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Frère Hilal, négociateur d'otages à Homs

le 14 Juillet 2012 à 10:32 | Lu 453 fois

Cinq cents alaouites, sunnites et une poignée de chrétiens sont détenus par chaque camp, qui cherche à se protéger. Des médiateurs tentent de trouver un terrain d'entente entre pour leur libération.


Frère Hilal, négociateur d'otages à Homs
Chaque samedi, dans la ville de Homs ravagée par la guerre civile, de surréalistes négociations se tiennent. D'un côté d'une salle sécurisée, douze représentants des rebelles sunnites. De l'autre, autant de députés ou de cheikhs tribaux, issus de la minorité alaouite, qui soutient le régime de Bachar el-Assad. Entre les deux rangées, des médiateurs chrétiens, dont Ziad Hilal, un frère jésuite vivant à Homs depuis trois ans.

«On ne parle pas de rançon»
On discute de la libération de cinq cents otages, détenus par les deux camps. Trois cent quatre-vingts alaouites aux mains des insurgés, une centaine de sunnites prisonniers des alaouites. Ainsi que neuf chrétiens, kidnappés par les révolutionnaires. Otages ou boucliers humains pour éviter les vengeances? «On ne parle pas de rançon», assure le frère Hilal, qui refuse d'accréditer l'idée que les insurgés gardent les alaouites pour éviter l'assaut final contre leurs quartiers, notamment celui de Khaldié.

Il y a trois semaines, au terme de huit heures de palabres, décision avait été prise de relâcher tout le monde. «Les listes de noms étaient établies. Hélas, peu après, de violents combats ont éclaté et la libération espérée a été annulée», regrette frère Hilal. Seule une chrétienne a recouvré la liberté.

Drôles de négociations! Les intermédiaires se connaissent de longue date. Et pour cause: avant l'insurrection, les uns et les autres commerçaient entre eux. Après les discussions, on s'embrasse volontiers, avoue le frère Hilal, qui déplore la présence de chaque côté de «voyous», qui font capoter les pourparlers: tel cheikh sunnite connu pour prononcer les condamnations à mort au terme d'une justice expéditive ; ou tel dignitaire alaouite, «un menteur» qui ne fait que parler de réconciliation.

Preuves de vie
La plupart des captifs ont été enlevés peu après le siège du quartier de Bab Amr en février, qui a contraint les insurgés à battre en retraite. Mais cinq mois après «nous ne savons pas si les personnes retenues sont toutes vivantes», reconnaitle religieux, qui ne cesse de réclamerdes preuves de vie.

«Je l'ai fait notamment pour deux chrétiens. Un des rebelles m'a répondu: pitié pour leurs âmes. J'ai compris qu'ils étaient morts. Alors, j'ai demandé les cadavres. On m'a répondu qu'ils ne savaient pas où ils sont enterrés. Une semaine après, un cheikh proche des rebelles m'a dit de ne pas m'en faire, car ils sont vivants. Depuis, une femme m'appelle deux fois par jour pour me demander des nouvelles de son fils. Qu'est-ce que je peux lui dire?», se lamente le jésuite.

L'espoir grâce aux enfants
Aux côtés des équipes de la Croix-Rouge, le frère Hilal est un témoin privilégié de cette sale guerre, qui prolifère en marge de la féroce répression menée par le régime contre ses opposants. Et les cinq cents otages de Homs ne sont certainement pas les seuls à vivre pareil cauchemar à travers un pays en proie au chaos.

Pourtant, chaque matin, au volant de sa voiture, Ziad franchit encore les invisibles lignes de démarcation entre quartiers sunnite et alaouite pour rendre visite à ses élèves. «On a tiré sur mon véhicule à plusieurs reprises, aussi bien l'armée que les rebelles, mais je continue», dit-il, assis dans un café parisien où il raconte la vie dans cette ville martyre de la révolution. Les morts, les déplacés, les tirs embusqués mais aussi et surtout l'espérance. Pour ce docteur en sciences de l'éducation de 38 ans, le fil ténu de l'espoir ne peut plus être brandi que par les enfants. Les enfants sunnites, alaouites et chrétiens, fils de cette mosaïque syrienne, en voie d'éclatement.

Un quartier tenu par quatre groupes armés
Grâce à l'aide d'associations caritatives, il a ouvert quatre centres de scolarisation, regroupant neuf cents élèves de toutes confessions, privés de lieux pour apprendre après le siège de février. Sa façon à lui de prêcher la réconciliation entre communautés.

La tâche est gigantesque. Les enfants ne veulent pas jouer au foot dans la même équipe. Mais «quand les parents viennent les chercher le soir, ils se parlent», sourit-il.

Depuis un mois, les rebelles lui interdisent d'entrer dans leur bastion du vieux quartier de Homs. «Ils accusent parfois les chrétiens de livrer des renseignements aux autorités», dit-il. Un vieux quartier que se partagent quatre groupes armés: les salafistes, les Frères musulmans, la brigade Farouk, et les dissidents de l'Armée libre, mais ceux-ci n'auraient plus leur mot à dire face aux ultras.

Treimsa: la majorité des victimes sont des rebelles
La majorité des cent cinquante personnes tuées jeudi dans la localité sunnite de Treimsa, près de Hama, sont des rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL), selon plusieurs sources de l'opposition. «Le nombre de civils, selon un décompte provisoire, ne va pas au-delà de sept», a affirmé à l'AFP un militant. «Un convoi de l'armée se dirigeait vers la région de Hama lorsqu'il a été attaqué par l'ASL. L'armée a contre-attaqué avec le soutien de renforts de villages alaouites (entourant Treimsa). L'ASL a résisté pendant une heure avant d'être battue», a-t-il expliqué. Les troupes loyales à Assad ont ensuite bombardé la ville en utilisant des chars et des hélicoptères, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, basé à Londres. Damas a fait porter la responsabilité du massacre «aux groupes terroristes». De son côté, la France estime que ce carnage, s'il est confirmé, manifeste «une fuite en avant meurtrière du régime». Paris a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à «prendre ses responsabilités». Le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, a condamné l'utilisation d'armes lourdes par Damas, se déclarant «choqué et effaré» par ces violences.


Par Georges Malbrunot