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Géorgie : Ivanichvili inflige une claque à Saakachvili

le 3 Octobre 2012 à 11:08 | Lu 283 fois

Vainqueur des législatives, le milliardaire qui veut apaiser les relations avec la Russie devra cohabiter avec le président.


Géorgie : Ivanichvili inflige une claque à Saakachvili
La défaite du président pro-occidental Mikhaïl Saakachvili signe-t-elle la fin de la «révolution des roses», qui avait renversé en 2004 l'ancien leader corrompu et influencé par le Kremlin Edouard Chevardnadze? Signe-t-elle également la fin des révolutions de couleur qui avaient permis à plusieurs pays de l'ancienne URSS de sortir du giron de Moscou?

Si le test de la démocratie a été réussi et salué par les observateurs européens, la victoire aux élections législatives du milliardaire Bidzina Ivanichvili devrait rapidement entraîner une pause, voire un coup d'arrêt dans les réformes menées tambour battant depuis huit ans pour créer dans cette ancienne république soviétique un État moderne, une démocratie à l'occidentale. Mikhaïl Saakachvili, qui avait fait de la Géorgie le laboratoire caucasien d'une économie de marché libérale, quitte à brusquer ses concitoyens, espère encore que les réformes seront «impossibles à éradiquer». Mais à entendre Bidzina Ivanichvili pendant sa première conférence de presse depuis l'élection, rien n'est moins sûr: «L'évocation des réformes de Saakachvili me plonge dans l'hilarité. Car elles ont ruiné le pays.»
Ne pas provoquer Moscou

Même recul attendu, en tout cas dans les milieux proches du pouvoir actuel, sur l'orientation euroatlantiste du futur gouvernement. «Après l'Ukraine, la Géorgie risque à son tour de basculer à nouveau dans l'orbite russe», redoute l'un d'eux. Le vainqueur de Saakachvili reste en effet à la fois vague et ambigu sur la relation avec la Russie, l'un des principaux enjeux des élections, puisque Moscou contrôle les deux républiques sécessionnistes de Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

Le rapprochement vis-à-vis de l'Otan et de l'Union européenne réalisé par l'actuel président avait exaspéré la Russie au point d'en faire l'une des raisons de la guerre en 2008. Ivanichvili veut revoir la copie. Il prétend imposer à la Géorgie un grand écart entre Moscou, les États-Unis et l'Europe.

«La stratégie de Tbilissi vis-à-vis de l'UE et de l'Otan ne changera pas. Mais, en même temps, nous avons le désir et l'obligation de nous rapprocher de notre grand voisin. Ce sera difficile, mais ce n'est pas impossible. Face à Poutine, Saakachvili a toujours eu l'attitude du taureau remuant un chiffon rouge. Il ne faut pas provoquer Moscou. Nous sommes un trop petit pays pour devenir le grand acteur géopolitique que le président voulait que nous soyons. Nous devons nous entendre avec tout le monde», a-t-il expliqué.
Grand écart

Dans l'immédiat, la cohabitation entre le futur premier ministre issu du Parlement et Mikhaïl Saakachvili, dont le mandat de président ne s'achève que dans un an, risque d'être difficile. Bien que le président ait reconnu sa défaite sans aucune pression de la communauté internationale, Ivanichvili a appelé hier à sa démission. Il est vrai qu'on voit mal comment les deux grandes figures de la politique géorgienne, qui prônent des directions si différentes pour leur pays et dont l'un, le vainqueur, considère l'autre comme un «criminel», vont pouvoir collaborer pendant un an.

Le caractère hétéroclite de la coalition gagnante, qui rassemble des républicains sociaux-démocrates, des représentants de l'ancienne élite soviétique et des ultraradicaux proches des idées du Front national, rendra également la formation du futur gouvernement très complexe. «On peut s'attendre à ce que la coalition, dont les différents courants n'étaient liés entre eux que par la volonté de faire tomber Saakachvili, explose assez rapidement», prédit un expert indépendant, qui préfère rester anonyme tant que le paysage politique ne se sera pas «éclairci».


Par Isabelle Lasserre


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