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Fortune des hommes politiques sénégalais

Depuis la déclaration de patrimoine du Chef de l’Etat, acte symbolique fort à saluer, tous les regards se sont tournés, par simple curiosité ou dans un souci de transparence, vers la fortune personnelle de ce dernier mais aussi sur celle réelle ou supposée des autres acteurs politiques sénégalais qui, hier comme aujourd’hui, ont tenu les brides du pouvoir. Entre conjectures et supputations, les commentaires vont bon train en ce moment sur les origines ces biens: débats télévisés, talk show, articles de presse, etc. Mais, au-delà de toute la cacophonie et de l’épais mystère qui entoure encore le patrimoine de nos dirigeants, on peut au moins s’accorder sur une chose : faire de la politique enrichit très rapidement sous nos cieux.


Rédigé par leral.net le Jeudi 10 Mai 2012 à 20:12 | | 1 commentaire(s)|

Fortune des hommes politiques sénégalais
Que celui qui n’a jamais volé un centime lève la main droite et dit « je le jure » !



En Afrique, et plus particulièrement au Sénégal, on le sait, avoir une certaine position au sommet de l’Etat est une sinécure. Car, elle offre, en plus de la sécurité sociale assurée, d’avantages énormes, de passes-droits et de privilèges de toutes sortes, un facile accès aux deniers publics qui, malheureusement, peut pousser les âmes faibles, sans foi ni loi et ne s’encombrant guère de scrupules, à la prévarication et à l’enrichissement illicite. Le détournement des biens de la République, c’est bien connu, est une des plaies de notre administration publique. Dans plusieurs cas, il est rendu possible par un environnement institutionnel défaillant dans lequel les mécanismes de contrôle sont souvent complaisants, voire impuissants envers les personnes présumées coupables de malversations ou d’abus de biens publics mais détentrices de la carte très convoitée du parti au pouvoir.
Dans un pays comme le nôtre, pauvre et très endetté, l’élite au pouvoir a habituellement fait main basse sur les quelques maigres ressources de la nation. Par la dilapidation de l’argent public, la concussion, l’impéritie, entre autres, elle a plongé, et ce de façon durable, notre économie nationale dans une situation peu enviable. Souvent acquise de manière rapide et peu catholique, la fortune de certains de nos hommes et femmes politiques pose bien des problèmes d’ordre éthique.
Rien, absolument rien ne peut expliquer objectivement, en effet, chez nos leaders de partis, anciens ministres, PDG de sociétés publiques ou autres, en l’espace de quelques années aux affaires, ils puissent passer rapidement de nécessiteux, selon les cas, à très riches.
Sans vouloir accuser personne, offenser, encore moins verser dans la très facile et lâche diffamation ou la dénonciation calomnieuse et grotesque contre d’« honnêtes » citoyens, on peut simplement constater, comme tout le monde dans ce pays, qu’entre deux battements de cils, sous Senghor, Diouf et Wade, beaucoup ont réussi à se bâtir d’immenses fortunes qu’une vie entière et honnête de dur labeur n’aurait sans doute jamais pu leur offrir.
D’origines sociales généralement modestes, pour la plupart d’entre eux, bon nombre d’acteurs de la classe politique sénégalaise, chez qui on peut déplorer, parfois, l’indignité, le manque d’amour de la patrie et l’instinct prédateur prononcé, deviennent aussitôt riches à milliards à l’exercice du pouvoir. Cette réalité, loin d’être un phénomène nouveau, est devenue plus concrète et palpable sous l’alternance. Ceci s’observe particulièrement par l’acquisition tous azimuts de biens immobiliers, de véhicules de luxe et par tous les scandales financiers à répétition (vol de dizaines de millions dans des domiciles privés par exemple) que la presse people évoque tous les jours. On peut citer aussi le cas surprenant de ce garde du corps d’un ancien Président de la République qui serait devenu propriétaire de villas huppées dans des quartiers résidentiels très courus par la nouvelle bourgeoisie dakaroise. Entrés sur le tard dans un monde d’opulence et d’excès, les crésus de la République, nouveaux comme anciens, jouissent en toute impunité de leurs biens. Et pourtant les preuves qui les incriminent ne sont pas difficiles à trouver.
Ils sont si «friqués» nos amis politiciens qu’à l’occasion des campagnes électorales, par exemple, certains s’offrent le luxe d’acquérir de grosses cylindrées (Hammer, GMC, Prado) pour sillonner les pistes sablonneuses du pays sous le regard parfois médusé et interrogateur des pauvres, honnêtes et braves paysans qui, eux, ne gagnent leur pain qu’à la sueur du front. Arrogants et complexés, ces individus que la politique a enrichis trop rapidement tentent, en toutes les occasions, de prouver par leur stupidité que l’argent est roi dans ce pays. A preuve, beaucoup n’ont pas hésité pendant la dernière présidentielle à arroser leurs militants, sympathisants ou souteneurs à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes partout où ils sont passés. Moralité : ce que l’on a pris de la poche d’autrui, on le dépense sottement dit l’adage.
Mais, le plus renversant dans ce cirque est que ces nababs d’un genre particulier, sortis il y a peu de la classe des goorgoorlu (Sénégalais moyens), ne vivent que pour et par la politique. Et cette dernière leur rend bien cet amour de la chose publique. Car, tenez-vous bien, même boutés hors des allées pouvoir et devenus, occasionnellement, chômeurs de luxe, certains de nos dirigeants mènent un grand train de vie. Qui a dit que faire de la politique n’enrichit pas ?
En réponse à cette préoccupation, on pourrait faire un constat: presque tous se seraient servis, d’une manière ou d’une autre, de l’argent frais du contribuable: surfacturations, parts de marché, gestion rentière des ressources nationales, détournements de biens, fonds politiques, etc. En d’autres termes, les pilleurs de la République, puisqu’il faudra les nommer ainsi, se sont minutieusement constitués de véritables butins par d’habiles ruses et stratagèmes.
Soustraire l’argent du peuple n’est pas chose difficile dans le petit monde de la délinquance en col blanc où l’on croit que le bien commun ne doit servir qu’à des intérêts personnels, familiaux ou claniques. Ingénieux dans l’art de vider les caisses poreuses de l’Etat, nos « Arsène Lupin » savent, plus que quiconque, que pour bien se remplir les poches dans ce pays, depuis 1960, on n’a pas besoin de porter une cagoule et de défoncer les coffres-forts du Trésor public à grands coups de marteau, de pioche ou de burin. Il suffit juste d’être dans les sphères du pouvoir en place !
Pour finir par là où nous avions commencé, c’est-à-dire le tollé sur la déclaration de patrimoine de l’actuel Président de la République, on voudrait rappeler, sans aucunement nous ériger en donneur de leçons, que cette obligation constitutionnelle ne doit pas seulement se limiter à dire « j’ai ça, ça et ça ici ou là» mais elle devrait également informer, et ce de manière précise, sur les origines de ce riche patrimoine acquis sous l’alternance. Aussi, on devra s’intéresser, transparence oblige, aux milliards de tous ceux qui nous ont dirigé ce pays dans le respect strict des lois.
La transparence ne saurait se réduire à sortir des cadavres uniquement des tiroirs des autres (ce que feront probablement les audits annoncés depuis mars et qu’on attend de voir). Au contraire, elle doit s'entendre comme une prescription pour les nouveaux dirigeants de montrer qu’eux aussi n’ont pas les mains sales, qu’ils ne trainent pas nombre de casseroles car ayant goûté pendant un certain temps aux mets et délices du pouvoir dans un passé plus ou moins récent. C’est pourquoi il est impératif d’envisager une moralisation de la vie publique par un nouveau mode de gouvernance. Pour ce faire, une politique de rupture dans la manière de gérer les affaires de l’Etat et, principalement, les finances publiques permettrait d’éradiquer, lentement mais sûrement, le fléau de l’enrichissement illicite. Il s’avère également nécessaire de doter ce pays de cours et tribunaux dirigés par des magistrats indépendants qui répriment sévèrement la délinquance financière. En outre, avec l’avènement d’une presse d’investigation qui fourre son nez partout, le retour des valeurs comme l’honneur, la dignité, le sens des responsabilités et de l’intérêt général, il sera plus facile de nouer une plus forte alliance pour la République.



Amadou SARR, saramadou2008@gmail.com





1.Posté par ndiaye le 11/05/2012 16:05 | Alerter
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La publication du patrimoine de l'actuel locataire de l'avenue Léopold Sédar Senghor et ce qu’il révèle a au moins le mérité de renseigner et d’expliquer.
En effet, cette publication nous renseigne bien sur les possibilités qu’offrent des charges publiques ou l’exercice du pouvoir d’état, dans un environnement politique Africain, pour se constituer un patrimoine ou enrichir son patrimoine
Cette publication explique en même temps pourquoi toute la passion, tous les comportements malsains et indignes, les tragédies qui entourent les luttes pour la conservation du pouvoir ou pour l’accession au pouvoir sous nos cieux
Toutefois n’allons pas vite en besogne pour jeter la pierre à qui que ce soit
A ce niveau, la seule question qui mérite d’être posée est bien celles-ci
Existe –t-il réellement une volonté politique de faire en sorte que des charges publiques ne soient plus un prétexte pour accumuler, consolider ou diversifier un patrimoine ? il est clair que tant que l’initiative de la réglementation est laissée aux politiques, les politiques étant ce qu’ils sont , l’arsenal juridique affichera toujours des failles dans lesquels on cherchera à s’engouffrer
Il est clair aujourd’hui que dans le combat pour l’assainissement de s mœurs politiques, pour l’ancrage des principes et procédures de transparence et de bonne gouvernance la société civile est au centre et elle doit l’assumer pleinement

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