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François Hollande répare les erreurs de la France au Sénégal

Sur les hauteurs de Dakar, le petit cimetière catholique de Bel-Air a la mémoire longue. S'y déroule pas à pas, sous ses rangées d'acacias, l'histoire de la présence française au Sénégal, depuis la conquête (« Thomas Renault de Saint-Germain, gouverneur du Sénégal, mort le 18 octobre 1833 ») jusqu'à nos jours.


Rédigé par leral.net le Dimanche 30 Novembre 2014 à 22:03 | | 1 commentaire(s)|

 François Hollande répare les erreurs de la France au Sénégal
Au milieu d'une multitude de tombes immaculées, l'une tranche par son marbre rouge : celle d'un illustre catholique dans un pays à grande majorité musulmane, le socialiste Léopold Sédar Senghor, qui fut, de 1960 à 1980, le premier président du Sénégal indépendant, mais aussi l'ami indéfectible de la France, au risque de s'aliéner le soutien de ses compatriotes.

Lorsqu'il est mort le 20 décembre 2001 à Vernon, en Normandie, la France lui a rendu hommage, mais aucun haut personnage de l'Etat, ni le président, Jacques Chirac, ni le premier ministre, Lionel Jospin, ne s'était rendu, le 29 décembre, à ses obsèques à Dakar. Les Sénégalais en avaient été profondément blessés. « J'ai honte de la petitesse de la France », s'était écrié, en écho, Erik Orsenna, l'ex-plume de François Mitterrand.

« RECONNAISSANCE ET GRATITUDE »

Treize années plus tard, François Hollande, en marge du sommet de la francophonie organisé dans la capitale sénégalaise les 29 et 30 novembre, a réparé cette faute. Il s'est recueilli, samedi, devant la tombe de celui qui fut aussi prisonnier de guerre des Allemands entre 1940 et 1942, en tant que fantassin d'un régiment colonial, ministre du général de Gaulle, grammairien de la Constitution française et membre de l'Académie française.

« Au nom de l'ensemble de mes prédécesseurs et du peuple français, il était important que je vienne dire ce que nous avons comme reconnaissance et gratitude à l'égard du président Senghor », a déclaré François Hollande, devant la famille du défunt et aux côtés du nouveau secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, nommé à la suite de la démission de Kader Arif.

« DÉCOMBRES DU COLONIALISME »

Le président a en outre rappelé que Senghor était l'un des quatre pères fondateurs de la francophonie (avec le Tunisien Habib Bourguiba, le Cambodgien Norodom Sihanouk et le Nigérien Hamani Diori) à la fin des années soixante, moment où la France ne « voulait pas continuer à peser sur le destin des peuples » et s'exposer au reproche de néocolonialisme. Senghor, lui, souhaitait une communauté d'Etats unis autour de la langue française, « ce merveilleux outil trouvé dans les décombres du colonialisme ».

Le président français et son homologue sénégalais, Macky Sall, devaient, dimanche, inaugurer à Dakar un Musée Senghor, dans son ancienne résidence privée, dont les travaux de restauration ont été pris en charge par une entreprise française.

Soucieux de « regarder notre histoire même quand elle n'est pas à notre gloire », François Hollande devait par ailleurs rendre hommage, dimanche, aux 70 tirailleurs sénégalais qui, après s'être battus avec leur régiment lors de l'offensive allemande de 1940 en France, avoir été faits prisonniers puis rapatriés au Sénégal à la fin de 1944, ont été tués par l'armée française parce qu'ils protestaient contre le non-versement de leurs arriérés de solde. Le Parlement français a attendus novembre 2006 avant de voter la revalorisation des pensions de tous les soldats des anciennes colonies.

Le Monde






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