leral.net | S'informer en temps réel

Francophonie : De Gaulle-Mitterrand Sarkozy - Par Ahmed Khalifa Niasse


Rédigé par leral.net le Mercredi 26 Novembre 2014 à 13:36 | | 4 commentaire(s)|

Francophonie : De Gaulle-Mitterrand Sarkozy - Par Ahmed Khalifa Niasse
Dakar, le 15 Mars 1983

Modou Coumba Khouma
À Khar-yalla
Où il attend le Bon Dieu



A Moussé De Gaulle-Mittérand Sarkozy

Président-général de la WoyoF( A.O.F)
Et de la grande France à Paris

Près du Marché-Moussenté



Moussé,
C’est moi Modou que tu ne connais pas qui t’écris cette lettre pour te dire que mon grand père Samba avait connu ton grand-père Jean, le vendeur de l’eau qui tourne la tête.
Mais tout d’abord, il faut m’excuser de t’écrire directement sans passer par Niokhobaye Diouf, le petit fils de Diogoye Djilor qui est maintenant devenu notre grand Alcati.
Il y a longtemps, ton grand-père Jean Levenant (Ngara) amenait Dame Jeanne avec lui. Il a tourné la tête de tous nos grands pères rois ; depuis Barrack jusqu’à Damel et Teigne, ainsi que Bour Sine et tous les Mansas de Ngabou.
Après la première tournée des têtes, il a pris l’or de Ngalam et les dents de tous les éléphants du Fouta qui sont tous morts depuis.
A la deuxième tournée des têtes, il nous a pris tous les grands-pères qui étaient jeunes et forts. Il les a nommés esclaves et attachés par les chaînes et il les a envoyés travailler dans ses champs derrière la grande mer du soleil couchant.
Tout çà c’est avant Napoliong(Napoléon) qui est venu ici, après sa mort, avant de rentrer en France pour la dernière fois.
Ton grand-père Jean Levenant était le premier Toubab rouge que nous avons vu, c’était bien avant l’existence des Toubabs noirs dont le premier était le Député Alcati Bélesse( Blaise), avec qui nous avons eu beaucoup de blessés avec la guerre "14". Sans compter les morts que nous ne comptons pas ici. Parmi les blessés, il y avait mon grand-père Mbaye à la jambe coupée et qu’on lui a remplacée par un morceau avec des bagues en fer qu’on lui a mis sur la poitrine et qui s’appelle la Légion d’Honneur Médaille.
Ah ! C’est vrai. Parmi les gornor (gouverneurs) que tes grands-pères ont envoyés comme chefs de mes grands-pères, c’est Fé-derba(Faidherbe) que tout le monde connaît. C’est lui-même l’homme des trois (3) "K" qui ont agenouillé le pays : Kanon – kachot kravache –. Après quoi, ceux qui ne sont pas partis travailler comme esclaves dans les champs du soleil couchant faisaient la corvée du rail et la corvée du Talus.
Après c’est devenu la corvée des arachides, qui commence par la corvée de bois pour couper les arbres de la forêt, mais ça, c’est quand il y avait la forêt.
Tu sais, depuis ce temps là il s’est passé beaucoup de choses. Des spahis jusqu’aux gardes-cercles, en passant par les batailles avec les Barracks, les Almamys, les Bourbas, les Damels, Teignes. Tout ça c’est très long mais, comme tu nous as donné un Long(Diouf), il faut que nous te donnions un Long, comme disait mon grand-père. Seul un Long peut payer( s’échanger contre) un long.

Première longueur : l’entendement

La première longueur de ma lettre est l’entendement. Et pour que ton entendement ne soit pas aussi difficile que l’enfantement sans matrone de nos femmes à Khar-yalla, il faut que je t’apprenne ma langue dans ta langue parce que les mots de ta langue sont très longs et je les coupe pour qu’ils aient un sens dans ma langue.
C’est pourquoi "Moussé" qui est "l’homme" dans ta langue, c’est "malin" dans ma langue, tout comme "Dégau-le" c’est le comploteur Parce qu’il nous avait promis, il l’indépendance. Bien que tout cela c’était une fois de plus nous faire tourner la tête avant de nous donner Ngor – Sen comme chef. Avec celui-là, c’est une histoire de courte queue.
Quant à toi, ton nom coupé devient "Méti" dans ma langue, cela veut dire "douleur", ce qui nous rappelle toutes les douleurs qui ont commencé avec la création chez nous du royaume du « Prêtre Jean » et que je vais te raconter depuis Jean Levenant jusqu’à Jean Co-Lerevenant.
Tu sais que tu es président de la grande France, président de mon président et président de tous les présidents venus au Sommeil. Car, sommés de venir. C’est tes obligés que nous sommes Le père de ton père est donc président général de la "Woyof" (A.O.F).
"Woyof" est dans ma langue "quantité négligeable" et c’est pourquoi, peut-être, vous traitez si légèrement mon pays.
Si, d’ailleurs, je t’apprends ma langue, c’est que le père de mon grand-père avait échappé d’être otage à l’école des otages de Ndar–Saint-Louis. Et que mon grand-père, qui avait sa case derrière le dernier arbre de la commune de Ndar, manquait, ainsi, de devenir citoyen de la grande France et d’appartenir à la nouvelle race des Toubabs noirs.
Je ne connais donc de ta langue que quelques débris de mots que mes grands - pères ont cassés. Et comme je te le disais au début de ma lettre, tu ne me connais pas, mais moi je ne te connais que par la race détériorée de nos Toubabs noirs que ton grand-père Jean Levenant, a crées et que son arrière petit-fils Jean Co-Lerevenant est en train de conseiller. Lui, nouveau Jean, Ministre de tous les Ministères, qui en fait rôder plusieurs avant de devenir superviseur général et nouveau gornor.
Il paraît que ta grande maison, qui a des ailes ("Elysée" ) se trouve à côté du marché "moussenté" ou marché aux «petits» malins que vous appelez la Bourse de Paris. Quelqu’un m’a dit que le produit de mille fois mille cultivateurs de la légère A.O.F est vendu en une minute par un malin à un autre malin dans ce marché. Et qu’en si peu de temps chacun des 2 malins gagne de l’argent suffisant pour acheter mille fois mille toutes les maisons taudis de notre Khar-yalla.
D’ailleurs "Khar-Yalla" ou "j’attends le bon Dieu" n’est pas mon quartier natal, je suis en effet né au Baol mais la corvée de bois que suivait la corvée d’arachide, ordonnée par tes grands-pères, a fini par raser notre forêt, tout comme le raseur de tête, avec sa petite lame, finit par enlever à mon crâne toute trace de chevelure.
Le premier sable fertile s’étant envolé avec l’âme de mon grand-père, et me retrouvant sans terre fertile, je me suis envolé, fuyant la disette, pour arriver là où des milliers de "sans galle" (pirogue) attendent que le seul Borom galle veuille bien les nourrir.

Mais notre attente ayant été longue, très, très longue seule l’illusion demeure notre nourriture.
Tu comprends alors pourquoi je ne t’ai pas remis ma lettre par l’intermédiaire de Niokhobaye, c’est simplement parce que ma voix d’affamé attendant le bon Dieu à Khar-Yalla, est si faible qu’elle ne lui parvient pas.
Avant, Khar-Yalla c’était le village qui fait comme enfant un petit village, qui grandit pour faire des enfants-villages. Chaque village avait son arbre pour la palabre et le wakhtane. Le chanteur chantait et les femmes dansaient, le marabout faisait la prière. Et comme chaque village est l’égal de chaque village, en mil, sorgho, bœuf, moutons et poulets, sans compter les chèvres, chaque homme était aussi l’égal de chaque homme . Comme chaque singe était l’égal de chaque singe.
Quand ton petit grand-père a tourné la tête des singes avec l’indépendance, tous les singes étaient contents et la fête était grande. Mais quand il a envoyé son représentant, le chien, tout le monde a demandé la dépendance. Mais ils n’ont pas gagné la vraie dépendance avec un vrai gonor à cause du drapeau et de Lansana indépendance. La vraie indépendance ils ne l’ont jamais vue.
Je sais que ton pays, lui, a la vraie indépendance, après la mort de Vichy et la fin de la dépendance avec Alcati SS. Depuis chaque Toubab rouge de la nouvelle France est l’égal de chaque Toubab rouge.
Ici, à Khar-yalla, seul celui qui attend le Bon Dieu est l’égal de celui qui l’attend aussi.
Les Toubabs noirs, tes mauvais cousins, sont, et c’est vrai, nos fils sortis de nos ventres, mais ils nous ont vidé le ventre, ils nous ont tout pris. Nos moutons pour les méchouis de l’indépendance, nos bœufs pour l’exportation, au moussenté, nos chevaux pour les courses, nos jeunes et forts pour garder leur maison de Fann arroser leurs herbes qu’ils appellent jardin et conduire leur voiture, nos jeunes sœurs pour faire le ménage. Ici je vois comme tes cousins quand ils étaient jeunes à Vichy. Ils ne nous ont laissé que notre langue. Même leurs femmes ne veulent plus de notre couleur, elles achètent le khaissal pour pâlir.

La première illusion

Ici à Khar-yalla, nous n’avons pas l’arbre à palabre, mais devant chaque grande maison-taudis, il y a un rassemblement pour la palabre, c’est le grand-place. On écoute la radio et comme le Ministre d’Etat chargé des Affaires du Riz, parlait en conférence, il a trop parlé de Platon. Et toutes les femmes ont été contentes d’acheter la carte du Parti, parce qu’elles croyaient que le mot platon c’est plateaux ; et tout le monde a rêvé de remplir son plateau, son bol de riz. Après on a compris que ce "Plateau" était mort depuis longtemps chez les anciens toubabs grecs. Après on a compris que "guérece" n’était pas la graisse pour manger, mais pour entendre seulement. C’est vrai que lors de la palabre sur Platon avec tous les chiffres, mon voisin le planton était content, croyant qu’on a augmenté la solde des plantons.
Tu sais, entre les Toubabs noirs et nous le malheur des uns fait le bonheur des autres. Un Toubab noir Directeur, veut être P.D.G ou Ministre. Il vient à Khar yalla avec du riz, et il rit pour demander qu’on prenne la carte du Parti. Quand il est Ministre, on entend qu’il est venu chez toi, et que maintenant, il a le costume et la cravate, il est devenu un vrai Toubab. Mais quand il va toucher il revient pour payer des fétiches avec le riz ou bien des billets rouges. C’est seulement quand un Toubab noir est convoqué qu’il se souvient du marabout et des parents qui attendent et il fait des promesses qui nous font toujours rêver.
Je t’ai parlé de mon grand-père Samba qui a connu ton grand-père jean Levenant. C’est que j’ai trois grand-pères . Ndiour est l’ancêtre des Arabes qui l’appelaient Diour Houme. Sa fille Bel Khesse, qui fut la Reine de Saba, était connue de tout le monde et même Salomon, était étonné de son Royaume Saba.
De là-bas, la famille est allée en Ethiopie. Gallo dont les enfants sont appelés Galla jusqu’en Somalie et les autres d’Ethiopie suivirent le Nil et firent des merveilles en Egypte, d’où ils peuplèrent tous les oasis de Libye, de la Numidie méridionale et de la Mauritanie antique et actuelle où Yoro, Niokhor et Youga donnèrent naissance aux peuples sérères et aux wolofs.

Ahmed Khalifa Niasse















Hebergeur d'image