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Grèce : victoire serrée mais cruciale du camp pro-euro

le 18 Juin 2012 à 11:32 | Lu 409 fois

Antonis Samaras, leader de la Nouvelle Démocratie (droite), sera en mesure de gouverner, avec l'appui des socialistes.


Grèce : victoire serrée mais cruciale du camp pro-euro
Les capitales européennes respirent. Dimanche soir, les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND), proeuropéens déclarés, ont gagné les élections législatives en Grèce. Grâce au bonus de cinquante députés que la Constitution accorde à toute liste arrivée en tête dans ce scrutin à la proportionnelle, la ND, qui a recueilli 30,1% des voix, se retrouvera avec 130 députés au Parlement, qui en compte 300 en tout.

La ND devance de trois points et demi le Syrisa, la coalition de gauche radicale. Alexis Tsipras, le jeune chef charismatique de ce parti de type mélenchoniste, a reconnu sa défaite à 22h40, en téléphonant à Samaras pour le féliciter.

Les tractations ont déjà commencé pour la formation d'un gouvernement d'union nationale. Le premier à appeler à une telle solution politique fut le leader du Pasok (socialiste proeuropéen, 33 sièges), l'ancien ministre des Finances Evangelos Venizélos. Le calcul de ce politicien roublard est d'obliger Tsipras à participer aux inévitables réformes du secteur public. Mais il est peu vraisemblable que le Syrisa, devenu la première force d'opposition (70 sièges au Parlement), acceptera de cautionner une rigueur très impopulaire.

Sûr d'être le prochain premier ministre, Samaras a aussi appelé à la formation d'un gouvernement d'union nationale, «pour le salut du pays». Mais, avec le soutien du Pasok, il est déjà sûr d'obtenir une majorité de gouvernement. Il pourra l'élargir encore s'il parvient à gagner à sa cause la droite indépendante (20 sièges) et le petit parti de la gauche démocratique (16 sièges). Dirigée par un ancien communiste de 70 ans, la Gauche démocratique se complaît depuis deux ans dans un équilibrisme byzantin, à la fois contre la rigueur et pour le maintien de bonnes relations avec les créanciers internationaux du pays.

19 sièges pour l'extrême droite
C'est Antonis Samaras, le dirigeant de la ND, qui avait exigé la tenue d'élections anticipées (avant le terme normal d'octobre 2013), en échange de son soutien au Mémorandum de la troïka. En faisant des législatives un référendum pour ou contre l'Europe, il a réussi son pari.

Mais ce succès ne peut masquer la spectaculaire progression de Syrisa. Dans l'histoire de l'Europe démocratique d'après la Seconde Guerre mondiale, on n'avait jamais vu un mouvement politique réaliser une ascension électorale aussi fulgurante. Syrisa n'avait obtenu que 5% des voix aux élections grecques du 4 octobre 2009. À celles, anticipées, du 6 mai 2012, il était, à la stupeur générale, monté à 17%, devenant la deuxième formation de Grèce, derrière la ND. Ces voix venaient surtout des déçus du Pasok, le Parti socialiste vainqueur en octobre 2009, qui, sous la pression de Bruxelles, mit en œuvre plusieurs plans successifs d'austérité. Avec un réservoir de voix désormais guère supérieur à 12%, le Pasok, qui, en alternance, gouverna le pays depuis 1981 pendant vingt ans, n'est devenu qu'une force d'appoint en Grèce.

Dirigé par cet orateur exceptionnel qu'est Tsipras (ancien leader étudiant du mouvement d'occupation des universités de 1997), le Syrisa a encore fait un bond, gagnant près de 10% des voix grecques en l'espace d'un mois.

Le parti néofasciste Aube dorée, autant anti-immigrés qu'anti-Bruxelles, a réussi à conserver son succès du 6 mai, qui avait surpris toute la classe politique. Ce parti, dont le porte-parole a giflé sur un plateau télévisé une députée communiste, obtiendra 19 sièges au Parlement. Son leader, Nikos Mihaloliakos, a annoncé qu'il mettrait de «l'ordre dans le Parlement» et empêcherait tout «dérapage», tant sur la politique étrangère (questions de la Macédoine et des îles de la mer Égée dont les fonds marins sont convoités par la Turquie), que sur la politique intérieure (question de l'immigration clandestine en particulier).

Pourquoi tant de jeunes électeurs ont-ils fait le choix de Syrisa? «Les partis traditionnels ont échoué. Ce sont eux qui ont mis la Grèce dans cette situation impossible. Nous avons voulu essayer une voie nouvelle», explique une professeur de français. Votant avec son cœur plus qu'avec rationalité économique, elle ajoute: «La Grèce est à l'origine de toute la civilisation européenne. Comment se résignerait-elle à voir son sort décidé par les technocrates de Bruxelles?»


Par Renaud Girard
Par Alexia Kefalas