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Hillary Clinton tance les deux Soudans

le 4 Août 2012 à 11:33 | Lu 408 fois

En visite dans la capitale du Sud, la secrétaire d'État américaine a exigé la réouverture des puits de pétrole, fermés en janvier par le nouvel État, et craint une reprise de la guerre.


Hillary Clinton tance les deux Soudans
Hillary Clinton s'impatiente. Au cours d'une visite éclair de trois heures à Djouba, capitale du Soudan du Sud, la secrétaire d'État américaine a exhorté les deux Soudans à «trouver un compromis» dans leur dispute sur le pétrole. Faute de pouvoir se rendre à Khartoum, capitale du Soudan, toujours sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme, c'est à Djouba, plus jeune capitale du monde, que Hillary Clinton a renvoyé les deux parties dos à dos.

La secrétaire d'État s'est montrée plutôt directe. «Il faut que le pétrole coule à nouveau, a-t-elle déclaré à Djouba. (Toucher) un pourcentage de quelque chose, c'est mieux qu'un pourcentage de rien.»

La production est arrêtée. Il y a un an, au moment de sa naissance, le nouvel État de 9 millions d'habitants, plus vaste que la France, a hérité des trois quarts du pétrole soudanais. Mais son président, Salva Kiir, n'arrive toujours pas à se mettre d'accord avec Khartoum sur le montant qu'il devrait verser à ce dernier pour exporter son pétrole via les oléoducs du Nord. Alors, en janvier, il a tout simplement fermé les puits, mettant à genoux les économies des deux pays. Depuis, rien n'y fait. Les pourparlers engagés à Addis Abeba s'enlisent. L'ultimatum donné aux deux pays par le Conseil de sécurité de l'ONU, sous peine de sanctions, a expiré jeudi soir.

Le Soudan du Sud était pourtant l'un des grands espoirs de Washington en Afrique. Aujourd'hui, c'est sa plus grande déception. Les États-Unis ont soutenu le combat des rebelles du Sud depuis les années 1950. Puis ils ont facilité l'accord de paix menant à l'indépendance, proclamée il y a un an. Washington craint maintenant une reprise de la guerre Nord-Sud, cette fois entre deux États indépendants.

«Un phare pour l'Afrique»
En avril, répondant à des bombardements de l'aviation de Khartoum, les troupes du Soudan du Sud ont envahi temporairement la région pétrolière d'Heglig, dans le Nord, et saccagé des installations. «C'était une faute», a déclaré à l'époque devant un petit groupe de journalistes français l'ambassadeur américain auprès de l'Union africaine Michael Battle, ami personnel d'Obama, tout en dénonçant aussi les bombardements. L'ambassadeur s'était également insurgé contre le soutien de Djouba aux rebelles de deux États du Soudan, le Nil bleu et le Sud-Khordofan. Djouba est soupçonné de vouloir ainsi déstabiliser le gouvernement du Soudan.

«Le Soudan du Sud ne devrait pas chercher à changer le régime de Khartoum», tonnait Michael Battle, ajoutant: «Quand on est un État, on a les responsabilités d'un État. On ne peut plus se comporter comme un mouvement révolutionnaire.» L'ami de Barack Obama dénonçait aussi les querelles ethniques entre Soudanais du Sud, et s'inquiétait de voir le gouvernement négliger le développement du pays. «Le Soudan du Sud devrait être un phare pour l'Afrique, disait l'ambassadeur. Aujourd'hui, c'est à peine une lueur vacillante.»



Par Pierre Prier