire l'immigration clandestine, de lutter contre la criminalité transfrontalière et d'assurer la protection et le sauvetage des migrants en mer. L'action de la deuxième agence est également appuyée par la mise en place de centres nationaux de coordination (CNC) par chaque État membre de l'UE, afin d'échanger des informations avec d'autres pays. L'une, c'est à dire « Frontex », dispose actuellement d'un budget de fonctionnement de 114 millions d'euros et l'autre agence, « Eurosur » bénéficie, lui, d'un budget de 224 millions d'euros pour la période 2014-2020.

Hélas ces mécanismes de lutte ont montré leurs limites, car en dépit de toutes ces actions menées, à ce jour le phénomène persiste et persistera tant que les principaux concernés ne seront pas directement associés à la recherche de solutions durables qui ne s'appuient pas uniquement sur la répression ou sur l'instauration de projets générateurs de revenus mais, sur le respect et la considération de l'homme noir comme un être humain qui a des droits et des devoirs. D'autres solutions durables et réalistes existent. Avec le tiers du budget de « Frontex », le Sénégal peut complètement éradiquer ce phénomène de l'émigration clandestine.

Lors d'une tournée du Réseau International des Tambacoundois de la Diaspora pour le Développement dans la région naturelle de Tambacounda (2009 et 2010) que j'avais le privilège de diriger, un constat amer avait été fait. En effet, au cours des entretiens avec des jeunes des villes et communes de Tambacounda, Missirah, Gouloumbou, Kédougou, Bakel, Goudiry, Kidira et Diawara, il s'est avéré que beaucoup de candidats à l'émigration clandestine sont soit des personnes sans qualifications professionnelles qui ne voyaient aucune chance d'intégrer le monde du travail, soit des artisans en mal de pouvoir écouler leur production. Ce constat est encore d'actualité vu l'identité des sénégalais décédés en Méditerranée dans la nuit du 18 au 19 avril dernier.

Ainsi, le réseau avait mené une réflexion approfondie avec le concours des maires de la région ainsi que des acteurs du développement pour enfin proposer une solution réaliste et durable. Ce projet est aujourd'hui d'actualité et ne demande qu'à être financé pour voir le jour au bénéfice des Tambacoundois.

D'autre part, voici une liste non exhaustive d'actes forts que l'Etat du Sénégal peut poser pour redonner de l'espoir aux jeunes désespérés:

 Trouver un accord avec l'Union Européenne pour que toutes les demandes de visas Schengen formulées par les sénégalais soient gratuites et assorties d'une possibilité de recours en cas de refus non motivé par les ambassades. Seul les demandeurs qui obtiendront un visa seront invités à payer les frais y afférents. Dire qu'en cas de refus bien motivé et qu'après expiration de toutes les voies de recours, le demandeur ne pourra pas déposer une nouvelle demande de visa avant une à deux ans pour éviter des abus.
 Mettre en place un service de juristes sénégalais qui étudieront gratuitement toutes les demandes de visa refusées car la mobilité est un droit international pour chaque être humain.
 Que tous les sénégalais qui se sont vus refuser un visa Schengen ces 5 dernières années puissent récupérer la moitiés des frais de dossier qui sont exorbitant vu le niveau de vie des sénégalais.
 Rompre tous les accords de pêche sur les eaux sénégalaises pendant au moins cinq ans. Dire que seuls les sénégalais, vivant au pays et accrédités peuvent pêcher dans nos eaux.
 Rompre tous les accords de réadmissions qui consistent à renvoyer de force des immigrés clandestins qui ont déjà occasionné des décès parmi les africains
 Soutenir trente ateliers par région (menuisier en bois, menuisier métallique, cordonnier, bijoutier, teinturier, tisserand, sérigraphiste, etc..) en matériel et en finance et leur demander de former au minimum 5 jeunes de leurs localités en contrepartie.
 Construire dans toutes les régions du Sénégal des centres de formation professionnelle
 Décentraliser la foire de l'artisanat de Dakar dans les autres régions du Sénégal.
 Construire en urgence à Diamniadio un Marché National de l'Artisanat et de l'Art qui servira à la promotion des produits des artisans et artistes des régions du Sénégal
 Inscrire ce marché dans les grandes foires européennes
 Tenir un conclave national sur les ressources minérales du pays afin d’examiner à fonds les voies et moyens de mieux gérer les ressources qu’elles génèrent au profit de la jeunesse et des femmes du pays

A méditer...

Ousmane DIA / Gestionnaire et Médiateur Culturel / Artiste Plasticien / Enseignant d'Arts Visuels à Genève /






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