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Gestion des eaux usées à Dakar : Et si on exposait les réelles difficultés !

Depuis quelques années, la gestion des eaux usées est devenue un problème très important dans la capitale sénégalaise et dans quelques villes de moindre importance. De plus en plus, des quartiers sont touchés par le phénomène du déversement des eaux usées en pleine rues ou du retour de ces eaux dans les maisons à travers les canalisations.


Rédigé par leral.net le Vendredi 7 Mai 2010 à 01:32 | | 0 commentaire(s)|

Gestion des eaux usées à Dakar : Et si on exposait les réelles difficultés !
Le dernier exemple en date qui a défrayé la chronique est le déversement continu des eaux usées au niveau de la plage de Diamalaye, lieu de culte d’une partie de la communauté musulmane de Dakar. Aujourd’hui sommes nous condamnés à vivre le déversement permanent des eaux usées dans les grandes artères ou peut on envisager des voies de sortie?

Il faut d’emblée essayer d’expliquer les raisons d’une telle situation.

En effet le phénomène d’urbanisation à Dakar s’est accompagné d’une demande exponentielle des populations en eau pour leurs différents besoins quotidiens. Ces besoins sont aujourd’hui beaucoup plus important si on les compare à une même zone et à un même groupe de personnes, dans un passé récent. Il y a trente ans ou plus, l’eau n’était accessible dans beaucoup de quartiers qu’à travers la borne fontaine du coin. La consommation en eau était bien contrôlée par celles là qui allaient chercher l’eau hors de la maison. Dakar abritant une population pas aussi importante, son réseau ‘d’évacuation supportait tous les rejets. Aujourd’hui le Dakarois lamda consomme beaucoup plus d’eau, accessible juste avec un quart de tour, parfois dans sa chambre. Si l’on prend un quartier comme la Gueule Tapée ou les SICAP, l’essentiel des demeures étaient des rez – de - chaussées avec une dizaine de personnes au maximum. Ces mêmes demeures sont aujourd’hui des R+ 3 ou 4 avec au moins une quarantaine de personnes. Et entre temps le réseau d’évacuation n’a pas évolué réellement. Ce qui nous amène à réfléchir sur la nécessité et l’obligation de développer, de rénover et de densifier les réseaux existants. Et surtout de développer l’installation de mini stations de traitement dans les zones tampons ou de captage avant les rejets dans la mer ou ailleurs.
Ces rejets sont régis par des lois et règlements très strictes pour la protection de l’environnement et de ceux qui y vivent. Malheureusement certaines autorités en ont autre lecture. En effet ces dernières sont les premières à violer ces dispositions légales et réglementaires avec un mea culpa sur ce qui se passe au niveau des points de rejet que constituent la plage de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, la plage de Soumbédioune avec le Canal IV, la plage de Diamalaye vers la mosquée et vers le centre aéré de la BCEAO, les rejets aux Parcelles Assainies, etc. il n’y a pas d’équipement adéquat pour ces eaux usées chargées de bactéries et d’autres microorganismes nuisibles aux habitants alentours et ceux qui y viennent. Rares sont ces points qui disposent d’une station de captage et de rejet. Et en parlant de station de captage et de rejet, on ne voit nulle part un dispositif d’épuration de ces eaux. Il faut préciser qu’une station d’épuration est installée généralement à l’extrémité d’un réseau de collecte, sur l’émissaire principal, juste en amont de la sortie des eaux vers le milieu naturel. Elle rassemble une succession de dispositifs, empruntés tour à tour par les eaux usées. Chaque dispositif est conçu pour extraire au fur et à mesure les différents polluants contenus dans les eaux. La succession des dispositifs est bien entendu calculée en fonction de la nature des eaux usées recueillies sur le réseau et des types de pollutions à traiter. Ce qui n’est pas le cas pour nos stations de captage et de refoulement, où la plupart, si vous y faites un tour, il n’y a personne.

Cette situation en dehors des incommodités qu’elle engendre pour les populations riveraines et celles qui fréquentent ces lieux en terme de pollution olfactive, engendre des menaces réelles sur la santé.

Quant aux conséquences sur l’environnement, elles sont manifestes avec la modification du milieu par l’introduction de substances toxiques provenant de ces eaux usées. La station de Cambéréne n’épure qu’une faible partie des eaux produites au niveau de Dakar. Que fait - on du reste ?

Dans les normes, les eaux usées sont épurées avant de rejoindre les cours d’eau ou plans d’eau artificiels. Cette politique nécessite des moyens importants dont ne dispose pas l’ONAS. D’où la nécessite de réfléchir davantage sur le coût-vérité-assainissement (CVA) dans un souci de développement durable. Le coût-vérité-distribution étant déjà en œuvre avec les factures de la SDE.

Dans le cadre de la modernisation de notre pays si un accens est mis sur le développement du réseau routier, un accens aussi important devra être mis également sur la densification du réseau d’évacuation des eaux usées. L’accès à l’eau potable et le traitement adéquat des eaux usées sont des indicateurs importants dans l’appréciation d’une ville moderne. Notre capitale mérite plus que le spectacle désolant qu’elle expose dans ses rues !!!





Mbaye Babacar DIAGNE

Ingénieur, Spécialiste en Eau, Assainissement

ababacarmbaye@yahoo.fr / babacar.diagne@imsp-uac.org








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