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Fodé Sylla ambassadeur itinérant du Sénégal : « Il est intéressant que la Diaspora se présente à des élections »

Fodé Sylla est ambassadeur itinérant du Sénégal depuis 2014. Il fut en France, président de Sos Racisme, parlementaire européen et membre du Conseil économique, social et environnemental. Dans cette interview, il revient sur les acquis démocratiques du Sénégal, conférant à ce pays une vitrine de pays avancé, en matière des droits humains. L’ambassadeur itinérant appelle également au vote massif du « Oui » pour le référendum.


Rédigé par leral.net le Vendredi 11 Mars 2016 à 02:12 | | 5 commentaire(s)|

Fodé Sylla ambassadeur itinérant du Sénégal : « Il est intéressant que la Diaspora se présente à des élections »
Quelles sont les principales motivations de votre séjour à Dakar ?

Nous sortons d’une réunion où l’on avait des délégations venues de Tambacounda, de Thiès, de la Médina et de Colobane autour d’une coordination que nous avions mise en place, un mouvement qui se prononce pour le « Oui » pour la prochaine consultation. Il se trouve que c’est eux qui m’ont sollicité. Sinon, j’étais déjà dans une dynamique de soutenir le chef de l’Etat. Ces différentes localités ont une signification pour moi, Thiès parce que j’y suis né. Tambacounda est la région de mes origines et la Médina parce qu’une partie de ma famille habite présentement là-bas. J’ai noté une volonté de populariser les 15 points du texte de référendum qui sera soumis au peuple sénégalais. Il est important d’expliciter certains points qui souffrent de mauvaises interprétations. Nous allons dans cet ordre, essayer de les expliciter dans les différentes langues nationales. Les jeunes envisagent, dans cette perspective, d’organiser des rencontres d’échanges, d’initier des thés débats. Il y’a des gens parmi eux qui sont des étudiants en droit ou d’autres filières et qui pourront apporter des explications. Ils envisagent aussi de faire des caravanes, des tournées, des veillées. Une pile d’initiatives sera soumise à la population sénégalaise. J’ai trouvé cela très rafraîchissant de compter sur des personnes qui ne sont pas arcboutées sur des positions purement politiques et qui ont la volonté d’expliquer combien ces mesures peuvent faire grandir la démocratie sénégalaise.

En tant qu’ambassadeur itinérant et ancien député européen, que pensez-vous des 15 points soumis au peuple?

J’ai eu la chance de faire une grande partie de ma carrière dans les mouvements associatifs pour ensuite représenter la France au Parlement européen. J’ai également été dans le Cese français. Au Parlement européen, j’ai occupé des postes stratégiques comme vice-président des Acp. Ensuite, j’ai également toujours été du côté des personnes qualifiées de démunies. Nous avons toujours combattu pour une application exclusive des principes républicains. Ma tâche en tant qu’ambassadeur itinérant est de veiller, bien entendu, à participer à la consolidation de cette bonne image. Tous les domaines qui peuvent nous aider dans l’amélioration de nos politiques publiques sont concernés. Je m’aperçois que le Sénégal reflète à l’extérieur une vision extrêmement positive. C’est l’un des pays les plus stables et démocratiques de la sous-région. La stabilité et la démocratie attirent des investisseurs. Avec la stabilité notée, les investisseurs sont plus enclins de verser leurs fonds, sur le marché sénégalais. Nous avons une démocratie apaisée voila pourquoi les investisseurs viennent. A travers cette consultation du référendum, je vois un pays qui malgré une démocratie solide aspire quand même, à poser des actes qui aillent dans le sens de la consolidation. Ce que nous voulons faire aujourd’hui, c’est d’offrir au Sénégal une position définitive, de façon immuable et permanente dans notre Constitution. Dans les points, il y’a également quelque chose qui tient vraiment à cœur ayant suivi en France la naissance de la politique de la Ville, sous Mitterrand et des grandes lois de la décentralisation où d’ailleurs, le mouvement Sos-Racisme a beaucoup œuvré. De la même façon, je trouve qu’il y’a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre du tout dans la posture de l’opposition. Comment pouvons nous mettre en cause une réforme qui dit je vais faire de la reconnaissance de l’opposition, en lui donnant un statut et des droits ? Il faut être schizophrène que d’aller mettre un bulletin pour dire je suis contre le fait qu’on m’octroie un nouveau droit. C’est quand même incroyable. Il y’a une nouvelle disposition qui dit améliorer ton statut, et toi tu dis voter contre.

Ceux qui théorisent le « Non » se fondent essentiellement sur la non-rétroactivité du quinquennat, ce qui voudrait dire que même si le « Oui » l’emporte le mandat en cours est parti pour durer 7 ans, qu’en pensez-vous ?

J’entends des gens qui me disent le président de la République est élu pour 7 ans, il faut qu’il fasse autant d’années. Il y’en a d’autres qui ne sont pas contents au contrario. Ils disent qu’il a fait la promesse d’écourter son mandat à 5 ans. Le propos d’un citoyen, fut-il président de la République, ne peut pas prendre le dessus sur la Constitution. Il revient en réalité au Conseil constitutionnel d’en décider. En un moment donc, quand tu veux toucher la Constitution, il n’y a pas trois moyens de le faire. Soit tu passes par la voie parlementaire, entre nous, si le chef de l’Etat avait fait recours à cette voie, il y’aurait beaucoup plus de critiques. Les partisans du non diront que là, c’est l’émanation directe du pouvoir. L’autre solution était de passer par le Conseil constitutionnel. Honnêtement, dans l’argumentation de l’opposition, il valait mieux proposer d’autres pistes. Je trouve personnellement égoïste d’appeler les gens à voter contre un texte qui pose des actes de consolidation de la démocratie. Lorsque les choses vont dans le sens contraire d’agrandir les libertés collectives, là il faut agir. Seulement, c’est contradictoire de s’opposer à des acquis démocratiques. Le monde entier regarde le Sénégal par l’efficience et l’efficacité démocratique de son système. De très rares présidents prennent aujourd’hui le soin de consulter le peuple à travers des référendums, Macky Sall l’a fait. Les opposants jugent malheureusement à travers des raisons factuelles, c’est comme cela que l’on s’est retrouvé à rejeter des mesures d’envergure et d’une importance capitale. Si nous adoptons ce référendum, le Sénégal va passer dans le camp des grandes démocraties. Qu’est-ce qui selon vous, justifie le plébiscite du Sénégal au Conseil de Sécurité ? Pourquoi autant de pays du monde votent d’une seule main et voix pour le Sénégal. Qu’est-ce qui fait que lorsqu’on prend la parole en tant que Sénégalais, nous sommes distingués. Il suffit partout de dire qu’on est Sénégalais pour voir ce que cela donne. Qu’est-ce qui fait que quand on est héritier de tout cela que l’on soit reconnu ? C’est parce qu’on n’a pas une histoire comme les autres. Cet héritage, il faut le défendre jusqu’au bout. Vue de l’extérieur, ce serait illisible, incompréhensible, que de dire que le Sénégal a refusé d’aller vers des mesures démocratiques.

Est-ce que vous ne craignez que le « Non » finisse par l’emporter ?

Je crois en l’être humain. Nous sommes des rares à avoir combattu l’Apartheid, quand plusieurs personnes disaient que jamais nous allions remporter ce combat. Il est impossible de voir les hommes blancs et les noirs se réconcilier, disaient-ils. Je fais partie d’une génération qui a commencé à militer quand il y’avait le mur de Berlin. Je fais partie des délégations de jeunes qui étaient partis ramasser des morceaux de vestiges, après l’effondrement du mur de Berlin. Nous avons vu des événements invraisemblables se passaient dans le 20ème siècle. Nous nous sommes toujours battus et avons toujours cru à la potentialité de l’homme. D’autres régimes m’ont approché. Si j’acceptais de répondre à l’appel de Macky Sall, c’est parce que je crois en l’homme. Je pense qu’il est fondamentalement démocrate. Les gens s’opposent par opportunités ou pour des questions réelles de convictions.

En tant que Sénégalais issu de la Diaspora, est-ce qu’on peut s’attendre si le « Oui » l’emporte, que vous briguez le poste de député à l’Assemblée nationale ?

C’est une bonne question. Mais elle se posera au moment opportun. Pour l’heure, je suis engagé dans une dynamique auprès du chef de l’Etat. Mon rôle est de toujours accompagner les générations. J’aurais pu rester président du Sos-Racisme. Je suis quand même parti. Mon parcours et ma vie militante m’ont permis d’avoir des positions. Cela ne m’a jamais empêché de prendre en compte les jeunes générations. Chacun d’entre nous a le rôle également l’obligation de laisser de la place aux autres générations. Si je trouve qu’il y’a des jeunes beaucoup plus déterminés et mieux aptes à postuler, je leur laisserais le soin de le faire. A trente ans, j’étais déjà député au Parlement européen et à 25 ans je m’occupais de l’un des plus grands mouvements de jeunesse, à travers le monde. Ce qui est intéressant, c’est de dire que l’on va réussir dans une situation pas facile, partagée entre les pressions idéologies et amalgames. Je pense qu’il est intéressant d’avoir des gens issues de la Diaspora qui pourraient se présenter à des élections.

Vous avez une grande expérience des mouvements associatifs, comment comptez-vous faire bénéficier de toute cette expérience aux jeunes sénégalais ?

Je pense qu’avec la naissance de nouveaux textes naissent aussi de nouveaux devoirs et cela est extrêmement important. Je vais continuer à discuter avec les citoyens et les populations. Si ces jeunes ont fait appel à moi, c’est que l’on se voie régulièrement, d’ailleurs nous avons une multitude de structures d’aides aux jeunes établis au Sénégal. Je vois des jeunes qui demandent peu pour pouvoir s’en sortir. Des jeunes qui ont des projets à bascule à 100 %. Il y’a une intelligence et une énergie créatrice chez les jeunes sénégalais que j’ai rarement vues dans le monde. Il y’a un engouement, une dynamique et une conscience extraordinaires. Il y’a une ouverture au monde. Il y’a un terreau à exploiter pour accompagner les jeunes vers plus de liberté et de démocratie.

Quel est le message que vous lancez par rapport au référendum ?

Si l’on n’est pas égoïste et que l’on veut réellement que notre pays continue à rayonner et à attirer les touristes et les investisseurs. Si l’on veut vraiment que le Sénégal continue à rayonner à travers le monde, on se doit de voter massivement pour le « Oui ». Je n’aurais personnellement qu’un seul bulletin : celui du « Oui ».

Comment comptez-vous battre campagne en faveur du « Oui » ?

Nous avons prévu de faire un travail pour une meilleure compréhension des 15 points. Nous allons faire recours, pour cela, aux médias locaux, le porte à porte, des textes qui seront réduits en différentes langues nationales. Des Sabars, des concerts, des rencontres et des caravanes seront aussi organisés. Nous serons aussi avec le ministre d’Etat Amath Dansokho afin de mener ensemble la campagne.

Que pensez-vous du Mouvement « Y’en à Marre » ?

Je suis moi même issu des mouvements de jeunesse, pour cela, je leur voue un respect et une estime. Moi, par exemple, je disais ne touches pas à mon pote, mais derrière, je faisais une série de propositions, pour lui faire sortir de sa situation. Ma posture quand j’ai créé Sos-Racisme, ce n’était pas de dire uniquement qu’il y’a des racistes. Je proposais aussi des solutions pour sortir de ce racisme. Il faut savoir poser, de façon propositionnelle, des actes. Je me suis battu en France pour le droit du sol, de l’instauration du ministre des Villes, entre autres. J’avais des batteries de propositions. Un mouvement doit également faire des propositions constructives. Cela me parait très important. Bref en tant qu’ancien de ce genre de mouvements, il ne m’appartient pas d’apporter des jugements. Les jeunes avec qui je suis ne sont pas dans les dynamiques de partis politiques. Ils sont issus de toutes les sphères et organisations.


Propos recueillis par Maguette NDONG et Oumar BA Le Soleil






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