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Fesman, Apix, Lonase, King Fahd palace, Arcelor Mittal: Affaires classées ?

Au moment où le fils de l’ex-président de la République, Karim Meïssa Wade est traîné devant la justice pour répondre des délits d’enrichissement illicite et de faits de corruption, on reste sans nouvelles de dossiers souvent plus scandaleux les uns que les autres : Fesman, Apix, Lonase, Arcelor Mittal ou King Fahd Palace…


Rédigé par leral.net le Jeudi 7 Août 2014 à 22:22 | | 2 commentaire(s)|

Fesman, Apix, Lonase, King Fahd palace, Arcelor Mittal: Affaires classées ?
Dans un entretien au site de l’hebdo Jeune Afrique, le président de la République soutient l’existence d’une flopée de dossiers auxquels il n’a pas jusqu’ici donné suite. Parmi ces dossiers, on peut citer le troisième Festival mondial des arts nègres (Fesman) qui a été l’un des plus grands scandales financiers du pays. Alors qu’au départ, l’évènement était évalué à 5 milliards seulement au titre de la participation sénégalaise, le 3ème Fesman a finalement englouti plus de 80 milliards de F Cfa au lieu des 7 milliards de F CFA annoncés par l’ancien régime et représentant la contribution des autres Etats et organismes. Ces fautes “graves” et “autres manquements” notés pourtant par le rapport public sur l’état de la gouvernance et de la reddition des comptes présenté en 2013 par l’Inspection générale d’Etat restent jusqu’ici impunis. De fait, Sindiély Wade et ses “co-gestionnaires” dudit évènement dont l’ancien ministre de l’Information, Abdoul Aziz Sow, ne semblent plus risquer quelque chose car le chef de l’Etat a décidé de ranger le dossier pour des raisons qui lui sont propres à lui.

A côté, il y a l’affaire Arcelor Mittal avec qui l’Etat du Sénégal avait signé en 2007 une concession pour l’exploitation des minerais de fer de la Falémé (MIFERSO). Mais à la suite de manquements de ladite société à ses obligations, l’Etat sous le magistère d’Abdoulaye Wade avait porté plainte pour obtenir réparation des préjudices subis. Selon le coordonnateur du Parti démocratique sénégalais, Oumar Sarr, “en mai 2014, le tribunal arbitral de Paris vidant son délibéré avait (pourtant) donné raison au Sénégal en disant que notre pays avait eu raison de résilier le contrat de concession au vu des graves fautes de violation du contrat par MITTAL et il ne restait plus qu’à fixer le montant des dommages et intérêts”. A l’en croire, c’est par la suite que Macky Sall a arrêté la procédure d’arbitrage et transiger pour 150 millions d’euros soit 98 milliards de francs CFA alors que l’Etat du Sénégal réclamait 5 milliards de dollars américain soit près de 2 500 milliards de francs CFA. Devant l’Assemble nationale, il y a quelques semaines, le ministre de l’Economie et des Finances a défendu le réalisme des autorités sénégalaises, avec des arguments qui n’ont pas été forcément pertinents.

Tout comme le dossier Arcelor Mittal, la nébuleuse de la concession accordée à Racine Sy pour la gestion et l’exploitation du King Fahd Palace (ex Méridien-Président) reste encore non élucidée à ce jour, alors que les différents acteurs dénoncent une “illégalité totale” dans l’octroi de cette concession. Il s’est trouvé que la clause du contrat de concession alloue une part de concession de 50% à Racine Sy alors que, notent des proches du dossier, “partout dans le monde, il est interdit d’aller au-delà de 15% du revenu brut d’exploitation” (RBE). Ministre du Tourisme d’alors, le chanteur Youssou Ndour avait pourtant pris l’initiative de casser le contrat de concession afin d’en lancer un autre, mais il a vite fait de renoncer à ce projet pour des raisons qu’on ignore jusqu’ici.

Autre dossier qui mériterait une attention toute particulière, c’est la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) dans laquelle les audits de l’ARMP avaient montré que plus de dix milliards de francs Cfa ont été dépensés de façon “totalement irrégulière” sous la direction de son ancien directeur général, Baïla Wane. Celui-ci, arrêté et emprisonné pendant plusieurs mois, a fini par être relâché. Le dossier attend donc de livrer tous ses secrets.

Dans un contexte marqué par le principe, par ailleurs noble, de la reddition des comptes à travers ce qu’on appelle la traque des biens mal acquis, ils sont nombreux les dignitaires de l’ancien régime libéral que l’opinion sénégalaise s’attendait à voir devant les tribunaux. Parmi eux figurent l’ancien ministre de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom (patrimoine immobilier dont une maison à 200 millions à Saint-Louis), Oumar Sarr (affaire du plan Jaxaay), Abdoulaye Baldé (gestion de l’Anoci), Samuel Sarr (fuel relaté de la Sar), etc. A l’heure qu’il est, tout semble à l’arrêt même si Dame justice a un rythme qui lui est particulier… A moins que ce ne soit Macky Sall en personne qui fait blocage au profit de ses anciens camarades de parti…


MACKY SALL, MAÎTRE DES POURSUITES

Après la grosse boulette du ministre Mbagnick Ndiaye relative aux pouvoirs de nomination qui seraient ceux de la première Dame, c’est au tour du chef de l’Etat lui-même de poursuivre la série dans Jeuneafrique.com. Macky Sall y reconnaît en effet avoir la haute main sur les poursuites judiciaires à l’encontre d’opposants à son régime.

Pour le Président Macky Sall, “le nombre de choses qu’il n’y a pas lieu de dire augmente chaque jour”. Merci Gide !

A la faveur du premier Sommet Etats-Unis/Afrique qui vient de s’achever à Washington, le président de la République du Sénégal s’est livré, avec une intensité médiatique qui lui est si peu habituelle, à plusieurs interviews accordées à de grands médias occidentaux et africains. Il s’est confié tour à tour, et pas forcément dans l’ordre, au site Jeuneafrique.com, à la Voix de l’Amérique (VOA), et à Radio France Internationale (RFI). Entre les dossiers africains et internationaux, et l’actualité sénégalaise, Macky Sall a eu le temps de s’épancher, notamment sur des sujets qui lui tiendraient à coeur comme la “dynastie Faye-Sall”. A cet égard, rien de spécial à signaler car le chef de l’Etat s’est défendu avec des arguments classiques…

C’est sur le registre des institutions et de son rapport à la conduite des dossiers judiciaires que le président de la République s’est visiblement trahi. Et là, c’est un homme inquiétant qui a parlé. A propos de la traque des biens mal acquis, il a lâché : “il n'y a pas d'acharnement, sur qui que ce soit. Vous seriez surpris par le nombre de dossiers auxquels je n'ai pas donné suite.” Pour un Président qui a construit une part de son image de leader réformateur autour du sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs, une telle affirmation paraît sortir d’un trou de lapsus, mais on peut en douter. Dans ce pays qui bruit d’affaires judiciaires mettant en selle une pléiade de responsables politiques appartenant en gros au Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade, un tel aveu peut relever d’une volonté de puissance que Sall lui-même estimerait assise et irréversible.

Sous cet angle, cet aveu serait un appel du pied à des leaders politiques déjà carbonisés par leurs états de services sous l’ancien régime et que l’on croit encore capables de massifier les rangs d’un parti présidentiel qui manque trop d’épaisseur. Et là, d’une façon ou d’une autre, le chef de l’Etat montre ainsi qu’il ne se privera pas de favoriser la poursuite de la transhumance politique en faveur de son camp. Sous un autre angle, ce serait du grand bluff mais avec toujours le même objectif qui consiste à appâter les déchets politiciens en vadrouille sur le marché…

Dans le brouhaha du procès de Karim Wade et de ses co-accusés, cette déclaration du Président Macky Sall est d’une gravité extrême, contre lui-même d’abord. Contre les institutions de la République ensuite. Contre la stabilité du pays en fin de compte. Sans s’en rendre compte ou en toute connaissance de cause, le chef de l’Etat donne du grain à moudre à ceux, nombreux, qui ont définitivement acquis le sentiment que c’est lui qui, en son palais et derrière son air flegmatique, jouerait le rôle du véritable maître des poursuites contre des adversaires réels ou potentiels. Si l’ex-ministre Awa Ndiaye est plus libre que le vent aujourd’hui après ses performances hors normes contre les intérêts du pays, il ne sied pas qu’une certaine catégorie de politiciens indélicats puisse raisonnablement faire l’objet de menaces.

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