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Hollande et Merkel en amis à Reims

le 9 Juillet 2012 à 12:24 | Lu 739 fois

Ils ont commémoré dimanche la réconciliation scellée il y a cinquante ans par de Gaulle et Adenauer.


Hollande et Merkel en amis à Reims
De notre envoyé spécial à Reims

Côte à côte, comme deux mariés, François Hollande et Angela Merkel ont lentement remonté la nef majestueuse de la cathédrale de Reims au son des grands orgues. Après des semaines d'âpres négociations européennes et de tensions bilatérales, le hasard du calendrier a conduit dimanche le chef de l'État et la chancelière allemande à mettre leurs pas dans ceux du général de Gaulle et de Konrad Adenauer, venus sceller la réconciliation de leurs deux peuples dans ce haut lieu de l'histoire de France, le 8 juillet 1962. Quelques mois plus tard, le 22 janvier 1963, le traité de l'Élysée signé par les deux hommes fixait les grands axes de coopération entre les deux pays - l'Europe, la Défense, l'Éducation. Dans l'engagement de ces deux «visionnaires», il y avait une «dimension sacrée», a souligné dans une courte allocution l'archevêque de Reims, Mgr Thierry Jordan, qui a dû négocier pied à pied avec la mairie le déroulement d'une cérémonie dont la dimension religieuse a été réduite au minimum, à la différence de ce qu'avaient souhaité à l'époque de Gaulle et Adenauer, tous deux catholiques pratiquants.

Quelques minutes plus tard, sur le parvis de la cathédrale éclairée par le fameux ange au sourire, François Hollande et Angela Merkel ont rendu hommage entre deux averses à leurs illustres prédécesseurs, célébré les grandes étapes du rapprochement franco-allemand et appelé à poursuivre l'édification européenne dont l'entente entre Paris et Berlin demeure le «socle».

«Nous ouvrons une porte»
«Nous ne tournons pas une page, nous ouvrons une porte», a déclaré le président de la République en citant le général de Gaulle. «Je vous propose de franchir une nouvelle porte sur des années qui rendront encore plus étroite notre relation», a-t-il ajouté à l'attention de la chancelière. Évoquant l'«épreuve» de la crise que traverse l'Union européenne - «peut-être l'occasion d'un sursaut, d'un rebond, d'un nouveau départ» -, François Hollande a rappelé ses priorités: après l'union bancaire et l'union budgétaire, «nous voulons progresser dans le cadre d'une union solidaire», a-t-il déclaré.

« Il faut parachever aujourd'hui au niveau politique l'union économique et monétaire, c'est un travail d'Hercule mais l'Europe en est capable», a déclaré pour sa part la chancelière, témoignant que derrière les grands airs de l'amitié franco-allemande, chacun continuait aussi à jouer sa petite musique. «Si nous restons unis, nous relèverons les défis pour le bien de nos deux peuples», a lancé avec force Angela Merkel, donnant à plusieurs reprises du «Liebe François» («Cher François») à son partenaire. «Incontournable», la relation franco-allemande n'est toutefois pas «exclusive», a souligné la dirigeante allemande, «elle invite chacun à s'y associer».

Une foule relativement nombreuse agitant des drapeaux des deux pays avait pris place devant la cathédrale, celle du baptême de Clovis et du sacre des rois de France, célébrée par Charles Péguy avant d'être partiellement détruite par les bombardements allemands, en septembre 1914, sous les yeux d'un reporter nommé Albert Londres. Ville martyre de la Première Guerre mondiale, Reims fut aussi un lieu symbolique du second conflit mondial: l'Allemagne nazie y signa sa capitulation, le 7 mai 1945.

«Travail d'Hercule»
Après trois guerres et beaucoup de haine, l'audacieuse poignée de main de 1962 n'allait pas de soit, comme cela fut rappelé dimanche. Les communistes notamment voyaient dans cette initiative «l'œil des Américains». De Gaulle et Adenauer avaient d'ailleurs essuyé à Reims quelques huées. «Dans les années cinquante, dans mon village, on crevait les pneus des Volkswagen», se rappelle l'ancien ministre Jacques Godfrain, aujourd'hui président de la Fondation Charles de Gaulle, coorganisatrice des manifestations du cinquantenaire. Dans son allocution, François Hollande a fait allusion à la profanation découverte samedi de tombes allemandes dans un cimetière militaire des Ardennes, à une quarantaine de kilomètres de Reims. «Aucune force obscure, et encore moins la bêtise qui lui prête souvent son concours, ne pourra altérer le mouvement profond de l'amitié franco-allemande», a-t-il déclaré.

François Hollande et Angela Merkel ont aussi passé en revue une unité de la brigade franco-allemande. Une réplique symbolique, là encore, des gestes accomplis il y a cinquante ans par le général rebelle et l'ancien maire de Cologne limogé par les Nazis. Le 8 juillet 1962, au petit matin, tous deux avaient assisté à Mourmelon au premier défilé conjoint de blindés français et allemands, lointain embryon d'une force militaire commune.

Le chef de l'État veut revenir vers les Français
LA multiplication de ses obligations internationales et notamment le dialogue franco-allemand n'ont pas fait oublier le franco-français à François Hollande. À Reims, en marge de sa très symbolique rencontre avec la chancelière allemande, le président français, entre deux bains de foule et quelques autographes, a reconnu que le contact avec les Français lui manquait.

Deux mois après son élection, il a reconnu avoir été «aspiré» par de nombreux événements internationaux, conférences, déplacements et conseils européens. Aussi a-t-il confié son «souci de mettre la France au meilleur niveau pour ensuite revenir vers les Français». «J'ai besoin de ce retour vers les Français pour leur exigence, leur espérance, parfois leur inquiétude (…) Autant que je le pourrai, je le ferai.»

Le chef de l'État a déclaré croire en la «réussite» de la conférence sociale qu'il ouvre ce lundi, en souhaitant trouver «le bon équilibre entre efficacité, compétitivité, solidarité et justice sociale».

François Hollande aura très bientôt l'occasion de retrouver les Français: par une déclaration ou une interview le 14 Juillet et par un retour sur le terrain qui pourrait passer, le 20 juillet, par l'étape du Tour de France qui arrive à Brive, dans la Corrèze qui lui est chère.

B. H. (avec AFP)

Par Alain Barluet