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Gaz butane : Ce monopole d’un autre âge qui alimente les pénuries

Après les coupures d’électricité, la pénurie de gaz. Décidément, la vie des ménages sénégalais n’est pas de tout repos ces temps-ci. Passe encore que les factures d’électricité aient augmenté de manière inexplicable et que les prix des bombonnes de gaz, en même temps que ceux des produits de première nécessité, connaissent eux aussi une tendance haussière. Les consommateurs habitués à une telle inflation auraient pu faire contre mauvaise fortune bon cœur si ces produits étaient disponibles ! Ce n’est pas souvent le cas, malheureusement.


Rédigé par leral.net le Lundi 4 Mars 2013 à 19:33 | | 2 commentaire(s)|

Gaz butane :  Ce monopole d’un autre âge qui alimente les pénuries
Ainsi du gaz butane qui avait tout simplement disparu des boutiques et des stations services ainsi que des présentoirs des magasins spécialisés pendant plus d’une semaine. A l’origine de cette énième rupture du prix du gaz butane, le froid en Europe, qui a retardé le départ de méthaniers devant acheminer ce produit au port de Dakar. Et comme le pays ne dispose guère de stock de gaz butane, bonjour la pénurie ! Habitués à faire la cuisine avec le gaz butane depuis que, dans les années 70, suite à la grande sécheresse de 1973 au Sahel et aux années de mauvaise pluviométrie qui ont suivi, les ménagères ont donc eu toutes les peines du monde pour faire bouillir la marmite. On a vu ces jours-ci, dans les rues de Dakar, mais aussi les artères des principales villes de notre pays, de longues files de femmes, la bombonne de gaz sous les bras, en train de faire le tour des boutiques et autres « essenceries » pour chercher un gaz devenu subitement introuvable. Et les rares commerçants qui disposaient de stocks se sont mis à faire de la spéculation, vendant leurs recharges de gaz à prix d’or.
Revenons en arrière. Lorsque, donc, le gouvernement du président Léopold Sédar Senghor, dirigé à l’époque par le Premier ministre Abdou Diouf, avait voulu s’attaquer aux causes de la désertification, il avait mis en place une ambitieuse politique de « butanisation ». Laquelle visait à substituer le gaz butane au charbon de bois, qui était le mode de cuisson généralisé à l’époque. Pour faire accepter ce nouveau produit, le gouvernement avait généreusement subventionné le gaz butane et lancé une grande campagne de communication à cette fin sur les ondes de Radio Sénégal et de la Télévision nationale, seuls médias audiovisuels existant alors. C’était l’époque des fameuxfourneaux « Blip banekh » que les ménagères d’un certain âge connaissent bien. Cette opération avait connu un tel succès que, lorsqu’elle avait pris fin, non seulement les Sénégalais s’étaient habitués au gaz butane mais aussi, notre pays en était devenu le principal consommateur dans la sous-région ouest-africaine. Néanmoins, le gaz étant devenu un produit de consommation courante, l’Etat a toujours veillé à la fixation de son prix afin que la bouteille de six kilogrammes en particulier, la plus utilisée par les ménagères, soit vendue à un prix accessible.
Depuis plusieurs années, c’est la Société africaine de Raffinage (SAR) qui a le monopole de l’importation du gaz butane. N’ayant pas les moyens financiers d’importer ce produit, elle a signé un contrat avec la société Itoc qui importe à sa place et approvisionne les distributeurs. Compte tenu, encore une fois, de la sensibilité du produit, qui ne peut pas être vendu au prix du marché, le gouvernement subventionne donc le prix de la bombonne de six kilogrammes en versant à la SAR le différentiel entre le prix de revient du produit et celui auquel il est vendu au consommateur. Le système a fonctionné ainsi pendant des années… au cours desquelles la dette de l’Etat vis-à-vis de la SAR au titre du gaz butane a enflé. Il y a une semaine encore, elle s’établissait à 6,5 milliards de francs cfa.
Conscient des difficultés financières de la SAR qui, entre l’argent que lui doit la Senelec et sa propre dette au titre du gaz butane, est au bord de la cessation de paiement, l’Etat vient de lui avancer un acompte de 2,3 milliards. Or, il est évident que tant que la SAR traînera cette dette vis-à-vis de son fournisseur ITOC, elle ne pourra pas s’affranchir de lui. Elle sera toujours prisonnière d’ITOC qui, de fait, exerce un monopole sur l’importation de gaz butane dans notre pays. Oh certes, ces dernières années, la SAR a lancé des appels d’offres pour l’approvisionnement en gaz mais c’est toujours ITOC, au prix d’un dumping suicidaire parfois, qui remportait les marchés.
Seulement voilà : peut-on continuer à accorder un monopole de fait à une société qui est aussi souvent défaillante dans l’approvisionnement du marché en un produit aussi stratégique que le gaz butane ? Autrement dit, ne conviendrait-il pas de libéraliser l’importation de ce produit ? L’importance de l’enjeu le commande, assurément.
Car, le week-end dernier, il a fallu « détourner » un méthanier qui faisait cap sur la Mauritanie pour assurer la « soudure » sur le marché national, en attendant l’arrivée à Dakar du méthanier qui avait appareillé d’Angleterre. Lequel était attendu hier mardi. Un « détournement » qui a occasionné un surcoût de 350.000 dollars, soit 175 millions de francs cfa. Les 800 tonnes que contenait ce méthanier couvrent tout juste les besoins du marché pendant deux jours. Il faut savoir en effet que la consommation journalière des Sénégalais en gaz butane est de 400 tonnes. Et chaque année, ce sont 140.000 tonnes qui sont importées principalement par ITOC pour une valeur à l’achat de 70 milliards de nos francs environ. Ces 140.000 tonnes revendues sur le marché national coûtent quelque 82 milliards de francs aux consommateurs. Le marché est contrôlé par trois principaux distributeurs que sont Touba-Gaz de l’homme d’affaires Cheikh Mbacké Sèye, Total Gaz, Puma Energy (ex-Mobil) et, accessoirement, Lobou Mame Diarra.Des distributeurs vernis qui, sur chaque tonne de gaz vendue, empochent un bénéfice de 200 dollars (100.000 francs cfa environ) gravé dans le marbre de la structure des prix.
Encore une fois, ITOC peinant visiblement à s’acquitter correctement de sa mission, qu’attendent les autorités pour libéraliser l’importation de gaz butane ? Et pourquoi la concurrence ne jouerait-elle pas sur ce produit-là également ? On entend d’ici les cris d’orfraie des partisans du statu quo nous disant qu’on ne change pas un cheval qui gagne, ou qu’il serait dangereux de remettre en question une situation qui marche à peu près bien. Les mêmes vont sans doute faire valoir que cela équivaudrait à faire un saut dans l’inconnu, à exposer notre pays à des pénuries plus durables encore. Sans doute, sauf que, cet air-là, on l’avait déjà entendu lorsqu’il avait fallu, sous les injonctions des bailleurs de fonds, libéraliser l’importation du riz, une denrée autrement plus stratégique que le gaz butane, au Sénégal. A l’époque, c’est la toute-puissante Caisse de Péréquation et de Stabilisation des Prix (CPSP) qui détenait le monopole sur cette denrée. Certains avaient prétendu que si la Caisse se retirait, le Sénégal connaîtrait des pénuries effroyables qui entraîneraient des émeutes de la faim. Il n’en avait rien été, de grands importateurs comme Bocar Samba Dièye et Moustapha Tall, entre autres, ayant pris le relais. Cette fois-ci, aussi, il est permis de dire que la libéralisation de l’importation de gaz butane ne peut que faire le plus grand bien aux consommateurs de notre pays.
Rien ne s’oppose à cette libéralisation qui a d’autant plus de chances de réussir que les principaux distributeurs de la place ont les reins suffisamment solides pour faire venir des méthaniers. A preuve lorsque, à la veille du dernier Ramadan, le pays était sous la menace d’une rupture de stock, le Premier ministre, M. Abdoul Mbaye, prenant son courage à deux mains, avait demandé à M. Cheikh Sèye de Touba Gaz de s’impliquer. Le patron de Touba Gaz avait fait le nécessaire et fait venir au Sénégal un méthanier qui avait permis d’éviter la pénurie. Plutôt que d’être félicité pour cette initiative salutaire, le Premier ministre avait eu droit à un lynchage médiatique sans précédent !
Malgré tout, aujourd’hui, du côté des distributeurs, on se dit prêt financièrement et techniquement à faire venir du gaz butane. Pourvu que l’obstacle juridique soit levé. Il faudrait pour cela que l’Etat prenne son courage à deux mains et le taureau par les cornes.
D’autant que la SAR elle-même se dit prête à se désengager de l’importation de ce produit pour se contenter d’apporter son expertise technique ainsi que ses installations à tout importateur qui la solliciterait (la SAR, bien sûr). Elle aiderait l’Etat à réguler le secteur et mettrait à sa disposition son know-how (savoir-faire) dans le trading des produits pétroliers. Quant à l’Etat, il veillerait, à travers le Comité de Régulation du Secteur de l’Energie (et non plus seulement de l’électricité), notamment sa branche hydrocarbures, au respect des prix. Par le biais d’une subvention, éventuellement, il s’assurerait que le prix du produit, en particulier celui de la bombonne de six litres, soit accessible au plus grand nombre.
Tout cela a un préalable, bien sûr, et il n’est pas mince : que l’Etat donne les moyens à la SAR d’apurer sa dette de cinq milliards de francs cfa environ, vis-à-vis d’Itoc. Ce qui n’est pas gagné d’avance, au vu de l’état calamiteux des finances publiques…
Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin » N° 1115 –Hebdomadaire Sénégalais ( FEVRIER 2013)



1.Posté par temps le 04/03/2013 20:59 | Alerter
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Il existe de nombreuses façons de produire de l'énergie gratuite. En exemple est-ce que vous avez exploré la technique du biogaz ? J'ai vu qu'il existait même des petites cocotes portables qui fonctionnaient avec cette technique.
Cordialement

2.Posté par schwarzeraal le 04/03/2013 21:01 | Alerter
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voitures de luxe pour les deputés ou gaz pour les pauvres menages. les milliards ne manquent pas pour entretenir des paresseux politiques.

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