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Habib Demba Fall, Le Soleil : «Week-end magazine mérite de figurer dans l’espace médiatique»

En présentant vendredi 21 juin le livre du chroniqueur Mamadou Diop, «Chroniques politiques sénégalaises : il était une fois… Abdoulaye Wade », le journaliste Habib Demba Fall, a déploré la disparition de «Week-end magazine». M. Fall ne comprend pas comment un si bon titre peut disparaître du jour au lendemain. Habib Demba fait aussi état du fantasme médiatique qu’incarne Abdoulaye Wade, le communicant politique, au point d’assujettir certains médias à son image. Il se demande si Macky Sall saura user des médias comme son ex-mentor, à fortiori en gérer les effets. Entrevue.


Rédigé par leral.net le Mardi 26 Juin 2012 à 03:53 | | 1 commentaire(s)|

Habib Demba Fall, Le Soleil : «Week-end magazine mérite de figurer dans l’espace médiatique»
En présentant le livre de Mamadou Diop «Chroniques politiques sénégalaises : il était une fois… Abdoulaye Wade», vous dites, en passant, avoir regretté la disparition de «Week-end magazine». Pourquoi ?

D’abord ce n’est pas par plat corporatisme que j’ai regretté la disparition de « Week-end magazine ». Ce journal est un support quand même qui s’était imposé, en tout cas, dans son créneau magazine, et qui donnait rendez-vous, tous les week-ends, comme son nom l’indique, au public, avec à sa une, une offre éditoriale qui forgeait son identité, à la fois graphique et rédactionnelle : c’était des révélations, des enquêtes, des interviews-vérité, des investigations, tout en faisant dans ce qu’on appelle le genre people qui ne signifie pas un sous-journalisme. La deuxième chose, c’est que ce journal allie ses «préoccupations populaires» dans la demande, à des préoccupations plus élitistes : chroniques, analyses. Donc, un journal qui a pu produire une trentaine de chroniques de qualité, en près de 4 ans, sur Wade, et donner du contenu pour un livre, a sa place dans le champ médiatique. Ça, c’est un paradoxe. Je précise que les chroniques qui font l’objet du livre de Mamadou Diop sont un tri. C’est arbitraire, mais ça vaut son pesant d’or. Il y a d’autres chroniques sur d’autres thématiques publiées dans ce journal. L’autre élément qui peut justifier parfois la suspension d’un journal, c’est le coût de l’impression. On a eu au Sénégal des journaux qui sont bons,- nous-mêmes, au quotidien « le Soleil »-, on a eu un hebdo salué par tout le monde comme un journal de qualité, mais qui a disparu parce que nous avions des difficultés à payer l’imprimeur : 5 millions par numéro, par semaine, c’était très onéreux comme coût.



«Week-end est un titre fort qui ne peut pas disparaître du jour au lendemain du champ médiatique. C’est un patrimoine».



Il faut donc que renaisse ce journal ?

Je lance un appel, c’est même un plaidoyer que je fais, pour que dans le champ médiatique sénégalais, fleurissent des supports de qualité parce que, forcément, c’est la sélection naturelle, fondée sur l’influence, les contenus éditoriaux, l’originalité du graphisme, l’iconographie qui vont être des paramètres pour la survie des journaux. Mais bien sûr, un journal qui n’est pas rentable, effectivement les promoteurs, ne sont pas des philanthropes, ils arrêtent. Mais si le promoteur de «Week-end magazine» a les moyens de trouver une régie publicitaire performante, trouver même des repreneurs, des partenaires, je pense que « Week-end » est un titre fort qui ne peut pas disparaître du jour au lendemain du champ médiatique. C’est un patrimoine.



«Il faut concilier les innovations éditoriales à la demande économique».



Avez-vous connaissance des raisons évoquées par le promoteur pour expliquer la suspension de « Week-end magazine» ?

J’ai pris des précautions en ne faisant pas une incursion dans le champ économique, parce que cela relève de sa comptabilité (Madiambal Diagne, le promoteur). Effectivement, quelle que soit la qualité du support au plan graphique, éditorial, ce support est appelé à être rentabilisé. Maintenant, ce que moi je lui aurais suggéré (en tant que, je ne dirai pas manager des médias, mais en tout cas, quelqu’un qui a eu à occuper des responsabilités dans des sphères de décision d’un journal), c’est de faire un diagnostic pour voir pourquoi ça n’a pas marché. Est-ce que ce journal a eu la politique de promotion adéquate pour lui permettre de pénétrer le marché et d’être un support d’influence ? Est-ce que ce journal a laissé une large place à l‘entreprise, aux décideurs, à ceux qui prennent de la publicité ? Et ce que ce journal a montré qu’il est un support crédible ? Est-ce que le penchant trop populaire ne nous coûte pas le sérieux qui aurait pu servir de plateforme à des annonces classiques ? En tout état de cause, je pense qu’il faut concilier les innovations éditoriales à la demande économique. Ça c’est une piste. L’autre piste, c’est la gestion interne, sa cuisine interne. Il lui appartient de visiter sa comptabilité pour voir : est-ce que l’investissement économique a été à la mesure de l’investissement humain ? Et est- ce que la tenue des comptes et le plan de développement ont été à la hauteur des prémisses qu’on a pu voir et qui ont été très probants pendant un, deux ou trois ans ? Ça, c’est un diagnostic à faire.

Ce magazine a donc sa place dans le paysage médiatique sénégalais…

Si de manière empirique, je me limite à l’exposition médiatique que ce journal avait eu dans les kiosques et la pénétration dans les foyers, je dirais que ce journal mérite de figurer dans l’espace médiatique. Mais aucune œuvre humaine n’est parfaite. Si la formule est très populaire, mais pas très influente, il faut adapter cette formule pour que l’économique suive. Un produit peut être beau, mais il faut qu’il soit rentable aussi. De la même manière, un produit peut être beau et ne pas intéresser les décideurs. Or, c’est eux qui ont le cordon de la bourse, c’est eux qui ont l’entreprise, et ceux qui ont l’entreprise, ils ont leurs sondages, leurs canaux d’appréciation qui ne sont pas forcément des canaux académiques. Ensuite, il y a de nouvelles demandes. Mais sur ce plan, «Week-end» s’y est adapté : c’est l’information people, les gens… Il faut bien analyser cette nouvelle demande.

« Après la chute de Wade, il y a inévitablement une recomposition médiatique»

Peut-on faire un lien entre la disparition de ce magazine et la chute du régime de Wade ?

Je ne pousserai pas l’audace à ce niveau. Mais je dirai après la chute de Wade, il y a inévitablement une recomposition médiatique qui n’épousera pas forcément les contours de la recomposition politique, mais qui appellera la presse à s’adapter à une nouvelle demande qui, forcément, ne sera pas drivée, comme on le dit, médiatiquement par Wade. Il faut trouver d’autres sujets porteurs. Wade, opposant, vendait. A un certain moment, Djibo l’avait bousculé. Il a repris le collier en sortant du gouvernement de Diouf et depuis, il nous tient en haleine depuis 2000, en mal ou en bien. Mais est-ce que Macky Sall est un objet de fantasme médiatique, un objet même d’exagération, d’analyse ? Ça, c’est une question fondamentale. Donc dans le cadre de cette recomposition médiatique effectivement, certains danseurs pourraient changer de pied pour ne pas sortir du tempo. Et entre temps, le rendez-vous avec les lecteurs continue. Il faut sortir. Est-ce qu’aujourd’hui, il faut parler de Wade même en mal, dans l’après-pouvoir, peut durer ? Je pense que Wade veut tout le temps occuper le champ médiatique. Toujours est-il qu’il y a les brebis autour de lui qui reçoivent. On va même dans la banalité médiatique, chercher un homme médiatiquement extraordinaire. - «Il a reçu des militants» «ils étaient habillés en...», etc. C’est banal. Mais c’est du Wade. Quand on appelle Wade, ça fait vendre. Est-ce que Macky Sall a ce rapport aux médias ? Est-ce qu’il parle tous les jours ? Est-ce qu’il se prononce sur tout et rien ?



«Si la presse ne trouve pas une alternative à ce Wade, elle sera toujours obligée d’aller chercher son fantôme pour parler de lui, mais en mal».



Vous pensez donc que Macky Sall, très peu loquace, ne fera pas trop rêver la presse ?

Est-ce que Macky Sall a le sens de la formule qui lui permet de faire du buzz comme on le dit aujourd’hui? Est-ce qu’aussi il a cette carapace qui lui permet non seulement de faire le buzz mais de résister médiatiquement à son tout communication ou à sa trop communication ? Ça, c’est un problème. Et là, entre en jeu le pedigree de la personne, son rapport aux médias. Macky n’a pas les mêmes rapports aux médias que Wade qui a fait 26 ans d’opposition, qui a connu le parti unique, le journal unique, qui a cherché des ressorts de communication à travers le journal Takussan-Sopi. Aujourd’hui, Macky Sall a le plateau diversifié autour de lui mais est-ce qu’il sait en user autant que Wade et même en abuser ? L’autre chose, c’est une question de tempérament. Est- ce que Macky Sall a le tempérament de quelqu’un qui va à la casse, une sorte de casse-pipe ? Le troisième niveau, c’est le génie des uns et des autres. Wade n’est pas un communicateur dans le sens académique mais, c’est un bon communicant politique, à travers sa pratique, sa personnalité, son vécu. C’est un peu ça. Si la presse ne trouve pas une alternative à ce Wade (déchu le 25 mars 2012), elle sera toujours obligée d’aller chercher son fantôme pour parler de lui, mais en mal.

PROPOS RECUEILLIS PAR FREDERIC ATAYODI lesenegalais.net



1.Posté par moisa le 27/06/2012 05:13 | Alerter
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Mais comment peut-ont présenter un livre et ignorer le nom de l'auteur? l'auteur du livre c'est Mamadou Thiam et non mamadou diop. comment le journ aliste ainsi que la rédaction du site lesenegalais.pasnet peuvent-il laisser passer cette énormité?

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