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Francophonie, post-colonisation ? Par Daouda Badji


Rédigé par leral.net le Mercredi 5 Novembre 2014 à 13:29 | | 2 commentaire(s)|

 Francophonie, post-colonisation ? Par Daouda Badji
Le découpage du continent africain, et son partage entre les principaux pays colonisateurs ont laissé un héritage linguistique et culturel indiscutable dans ces nouvelles nations par ailleurs déjà plurilingues. L'étendue de cet héritage, dans le cadre des pays qui ont le français en partage, soulève le problème de la légitimité culturelle de la langue française dans ses anciennes colonies. Il semble en effet que le français a pris une place prépondérente et indétrônable dans la littérature de l'Afrique francophone, sauf peut-être dans les pays du Maghreb où l'Arabe a un statut privilégié et unificateur. Il ne faut pas omettre de souligner l'importance du français dans l'administration et l'économie des pays post-coloniaux, ce qui témoigne de l'usage véhiculaire d'une langue profondément ancrée dans un continent qui ne peut s'émanciper du colonialisme et souffre d'une crise d'identité aigüe.

Le Français: outil de développement à double tranchant

A la suite de la décolonisation, les pays africains francophones se sont aperçus du besoin de conserver le français de manière a accélérer leur développement. En effet, la langue française, par le truchement de la politique coloniale, s'est avérée être un outil indispensable qui permet les échanges économiques entre pays francophones d'Afrique, mais également avec la France ou la Belgique, qui cherchent à étendre l'usage de la langue française dans le cadre de la francophonie afin de rivaliser avec l'anglais de la mondialisation. Le français est enseigné dans les écoles laïques depuis la colonisation et les pays africains continuent de l'utiliser comme langue écrite ; il semble que les écrivains africains n'ont pas renoncé à avoir recours à la langue colonisatrice dans la rédaction de leurs ouvrages car leur cible est paradoxalement Paris, et que la France continue d'exercer une attraction fascinée sur tout le monde francophone, phénomène accentué par le fait qu'il s'est constituée en Afrique une sorte d'élite francophone, héritage plus ou moins conscient de la colonisation. Les 49 pays africains membres de la francophonie savent l'énergie et l'argent que la France dépense pour aider leur économie, mais ils dénoncent également une attitude post-colonialiste des français qui, selon certains, voudraient tout prendre en charge. Les intellectuels africains ne sont pas les seuls à dénoncer cette attitude, et le boycott congolais d'un sommet francophone reflète la méfiance répendue et légitime des africains qui se sentent parfois manipulés le Nord. Si le français est devenu indispensable à l'Afrique, il s'agit bien d'une conséquence directe de la colonisation, et sous couvert de la francophonie, il est débattable que la France en aidant les pays du Sud, n'en profite pas pour desservir ses propres intérêts économiques ou flatter son narcissisme intellectuel qui a perdu de sa crédibilité au fil des siècles. La post-colonisation est plus pernicieuse que la colonisation elle-même, puisqu'elle est moins flagrante ; cependant la francophonie s'efforce d'entrenir la flamme de la domination colonisatrice : en ayant imposé sa culture et sa langue pendant des décennies dans ces anciennes colonies la France puis la francophonie se sont assuré leur dépendance asservie pour longtemps.

La culture française et la langue française ont , ont peut être ,depuis longtemps servi à véhiculer une idéologie humaniste et égalitaire, mais derrière l'idéologie éclairée des droits de l'homme se terre souvent la démagogie politique, ou simplement les petits mensonges ou omissions triviales qui font que la relation Nord/Sud repose sur des actes humanitaires sans cesse renouvelés, même si la langue française s'est également révélée unificatrice par le biais de la francophonie?
Daouda BADJI
Docteur en Sociologie et sciences po , enseignant-chercheur .






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