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Hissène Habré bientôt jugé au Sénégal

Rédigé par (Plus d'informations demain sur leral .net) le 30 Novembre 2010 à 01:04 | Lu 338 fois

La paisible retraite du “Pinochet africain” touche désormais à sa fin. Dix ans après sa première inculpation par un tribunal de Dakar, la justice sénégalaise s’apprête à organiser le procès de l’ancien dictateur tchadien, accusé d’assassinats politiques et de torture systématique durant les années de sa présidence (1982-1990).


Hissène Habré bientôt jugé au Sénégal
Réunis à Dakar le 24 novembre dernier, les bailleurs de fonds internationaux se sont engagés à verser 8,6 millions d’euros pour aider le Sénégal à traduire Hissène Habré en justice, aboutissement d’une longue campagne de mobilisation menée par les victimes tchadiennes et les organisations de défense des droits de l’homme.



Il aura en effet fallu une décennie entière de “ténacité et de déceptions”, selon l’expression de Reed Brody, conseiller juridique à Human Rights Watch, pour que l’ancien président, réfugié au Sénégal après avoir été renversé en 1990 par l’actuel chef de l’Etat tchadien Idriss Déby Itno, réponde des vastes campagnes de persécution orchestrées sous son régime et dont le nombre de victimes pourrait atteindre les 40 000 personnes.*

En 1999, s’inspirant de l’affaire Pinochet, une coalition d’organisations tchadiennes, sénégalaises et internationales se constitue pour soutenir les victimes qui cherchent à poursuivre Habré devant la justice sénégalaise. En janvier 2000, une plainte est déposée contre l’ancien dictateur devant une juridiction dakaroise qui l’inculpe pour complicité de crimes contre l’humanité, d’actes de torture et de barbarie et le place en résidence surveillée. Mais suite à de fortes pressions politiques, la Cour d’appel de Dakar annule les poursuites, estimant les tribunaux sénégalais incompétents pour juger au Sénégal des crimes commis à l’étranger.

Les victimes se tournent alors vers la Belgique et déposent plainte à Bruxelles, en application de la loi de compétence universelle, pour crime contre l’humanité, crime de torture, crime d’arrestation arbitraire et d’enlèvement. En 2005, la justice belge délivre enfin un mandat d’arrêt international contre Habré mais la Cour d’appel de Dakar se déclare alors incompétente pour statuer sur la demande d’extradition d’un ancien chef d’Etat et s’en remet à l’Union africaine.

b[En juillet 2006, l’organisation, affirmant qu’il appartient au Sénégal, “conformément à ses engagements internationaux, […] de traduire Hissène Habré en justice”, demande officiellement au gouvernement d’Adboulaye Wade de juger l’ancien président “au nom de l’Afrique”.
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Depuis, les autorités sénégalaises ont refusé d’entamer les démarches nécessaires au procès tant qu’elles ne recevraient pas de la communauté internationale un financement estimé à 27 millions d’euros, une somme que les donateurs potentiels ont jugé excessive et ramené, après de longues négociations, à 8,6 millions.**

Le principal obstacle au jugement du dirigeant en exil venant d’être levé, il reste à présent à lancer la machine judiciaire, une tâche qui s’annonce “ardue” pour le Sénégal, sans doute parce qu’elle revêt aussi toute la forme d’un test politique.