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Hollande-Obama : le défi d'un agenda international chargé

le 7 Mai 2012 à 13:04 | Lu 692 fois

Peu disert sur les questions de politique étrangère durant la campagne, François Hollande va sans tarder entrer dans l'arène où l'attendent des dossiers majeurs: les relations franco-allemandes, l'Europe, l'Otan.


Hollande-Obama : le défi d'un agenda international chargé
Fini le temps des paroles, plutôt rares d'ailleurs. Voici venu le temps des actes. Après une campagne présidentielle qui n'a réservé à l'international qu'une place congrue, François Hollande va devoir assumer dès les prochains jours un agenda diplomatique assez impressionnant.

Comme son prédécesseur en 2007, il s'est engagé à rencontrer Angela Merkel sitôt élu, possiblement dès la fin de cette semaine. Le 19 mai, il sera aux États-Unis pour le sommet du G8 à Camp David puis, dans la foulée, à Chicago pour celui de l'Otan, les 20 et 21 mai. Le nouvel occupant de l'Élysée n'a donc que quinze jours pour finaliser les grands sujets stratégiques qui seront débattus entre alliés. Avant le Conseil européen à Bruxelles, prévu les 28 et 29 juin, il assistera à une rencontre informelle des chefs d'État et de gouvernement de l'UE où la stratégie de croissance pour l'Union sera mise sur la table. Entre-temps, le nouveau président de la République se rendra au Mexique pour le G20, les 18 et 19 juin, avec notamment au menu la question de l'augmentation des ressources du FMI. Sans même parler des crises en cours, la Syrie, l'Iran ou celles, impromptues, qu'il faudra gérer. Au total, un véritable baptême du feu qui façonnera, plus ou moins solidement, la stature présidentielle du candidat victorieux.

Changement de style plus que de fond
Dans cette épreuve de vérité, François Hollande part avec des carences et des handicaps. Novice en politique étrangère, sa légitimité personnelle dans le club des «grands» de la planète n'est pas d'emblée acquise. Angela Merkel, Barack Obama et David Cameron ne l'ont pas reçu durant la campagne. En revanche, ils ont tous, à des degrés divers, exprimé leur soutien à Nicolas Sarkozy. Certes, le principe de réalité va s'imposer aux partenaires de la France, qui devront forcément prendre en compte leur nouvel interlocuteur. Les émissaires du candidat socialiste ont fait le voyage de la plupart des grandes capitales, avec plus ou moins de bonheur: on se souvient de l'accueil sans empressement réservé en Chine à Laurent Fabius. Enfin, les «technos» hollandais ont déjà pris langue avec leurs homologues étrangers. Il n'empêche que c'est maintenant François Hollande lui-même qui est attendu, avec curiosité mais aussi avec inquiétude, aux États-Unis, en Europe et au Proche-Orient.

C'est que, sur certains thèmes clés, le candidat François Hollande a pris le contre-pied des équilibres trouvés par Nicolas Sarkozy. La prise en compte d'une stratégie de croissance pour l'UE n'est a priori pas de nature à faire dévier Angela Merkel de sa volonté de ratifier en l'état le traité budgétaire, déjà signé par 25 pays et que François Hollande veut renégocier. Des tensions sont à attendre à Chicago, où le nouveau chef de l'État doit confirmer le retrait anticipé des troupes françaises d'Afghanistan. Les différences de calendriers, entre fin 2012 et 2013, étant somme toute minimes, un compromis avec Obama n'est pas à exclure. D'autant que François Hollande a ouvert une brèche en indiquant, lors de son débat télévisé avec Nicolas Sarkozy, que le rapatriement des équipements pourrait prendre plus de temps. Et on imagine mal l'armée française laisser derrière elle ses matériels les plus sophistiqués sans maintenir une présence militaire sur le terrain…

La plupart des observateurs considèrent que, sur le fond, la continuité devrait l'emporter. «Il n'y aura pas de révolution copernicienne», prévoit un diplomate du Quai d'Orsay. Nul doute que François Hollande aura à cœur de préserver le socle «gaullo-miterrandien» de la diplomatie française sans remettre en cause les acquis «atlantistes» de Nicolas Sarkozy (réintégration dans l'Otan, établissement de relations confiantes avec Washington…).

En revanche, en matière de forme et de méthode, la rupture s'annonce nette. À un président virtuose dans l'art de faire des «coups», de gérer les crises, impulsif et parfois brouillon, succède un homme plus réputé pour son sens du consensus que pour son esprit de décision. Un style qu'il doit maintenant transformer en atout pour réussir.