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Grèce : Tsipras adopte un ton de premier ministre

le 15 Juin 2012 à 14:00 | Lu 1166 fois

À trois jours des législatives, le dirigeant de la gauche radicale, talonné par son adversaire conservateur, polit son discours.


Grèce : Tsipras adopte un ton de premier ministre
Patras, place Georgiou, une fin d'après-midi ensoleillée. Plusieurs centaines de personnes se rassemblent autour des immeubles à l'architecture vénitienne. Certaines d'entre elles portent des drapeaux rouges, d'autres des calicots blancs marqués du sigle du Syriza, le parti de coalition de gauche radicale. Alexis Tsipras, la démarche assurée et le sourire aux lèvres, monte sur scène. À la main, deux roses rouges offertes par une jeune militante. Dès le premier mot, c'est l'ovation. Mais le calme revient très vite car «nous voulons écouter tout son discours», chuchote Vassiliki, une étudiante en lettres de 24 ans. «Mes parents votent à droite depuis trois générations. Pour la première fois, j'ai réussi à les convaincre de donner sa chance à Tsipras. J'ai besoin d'écouter ses arguments. D'autant que maintenant, il se présente comme un vrai premier ministre.» Effectivement, depuis quelques semaines, le dirigeant du parti de gauche légèrement en tête dans les sondages d'opinion, a changé de ton. Il pèse chacun de ses mots et cultive son talent d'orateur. Il consacre une grande partie de son discours à dénoncer les promesses non tenues par les deux partis traditionnels, le Pasok (socialiste) et la ND (conservateur). Comme de nombreux étudiants de la ville portuaire du Péloponnèse, Vassiliki n'y est pas insensible: «Depuis que je suis née, j'entends ma famille parler des mensonges des politiques et au final, nous devons tous payer leurs erreurs.»

Mais ce changement de style lui suffira-t-il à être élu? Pour emporter l'adhésion, le jeune politicien de 37 ans propose cinq mesures concrètes et immédiates. Il prévoit de mettre un terme aux licenciements dans la fonction publique, de rehausser le salaire minimum à de 480 à 700 euros, de rétablir les conventions collectives du travail, d'annuler les dettes de certains foyers en difficulté et de supprimer la taxe extraordinaire sur l'habitation imposée par le gouvernement précédent. «Mais où va-t-il trouver l'argent pour faire tout cela!», s'insurge Evripidès Styliannidès, député conservateur ND. «Les caisses de l'État seront vides d'ici au 20 juillet si Bruxelles nous coupe les vivres. S'il croit qu'on dirige un pays en occupant les places publiques, comme il l'a toujours fait, il se trompe!», insiste-t-il.

Un plan B
À l'international, là aussi, il y a changement de cap. Ainsi, là où Alexis Tsipras dénonçait ouvertement le mémorandum de rigueur et de réformes et proposait son «annulation» ainsi que la non-reconnaissance de la dette grecque, il suggère aujourd'hui une renégociation avec l'UE. Cela explique la raison pour laquelle nombre d'analystes considèrent que son élection ne sera pas aussi cruciale que les jours qui suivront le scrutin. Si l'Union européenne reste de glace, peu importe. Le dirigeant du Syriza ne croit pas du tout à une sortie de la zone euro du pays. Mais il a un plan B, qu'il refuse de dévoiler pour le moment.

Pour Takis Theodoropoulos, plus que d'une mascarade, il s'agirait d'une diversion pour ne pas gouverner. «Il a atténué son discours, ce qui est normal pour un chef dont le parti politique passe de 4 à 28 % en quelques semaines. Il joue à l'européen mais sait-il ce que c'est l'Europe? Le manque d'équilibre dans son langage et l'absence de programme rudimentaire montrent qu'il fait simplement acte de présence sur la scène politique grecque, mais ne veut pas diriger le pays», soupire l'écrivain. Il déplore la manière d'agir de la classe politique qui semple fuir le pouvoir pour ne pas endosser la responsabilité d'un éclatement de la Grèce. Mais, prédit-il «ce jeu nous conduira à l'implosion». Dans ce contexte tendu, nul n'exclut un coup de théâtre et une défaite du Syriza.

Par Alexia Kefalas