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Gabon : qui est Emmanuel Issoze-Ngondet, le nouveau Premier ministre ?

Rédigé par Massene Diop le 29 Septembre 2016 à 23:51 | Lu 642 fois


 
Au lendemain de l'investiture d'Ali Bongo Ondimba, dont la réélection est toujours contestée par l'opposition, Emmanuel Issoze-Ngondet a été nommé mercredi 28 septembre Premier ministre en remplacement de Daniel Ona Ondo. Éléments de portrait d'un diplomate réputé discret.
 
Jamais l’Ogooué-Ivindo n’avait auparavant fourni de Premier ministre. Emmanuel Issoze-Ngondet est en effet originaire de cette province du Nord-Est, l’une des plus déshéritées du pays, où Ali Bongo Ondimba a remporté plus de 70% des suffrages selon les résultats officiels toujours très contestés par l’opposition. Une province dont est également issu le porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie By Nzé, qui n’a pas tardé à féliciter « la brillante nomination de son frère ogivin ».
 
Diplomate diplômé de l’École nationale d’administration (ENA)
Emmanuel Issoze-Ngondet a fait ses classes dans la diplomatie. Diplômé de l’École nationale d’administration (ENA) selon sa biographie officielle, l’homme a progressivement gravi les échelons. Le diplomate a commencé sa carrière au ministère des Affaires étrangères, où il fut amené à travailler sous la tutelle de Jean Ping, ancien chef de la diplomatie gabonaise sous Omar Bongo.
 
À 55 ans, Emmanuel Issoze-Ngondet a donc cumulé les postes à l’étranger. Il fut d’abord nommé ambassadeur en Corée du Sud de 2000 à 2006 avant de partir pour Addis-Abeba, un poste stratégique puisque la capitale éthiopienne abrite aussi le siège de l’Union africaine. En 2008, Libreville l’envoie à New York, où il devient le représentant du Gabon auprès des Nations unies.
 
C’est d’ailleurs depuis la tribune de l’ONU qu’Emmanuel Issoze-Ngondet a défendu la réélection d’Ali Bongo face aux nombreux doutes émis par la communauté internationale, montrant une fois de plus son investissement en faveur du président sortant. Samedi 24 septembre, il avait invité la communauté internationale à soutenir la proposition d’Ali Bongo « à la réconciliation et à l’unité ». Un appel tièdement accueilli le lendemain par Ban Ki-moon, qui « s’est félicité de l’appel à un dialogue national » tout en appelant à « la libération des personnes détenues de façon arbitraire ».
 
Rupture avec « la loi non écrite »
 
« C’est un homme réputé discret. Il a un profil de technocrate mais c’est un véritable homme politique : il s’est beaucoup investi dans sa province natale pendant la campagne », explique Germain Ngoyo Moussavou, ambassadeur du Gabon en France. « Nous avons travaillé ensemble et nous pensons tous les deux que les canaux diplomatiques doivent être privilégiés à l’escalade », poursuit le diplomate.
 
Après l’interpellation à Paris de Maixent Accrombessi et la sortie de Manuel Valls, qui avait affirmé que le chef de l’État gabonais n’avait pas été élu « comme on l’entend », les deux hommes avaient travaillé ensemble pour déminer plusieurs crises entre Paris et Libreville.
 
L’ascension d’Emmanuel Issoze-Ngondet semblait toute tracée. Un an avant l’élection, l’ancien chef de la diplomatie gabonaise, qui avait auparavant enchaîné les portefeuilles de l’Énergie, des Relations avec le Parlement et du Budget, avait été promu en septembre 2015 au rang de ministre d’État.
 
Une nomination qui semble confirmer la rupture d’Ali Bongo avec la « loi non écrite » promue par Omar Bongo, selon laquelle la primature devait revenir à un Fang originaire de l’Estuaire. Emmanuel Issoze-Ngondet, d’ethnie Kota, est en effet né à Makokou où il a remporté un siège de député en 2011.
 
Déjà contesté par l’opposition
 
Dans les jours à venir, le nouveau Premier ministre devra mettre en pratique sa carrière de diplomate pour remplir sa mission : constituer d’ici dimanche un « gouvernement d’ouverture » .
 
« Les consultations sont en cours, en particulier avec toutes les forces politiques du pays, ainsi qu’avec la société civile », a-t-il déclaré après sa prise de fonction, affirmant que son gouvernement serait dévoilé dimanche 2 octobre.
 
Une tâche très délicate, alors que son ancien ministre de tutelle Jean Ping se déclare toujours « président élu » et refuse le dialogue. « Je ne m’associerai pas à cette veine tentative de légitimation », a d’ailleurs déclaré Jean Ping lors d’une conférence de presse à Libreville jeudi 29 septembre. Avant d’affirmer qu’il organiserait « un dialogue national inclusif qui sera organisé à (son) initiative ». La tâche d’Emmanuel Issoze-Ngondet s’annonce donc très compliquée.
 
SOURCE JEUNEAFRIQUE