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Fermeture du site d’orpaillage de Diyabougou : La fin de l’or sonne la faim

Depuis l’interdiction de l’exploitation de l’or à Diyabougou, les populations vivent dans une détresse sociale. Elles s’en mordent les doigts avec une famine qui rôde autour des foyers : Dès la découverte du métal précieux, les villageois avaient abandonné leurs activités agro-silvo-pastorales.


Rédigé par leral.net le Lundi 9 Septembre 2013 à 11:58 | | 0 commentaire(s)|

Fermeture du site d’orpaillage de Diyabougou : La fin de l’or sonne la faim
Depuis 2009, c’était la ruée à Diyabougou, bourg situé sur les rives de la Falémé (département de Bakel, arrondissement de Kénia­ba) qui brillait de toutes les espérances. Aiguillonnées par l’appât du gain, les populations se bousculaient au pied de la mine pour extraire le métal jaune qui avait réussi à changer leurs conditions sociales, faites jadis de misère et de privation. Elles se pressaient dans les trous dépassant parfois 40 m. Douche désillusion. Aujourd’hui, les ex-travailleurs de ce site d’orpaillage fermé après des échauffourées sanglantes sont exposés à la famine. Regrets éternels.
Diyabougou est devenu un village fantôme, avec des âmes en peine, qui se retrouvent dans le creux de la vague. En découvrant ce trésor du sous-sol, les villageois avaient abandonné leurs activés agro-silvo-pastorales pour s’entasser au pied de la mine. Bave à la bouche, Abou Traoré, orpailleur, annonce des lendemains cauchemardesques dans son village où l’ambiance est devenue terne. Il dit : «Nous sommes meurtris et considérablement affamés. Nous tirions depuis 2009 notre salut de l’extraction de l’or.» Il est atterré. Sous ses yeux, le drame se noue au sein de sa communauté. La fermeture du site a affaibli la capacité des populations de préserver ou de restaurer leurs moyens de subsistance provenant uniquement du business de l’or. Au lieu de travailler leurs propres champs, de nombreux agriculteurs pauvres n’ont pas pu profiter des conditions météorologiques favorables en 2012. Les greniers sont vides, les derniers stocks de vivres sont épuisés. «Aucune famille n’est à l’abri de la famine qui a gagné le village tout entier. Tous nos greniers sont vides et nos familles affamées. Seule l’exploitation de l’or nous permettait de vivre et de subvenir à nos besoins. Nous vivons un drame parce qu’on ne mange plus à notre faim», assène-t-il. Longtemps guidé par les faux reflets de la pièce précieuse, un autre orpailleur rajoute une couche d’angoisses sur cet épais attelage de peines. «Nous ne pouvons plus nous prendre en charge sur le plan sanitaire. Il faut nous envoyer des vivres de soudure ou rouvrir le site. Il ne faudrait pas que l’Etat s’étonne que le pire ne se produise ici», tonne-t-il. Le pire ? Ce serait évidemment la famine et ses corolaires. Il faut savoir que les récoltes sont programmées dans deux à trois mois. Les familles pauvres ont épuisé leurs stocks de nourriture et sont confrontées à des prix alimentaires élevés dans l’attente de la prochaine récolte. Aujourd’hui, les belles promesses d’un hivernage abondant ne rassurent pas les populations.

Eldorado en ruines
Actives dans l’amélioration des conditions de vie et de travail des populations rurales, les Ong tirent la sonnette d’alarme. Multipliant les rencontres d’information sur cette question, la Coalition nationale des organisations de la société civile sur la gouvernance des ressources minérales au Sénégal (Cnoscgrms), Osiwa, Oxfam et l’Usaid/Pgp ont sillonné les sites d’orpaillage pour tenter d’extraire les problèmes liés à l’orpaillage traditionnel. Sory Diallo, coordonnateur de la coalition, est conscient de la situation sociale de cette austère bourgade. «Des concertations sont en train d’être menées pour normaliser et sécuriser l’orpaillage traditionnel, afin de pouvoir rouvrir le site, gage d’une stabilité sociale pour les populations déboussolées et meurtries», dit-il. Il sait que l’urgence est la réouverture «rapide» de ce site qui assurait la souveraineté sociale des populations. Cette douloureuse situation serait en partie due à la négligence et au laxisme de l’Etat qui était absent durant l’exploitation de la mine.
Plusieurs centaines de milliers de personnes vivaient dans ce site d’orpaillage sans qu’une brigade de gendarmerie encore moins une police des frontières n’y soient installées, laissant les populations appliquer leurs propres lois. L’anarchie avait prospéré. Un arrêté pris par le gouverneur de Tambacounda avait interdit toute activité après les affrontements sanglants entre Burkinabè et Maliens. Il faut rappeler que cette bagarre avait occasionné plus d’une dizaine de morts et de nombreux blessés graves, les 5 et 6 mars 2013. A l’époque, les autorités administratives avaient recensé plus de dix nationalités à Diyabou­gou où s’entassent dans des maisons lézardées plus de 500 mille personnes. Les étrangers avaient migré vers d’autres zones plus prospères abandonnant les autochtones, déboussolés et meurtris, à leur misère.


Ainsi va Diyabougou…
Correspondant
lequotidien.sn






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