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Formater pour le développement

« Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes », avait écrit Jean Bodin philosophe et théoricien politique français du seizième siècle.
L’homme et la femme sont au cœur de l’équation du développement. Mais peut-on être acteur de développement sans acquérir la connaissance dans un cadre organisé par la société dans son ensemble et l’État en particulier ?


Rédigé par leral.net le Mardi 13 Mars 2012 à 10:02 | | 0 commentaire(s)|

Formater pour le développement
Les sénégalais sont-ils bien formés et formatés pour répondre aux exigences du développement national dans un contexte mondial de forte concurrence des nations ?Y a-t-il adéquation entre les formations actuelles et les besoins nationaux en matière d’emploi ? Y a-t-il adéquation entre l’éducation reçue à l’école et dans la société et le profil du citoyen de développement ?L’école sénégalaise joue-t-elle son rôle d’égalisation des chances de réussite entre les citoyens ?
Ces questions sont plus qu’essentielles. Elles sont vitales pour la nation.

L’élite actuelle doit d’abord sa position à l’école publique d’hier. Est-ce le cas encore aujourd’hui ? Le fils du pauvre paysan (par exemple) a-t-il dans le contexte actuel la chance d’arriver au sommet de la hiérarchie sociale par l’échelle de l’école ?

Une réponse à ces questions simples aurait montré le recul actuel de l’école dans sa mission première de socialisation et d’égalisation des chances pour toutes et tous. Les autres structures sociales aussi n’ont pas su véritablement suppléer l’école.

Le constat est qu’aujourd’hui l’enseignement public se meurt au Sénégal parce que l’État semble de plus en plus orienté vers une sorte de concession de l’éducation nationale aux familles et aux écoles privées. De nos jours, inscrire son fils ou sa fille dans le privé n’est plus un effet de snobisme mais bien une nécessité que la plupart des familles supportent difficilement au prix de sacrifices énormes. Cela pose un problème de justice sociale. Les élites se renouvelant en fonction de la position pour ne dire du rang social.
Formons-nous pour répondre aux exigences de compétences définies et nécessaires à notre développement ? Est-il responsable de continuer dans une démarche globale d’acquisition de connaissances sans rapport avec les exigences de notre développement qui exige plus d’approche par compétence ?
Une chose est sûre : la grande masse de chômeurs qui sortent de notre système éducatif devrait suffire pour reconnaitre qu’il y a globalement une inadéquation grave entre les enseignements et les exigences du développement national.

L’éducation et la formation perdent aussi en valeur. La formule « La chance est préférable à la licence » est comme entrée dans le subconscient collectif juvénile et pousse à une orientation chimérique vers d’autres centres d’intérêt comme le sport (surtout le football et la lutte avec frappe) et la culture avec beaucoup d’appelés et peu de réussites. L’autre chimère des jeunes, c’est l’émigration avec des risques énormes et souvent dramatiques.

Jusqu’ici, les deux véritables réflexions collectives sur les questions d’éducation au Sénégal (les EGEF états généraux de l’éducation et de la formation de 1981 et le PDEF programme décennal de l’éducation et de la formation de 2000 à 2010) n’ont pas véritablement permis la révolution dynamique attendue en dépit des effets de manche des pouvoirs publics.

Pour inverser la tendance, nous pensons qu’il est nécessaire d’articuler la réflexion et l’action autour des axes ci-dessous :

- redéfinir les objectifs clairs et les contenus simples de chaque niveau d’éducation en fonction du double impact de la socialisation de l’apprenant et de son utilisation en fin de formation pour le développement,
- généraliser (au-delà du programme de case des tout-petits) l’enseignement préscolaire progressivement sur les dix prochaines années avec un objectif simple consistant à mettre l’enfant dans des dispositions d’éveil sur son environnement,
- clarifier les objectifs de l’enseignement élémentaire qui doit permettre surtout à tous les fils et filles du pays de maitriser au finish la langue officielle, de pouvoir transcrire au moins une langue nationale, d’acquérir des rudiments des sciences et techniques, et d’avoir des réflexes citoyens,
- préciser un peu plus le rôle de l’enseignement moyen et secondaire général qui pourrait être un moment de détection claire des aptitudes des apprenants pour une orientation stratégique pour la vie,
- réformer les universités par un ancrage plus accentué dans la vie professionnelle avec une meilleure articulation régionale,
- créer une adéquation (grâce à une approche par compétence) entre enseignement technique et professionnel et les besoins réels du pays en termes d’emplois,
- donner aux collectivités locales plus de moyens dans leur mission de prise en charge de certains aspects logistiques et sociaux de l’enseignement élémentaire (notamment le maintien de l’infrastructure, la résolution des problèmes didactiques et l’assistance sociale aux défavorisés),
- introduire l’enseignement religieux optionnel et les langues nationales dans les programmes pour inculquer des valeurs nécessaires du développement individuel et collectif,
- valoriser la fonction enseignante avec un système d’évaluation et de primes de rendement basées sur des critères objectifs de réussite des apprenants,
- engager fortement l’État dans son rôle majeur d’éducation universelle au nom du principe d’égalité des chances notamment en faveur des couches défavorisées.

L’école doit être un cadre qui garantit le respect de la discipline et de l’égalité. Elle doit cesser d’être un cercle de propagande de quelque nature que ce soit. L’autorité des dirigeants des écoles doit être restaurée pour ne pas tomber dans une sorte de réceptacle moderne de toutes les tares sociales.

En définitive, la question du rapport à l’éducation a connu un désaxage scandaleux depuis les plans d’ajustement structurel qu’il appartient de corriger au plus vite si nous voulons avoir des têtes bien faites capables de développer ce pays sans discontinuité.
Nous devons décomplexer l’école en formant d’abord pour la vie économique et sociale et non pour la simple culture générale sur le monde.
Nous devons par exemple définir le profil de l’agriculteur moderne et former une grande masse de jeunes sur cette base.
Cependant, il faudrait que l’État comprenne que l’éducation n’est pas une charge. C’est un investissement obligatoire.

Mamadou NDIONE
Economiste-Ecrivain-Logisticien
Mandione15@gmail.com
*Extrait du dernier livre de l’auteur « Un autre Sénégal est possible »






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