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France-Allemagne : l'audace en panne

le 24 Septembre 2012 à 12:43 | Lu 270 fois

DÉCRYPTAGE - Au lendemain des commémorations de Ludwigsburg, l'ex-chancelier Helmut Schmidt a dénoncé «l'égoïsme» de Berlin.


France-Allemagne : l'audace en panne
De notre envoyé spécial à Ludwigsburg

Samedi à Ludwigsburg, François Hollande et Angela Merkel ont invoqué l'esprit visionnaire de Charles de Gaulle. S'inscrivant dans les pas des pères fondateurs de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne, le président et la chancelière ont lancé un vibrant appel à la jeunesse, dans les lieux mêmes où le Général avait prononcé son célèbre discours à la jeunesse allemande il y a cinquante ans. Dressant le parallèle entre les défis de l'après-guerre et la crise actuelle dans la zone euro, tous deux ont salué l'audace de De Gaulle… soulignant involontairement leurs propres atermoiements face à la crise de la dette dans la zone euro.

« Vous, jeunes Allemands, vous êtes les enfants d'un grand pays, plus grand encore que celui que visitait le général de Gaulle il y a cinquante ans puisque les murs sont tombés. Construisez donc l'Europe à votre image, une Europe exigeante, une Europe morale, une Europe généreuse, une Europe ouverte», a lancé le président français. Et d'insister: «Poursuivez le rêve européen. Ce rêve que faisaient ici même, il y a cinquante ans, le chancelier Adenauer et le général de Gaulle. Notre amitié est essentielle mais nous sommes comme un couple déjà âgé qui s'est uni depuis longtemps et qui parfois perd ses repères. Nous ne mesurons pas combien cette amitié est précieuse, fructueuse, audacieuse. Alors, plutôt que d'entretenir la flamme, nous avons le devoir de la rallumer chaque jour.»

De son côté, Angela Merkel a évoqué «l'audace du général de Gaulle qui ne s'est pas demandé: “que vont penser les Français si je tends la main à la jeunesse allemande?”». «Notre action politique n'est pas guidée par les sondages d'opinion», a ajouté la chancelière, dont la solidarité est pourtant constamment bridée par les inquiétudes de ses concitoyens, las de payer pour les pays confrontés à des difficultés financières. Contrairement au général de Gaulle, Hollande et Merkel sont restés très prudents, se gardant de livrer une vision audacieuse des chantiers à venir pour approfondir l'unification européenne.

«Non à l'immobilisme»
Comme pour souligner cruellement ce contraste, l'ancien chancelier social-démocrate, Helmut Schmidt, 93 ans, pionnier de la construction de l'Europe avec son ami français Valéry Giscard d'Estaing, a brocardé «l'égoïsme» de l'Allemagne d'Angela Merkel. «À la stupéfaction de nos voisins européens, la Cour constitutionnelle allemande, la Banque centrale allemande et la chancelière Merkel avant eux se sont érigés en centre de l'Europe», s'est insurgé Schmidt, considéré comme un «sage» outre-Rhin. «L'union européenne peut aussi s'effondrer à cause de l'Allemagne», juge Schmidt, pour lequel la première économie du continent impose sa puissance à ses partenaires. «Nous, les Allemands, nous n'avons plus jamais le droit d'être la cause de l'immobilisme ou de l'échec du grand projet européen», a-t-il dit. Et de rappeler que ses partenaires avaient aidé l'Allemagne de l'après-guerre à renaître de ses cendres… En cette année du cinquantenaire du rapprochement franco-allemand, Hollande et Merkel retrouveront-ils l'audace de De Gaulle et Adenauer?


Par Patrick Saint-Paul