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François Hollande va arpenter les terres de l'Est pour séduire l'électorat ouvrier

le 24 Avril 2012 à 12:21 | Lu 588 fois

Les jambes à l'ouest, la tête à l'est. Pour son premier déplacement d'après premier tour, lundi 23 avril, François Hollande avait choisi la Bretagne. Une terre qui lui est acquise : dimanche, la région a voté à 31,7 % pour le candidat socialiste, trois points de plus que la moyenne nationale. L'endroit idéal pour s'offrir une journée de campagne en pays conquis, le temps d'affûter les messages qu'il entend marteler par la suite, en des lieux moins accueillants.


François Hollande va arpenter les terres de l'Est pour séduire l'électorat ouvrier
En début d'après-midi, dès son arrivée à Quimper où il vient d'atterrir après un vol agité par des bourrasques, François Hollande, qui avait réuni le matin à son QG son conseil politique pour un tour de table d'une heure et demie, pense aux lendemains : "Dans les jours qui viennent, j'irai dans des régions où les résultats sont plus difficiles ", assure-t-il. Sous une pluie battante, devant l'hôtel de ville où plusieurs centaines de personnes en cirés sont venues l'écouter, le candidat s'adresse déjà à cette France qu'il veut tenter d'arracher au FN. Cette France des "ouvriers qui se demandent de quoi le lendemain va être fait, des retraités qui n'en peuvent plus, des agriculteurs qui craignent pour la survie même de leur exploitation, des jeunes qui se disent 'mais où est notre avenir ?'"

"L'EXEMPLARITÉ AU SOMMET"

A quelques mètres de là, l'eurodéputé Stéphane Le Foll, chargé de l'organisation dans l'équipe de M. Hollande, ne quitte pas son téléphone portable. L'agenda des prochains jours se précise, même si le candidat, dans le "money time", entend pouvoir l'adapter, se montrer réactif et "mobile". Il résume : "Il faut qu'on réponde aux attentes d'un électorat qui veut des réponses fortes sur les questions sociales, l'emploi, l'industrie, là où Sarkozy a échoué, ce qui nourrit le vote de colère. C'est beaucoup dans l'Est que ça se passe, les régions touchées par le chômage, les régions qui souffrent. Il faut qu'on soit très très présents sur le terrain pour marquer la dynamique."

Outre les sujets économiques et sociaux, François Hollande, pour parler à "ces hommes et ces femmes qui ne savent plus vers qui se tourner et sont allés vers les vents mauvais du vote extrême", met en avant d'autres thèmes : "l'impartialité de l'Etat" ou "l'exemplarité au sommet", qui présentent l'avantage d'être chers aussi bien aux électeurs de Marine Le Pen qu'à ceux de François Bayrou.

"On ne change pas une martingale qui engrange", plaisante un haut-dirigeant du PS. En l'occurrence faire, plus que jamais, de ce deuxième tour un référendum anti-Sarkozy. Comme prévu. Même si, compte tenu de la nécessité de conserver les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly, de progresser parmi ceux de M. Bayrou et de convaincre certains de Mme Le Pen, l'exercice électoral s'avère plus délicat qu'escompté.

PROBLÈME DE DOSAGE

"François se voyait plus haut, avec un écart entre lui et Sarkozy plus important et un Mélenchon plus haut", donc une réserve de voix plus importante, poursuit ce dirigeant, pour lequel "la difficulté est moins arithmétique que politique. Il faut évidemment pointer la dérive de Sarkozy, le pousser à droite afin de récupérer des voix au centre, mais en même temps s'adresser aux électeurs du FN. C'est un problème de dosage..." Ce subtil équilibre, le candidat socialiste, a tenté de le théoriser mardi 24 avril au matin devant son conseil stratégique, insistant sur la nécessité de "réenchanter la campagne", mais aussi de "rendre coup pour coup", sans toutefois "être agressif ", à Nicolas Sarkozy. Notamment en l'incriminant pour le haut niveau du vote FN, sur le thème : "Si la France avait voté comme à Florange, Gandrange, dans ces endroits où Sarkozy a voulu porter la valeur travail, il ne serait pas au deuxième tour... " Le conseil, qui a débattu de l'opportunité d'organiser un rassemblement politique le 1er mai à Paris, s'est aussi accordé sur la nécessité d'"aller chercher les familles monoparentales et notamment les femmes seules, salariées ou au chômage, figures emblématiques du deuxième tour".

Voilà pour la théorie. En ce qui concerne la pratique, le candidat socialiste, qui dans sa campagne de premier tour avait privilégié les terres de l'Ouest plutôt que de sillonner les terres de mission de l'Est, va désormais s'appliquer à illustrer son intérêt nouveau pour ces parts de marché électoral. Mardi 24 avril, M. Hollande devait ainsi visiter l'entreprise AML Systems, dans l'Aisne, dans une région Picardie où Marine Le Pen, avec 25,03 %, un résultat bien supérieur à sa moyenne nationale, talonne Nicolas Sarkozy (25,09%). Mercredi, il se rendra dans l'Est, peut-être en Lorraine, où la candidate du FN a obtenu 23,66 % des voix, derrière M. Sarkozy.

Face au président-candidat, M.Hollande reste surtout soucieux de ne pas se laisser caricaturer en candidat de l'anti-France : "La patrie nous appartient en commun, nous l'aimons tous. L'amour de la France n'est pas en question. Ce qui compte c'est d'être aimé par elle."

David Revault d'Allonnes et Thomas Wieder (à Quimper)