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Ici c'est Rebeuss

Niché dans la commune de Dakar Plateau, Rebeuss recèle l’histoire même de Dakar. Rebeuss, c’est, en effet, la somme des apports des Sénégalais, venus des quatre coins de ce pays, pour s’y établir. Il a fait aussi confluer d’autres femmes et hommes issus de la diaspora de toutes les communautés du monde présentes à Dakar. Il est, aujourd’hui, rendu encore plus célèbre par la Maison d’arrêt et de correction (Mac), érigée dans la cité par les colons français en 1929 et qui a fini par en prendre le nom. Pourtant, jadis, cette Maison d’arrêt et de correction de Dakar était connue sous l’appellation de «100 mètres carrés».


Rédigé par leral.net le Lundi 11 Août 2014 à 13:50 | | 1 commentaire(s)|

Ici c'est Rebeuss
PAS DE POSITION COMMUNE SUR L’ORIGINE DU NOM REBEUSS

Rebeuss était un quartier marécageux. Après la pluie, il était difficile de s’y frayer un chemin à cause des inondations et de la boue. D’où l’origine de son nom : «Fi dafa reub». Selon le vieux El Hadji Diack «Pa Ass Diack», pour le commun des Rebeussois, délégué général du quartier, il n’y a pas encore une position figée sur l’origine du nom Rebeuss. «Nous sommes nés là et nous avons grandi ici. Moi, je vis ici depuis 1924, mais je peux vous dire qu’il n’y a pas une position commune sur l’origine du nom Rebeuss», commence-t-il par renseigner. Vers les années 40, explique le vieux Ass Diack, c’était un quartier cosmopolite et très agité. «A l’est, du côté de l’actuel ‘Difoncé’, c’était le fief des Soussous venus de la Guinée. A l’ouest, là où se trouve actuellement la mosquée omarienne, il y avait les caravanes soudanais. Là où se trouve actuellement la Porte du Millénaire, se trouvaient les ‘Abattoirs municipaux’ de Dakar. Et le site où est érigé le Palais de justice Lat Dior était le bastion des tirailleurs sénégalais», narre-t-il. «A vrai dire, c’était un quartier populeux où l’alcool et la prostitution étaient monnaie courante vers les années 40», a confié Ass Diack affectueusement appelé «Pa Ass».

A l’époque, poursuit «Pa Ass», Dakar s’arrêtait à Rebeuss. Il n’y avait pas Médina, ni Gueule Tapée. «Le quartier de Rebeuss était une cité métissée dans la ville de Dakar et de ce qui reste du Plateau historique, dont il était une partie intégrante avant d’en être déconnecté à la faveur d’une paupérisation devenue endémique», explique-t-il.

«C’ETAIT UN QUARTIER POPULEUX, OU L’ALCOOL ET LA PROSTITUTION ETAIENT MONNAIE COURANTE»

C’est ainsi que Soussou de Guinée forestière, Wolof des villes ou Lébous des villages traditionnels de la presqu’île du Cap-Vert, ou encore Créoles de Bissau et des Cap-Verdiens, dont le quartier-village de Reubeus a été le premier point de chute, y vivaient en parfaite harmonie. Ce, «avant qu' à la faveur de la création des Sicap – logements à loyer modéré créés par le régime senghorien pour les fonctionnaires sénégalais devant former la classe moyenne émergente du pays post-indépendant - ils migrent vers d’autres lieux de vie. Notamment les Sicap Baobab et autres Karack et Amitié. Mais il faut savoir que les plus anciens parmi eux gardent jalousement encore leurs attaches 'rebeussoises'», fait remarquer «Pa Ass Diack».

REBEUSS OU LE QUARTIER LATIN DE DAKAR

Mais ce quartier est rendu légendaire par le nombre de personnes qui y ont fréquenté l’école française et qui sont devenues des figures emblématiques du pays. «Il a vu naître ou grandir des figures illustres du pays comme Habib Thiam, ancien Premier ministre, Lamine Diack, actuel président de l’instance supérieure de l’athlétisme mondial, le grand Ousmane Sow qui est aussi un enfant de Rebeuss. Tout comme son compatriote et autre figure célèbre des arts et des affaires, l’architecte de renom Pierre Goudiaby Atépa qui, quoique né en Casamance, a vécu enfant entre la Médina et ce quartier», narre le vieux avec fierté.

«LA PRISON FAIT PARTIE DU PATRIMOINE DE REBEUSS, MAIS CE N’EST PAS UNE RAISON POUR L’ASSIMILER A NOTRE IDENTITE»

Aujourd’hui, dominé par la Maison d’arrêt et de correction (Mac), Rebeuss demeure toujours un quartier «africain» de la capitale. Rues enchevêtrées, petits commerces et marchés, tailleurs à l’ouvrage, animation incessante, Rebeuss demeure un quartier populeux et vivant, juste derrière le Plateau. «La prison fait partie du patrimoine de Rebeuss. Mais ce n’est pas une raison pour assimiler cette prison à notre identité. Mais elle a tellement joué sur notre identité que cela a rendu mythique notre cité. Je me rappelle l’époque où les prisonniers sortaient pour balayer les rues du quartier, c’était génial. Mais encore une fois Rebeuss, c’est un quartier, une vie qui n’a rien à voir avec le ‘100m2’», a tenu à préciser le vieux Ass Diack.

REBEUSS, FIEF DES GRANDS SPORTIFS A L’IMAGE, D’ASS DIACK, LAMINE DIACK

Rebeuss, c’est aussi le sport. C'est aussi un quartier populaire grâce au nombre impressionnant de grands sportifs qui y résident. «Alassane Djigo qui a donné son nom à l’actuel stade de Pikine, Papa Gallo Thiam, champion de France du saut en hauteur, Habib Thiam, vice champion de France du 100 et du 200m, Lamine Diack, champion de France du saut en longueur, André Mendy, champion de France poids et disque, sont tous des fils de Rebeuss», dit le vieux Ass Diack qui est aussi un mythique fils de Rebeuss rendu célèbre par le sport. Combien de jeunes footballeurs devenus des stars du ballon rond sont passés entre ses mains ? Nul ne sait, tellement ils sont nombreux. Il a - il faut bien le dire - marqué l’histoire de Rebeuss et de la Médina, lui le «baron» du célèbre Jaraaf de Dakar, dont il fut l’un des précurseurs.

Parlant du sport à Rebeuss, le vieux Ass, aujourd’hui encore, se rappelle avec enthousiasme, les matches épiques livrés entre militaires et civils. «A l’époque, c’était le stade des ‘Abattoirs’ qui abritait le championnat interne de Dakar. C’était vers les années 1943. Il deviendra par la suite stade Assane Diouf et sera finalement rasé par l’ancien Président Abdoulaye Wade pour le projet Kawsara un projet immobilier chinois de 130 milliards de francs Cfa comprenant un immeuble de 30 étages et quatre autres de 28 étages pour des bureaux et des appartements. Il y est aussi prévu un centre de conférence ultra-moderne et deux niveaux de parking de 1500 places. C’est le maire Alfred qui avait construit le stade des ‘Abattoirs’ et le ‘Champ des courses’. On jouait entre civils et militaires. Il y avait le ‘Foyer France Sénégal’ (devenu Jaraaf de Dakar), l’Us Gorée, la Jeanne d’Arc, l’Etat major, la Marine et l’Ecole de médecine où se trouve l’actuelle Université Cheikh Anta Diop de Dakar, etc.», se souvient avec émotion El Hadji Ass Diack.

APPRENTISSAGE DE LA VIE, SOLIDARITE, COURAGE, SOIF DE REUSSITE… LA MARQUE DE FABRIQUE DE L’ESPRIT «BOY REBEUSS»

Prouver à la face du monde qu’il existe bien un esprit «Boy Reubeuss». C’est cela qui anime bien des Rebeussois et ils le disent allégrement durant leur conseil de quartier. Le «Boy Reubeuss» est un leader-né, qui ne se réalise et ne fait rien que dans la pleine conscience. C’est-à-dire être premier, toujours et partout et comme pour signifier la force première de ce qu’il doit comme legs à la génération future. C’est, en effet, toute la philosophie que le vieux Ass Diack tire de ce concept de «Boy Rebeuss».

Délégué général du quartier, Ass Diack, par ailleurs frère cadet de Lamine Diack, président de l’Iaaf (Fédération internationale d’athlétisme), est d’avis que Rebeuss, comme sa jumelle, le populeux quartier de la Médina, est un monde singulier d’où des destins émergent avant d’irradier d’autres lieux de vie. Mais la particularité de Rebeuss, dit-il, «c’est que ses enfants gardent, quoiqu’il advienne, ce qu’ils ont en commun et qui tient à un fait qu’ils savent et partagent : ils ont été tous malaxés dans ce même moule multiculturel fait d’une urbanité et d’un tempérament particuliers qui est la marque de fabrique du ‘Boy Rebeuss’ ». D’ailleurs, dit-il, «bien qu’on avait l’habitude de fréquenter des voyous, des prostituées, nous n’avons jamais tourné le dos aux préceptes de l’islam que nous ont enseignés nos ancêtres. Il n’y a jamais eu de contradiction entre la religion musulmane et la modernité pour nous». «Mais, comme vous le savez, la valeur de liberté est comprise, de nos jours, comme la liberté de faire n’importe quoi. La connaissance s’est mise au service du pouvoir, et le monde est devenu un champ de bataille», a déploré un des membres du conseil de quartier répondant au nom d’El Hadji Babacar Ngom.

A en croire le vieux Ngom, «l’apprentissage de la vie, la solidarité, le courage, l’abnégation et la soif de réussite sont la marque de fabrique de ce quartier multiculturel et multiethnique ». «Il ne faut pas se contenter de le dire, mais il faut l’avoir dans le comportement.

En tout cas, c’est ce qu’ont compris nos anciens qui ont réussi dans tous les domaines. C’est des intellos, des sportifs, des médecins qui, dans des conditions pas toujours faciles à vivre au quotidien, ont réussi à se hisser au sommet». Cette réussite, ajoute-t-il, s’est faite à travers «ce ‘jom’, et ce ‘fouleu’, vertus 'rebeussiennes' par essence qui a prédisposé le jeune natif de Rebeuss qu’est Lamine Diack à cette trajectoire singulière qui a été la sienne. Un champion en tout et partout, dont il est difficile de retracer les parcours élogieux sans donner l’impression de verser dans le panégyrique et le dithyrambe », a recadré El Hadji Babacar Ngom.

ENTRE FIERTE ET EMBARRAS - REBEUSS, CHERI DES HABITANTS, TERREUR DES ETRANGERS

Qui n’a pas entendu parler de Rebeuss ? Ce quartier célèbre par son multiculturalisme, ses illustres personnages (Lamine Diack, Habib Thiam…), mais aussi parce qu’abritant la prison la plus connue du Sénégal. Ses habitants, entre fierté et embarras, nous ont livré leur sentiment sur la réduction de leur quartier à la prison qui porte son nom.
Rebeuss est un quartier populaire à l’instar de la Médina ou de la Gueule tapée. Le brassage culturel n’y est pas un vain mot. Car des hommes et des femmes venus d’horizons divers le peuplent et y vivent dans le respect et la concorde mutuels. Toutes les catégories socio-professionnelles y sont représentées et s’y côtoient. Toutefois, Rebeuss ne tire pas sa renommée que de son cosmopolitisme ou de ses illustres fils, la prison qui porte son nom et qui a vu défiler bon nombre de personnalités importantes de ce pays contribue aussi largement à sa notoriété. Si certains se montrent craintifs, rien qu’à l’évocation de Rebeuss, parce que l’identifiant tout de suite à la prison qu’il héberge, pour les habitants de Rebeuss, la jeune génération surtout, cette prison ne constitue guère un problème. Ils l’ont trouvée ici et sa présence n’ôte en rien la fierté qu’ils ont de leur quartier, qu’ils défendent bec et ongles.

LES HABITANTS VEULENT LA DELOCALISATION DE LA PRISON

Cependant, loin de se glorifier de l’existence de la prison dans leur quartier, les habitants de Rebeuss ne cachent pas leur désir de voir sa délocalisation. Cela, à cause de la méfiance qu’elle suscite chez les étrangers qui n’y habitent pas et qui voient en leur quartier un haut lieu de la délinquance. Mais, eux qui connaissent bien leur quartier et le chérissent plus que tout, n’en pensent que le plus grand bien. C’est le cas de Daour Mbaye. Mécanicien de son état, la trentaine, il confie : «Je suis né et j’ai grandi ici à Rebeuss. Le fait qu’on identifie notre quartier à sa prison, on n’y peut rien parce qu’à notre naissance la prison était déjà là et nos aînés, que la prison a trouvé ici également, quand l’Etat prenait la décision de l’ériger, ils n’y pouvaient rien. On ne se vante pas de la présence de la prison, loin de là, on souhaite d’ailleurs son déménagement. Mais personnellement, je ne ressens aucune honte à dire que je suis rebeussois devant qui que ce soit, c’est tout le contraire».

Poursuivant, il nuance : «si les gens considèrent que la prison est un point noir dans Rebeuss, qu’ils acceptent aussi qu’il y a des points très positifs. Notre quartier est doté de toutes les infrastructures qu’un quartier dit ’normal’ doit avoir». Et il cite : «école, police, centre de santé. Et même bien des choses que d’autres quartiers n’ont pas comme un tribunal et un centre de recherche». Ce mécanicien semble tout aussi attaché à son quartier que cette restauratrice du nom d’Innocence Gomis. Rebeussoise également, elle informe que les détenus rebeussois sont minoritaires par rapport au grand nombre de prisonniers dans ce lieu de détention.

«CEUX QUI REDUISENT REBEUSS A UNE PRISON FONT UNE GROSSE ERREUR»

Cependant, c’est pour une raison bien différente de celle de Daour que la jeune femme souhaite que la prison déménage. «On souhaite la délocalisation de la prison pour pouvoir évoluer. Parce que, nous qui habitons près d’elle, nous ne pouvons pas construire plus haut qu’elle. Et c’est gênant pour nous», explique-t-elle. Et, se faisant l’avocate de son quartier, elle s’offusque des préjugés à son encontre. «Ceux qui réduisent Rebeuss à une prison parce qu’il en abrite une, font une grosse erreur», clame-t-elle.

Bara Thiam, dans le même tempo que ses voisins, soutient que, «pour ceux qui habitent le quartier, la présence de la prison ne constitue point une gêne. Elle fait partie du décor et de notre vie quotidienne. D’ailleurs, si on compare le Rebeuss jadis et le Rebeus d'aujourd’hui, ce n’est plus pareil. Avant, on n'avait aucun souci. Mais présentement, il y en a dès qu’ils prennent connaissance de l’existence de la prison dans le quartier, ils s’alarment y voyant un danger. Or Rebeuss est un quartier au même titre que les Almadies, il n’y a aucune différence, il ne constitue en rien une spécificité».

«On ne connaît ni agression ni vol maintenant, à Rebeuss»

«D’ailleurs, ajoute-t-il, j’en profite pour remercier l’équipe du commissariat de Rebeuss et du Central, ils font un travail remarquable pour notre sécurité. On ne connait ni agression ni vol maintenant». «Mais si on nous proposait la délocalisation de la prison, on n’émettrait aucune objection pour la bonne et simple raison que personne ne voudrait que son quartier soit identifié à une prison. Sinon, que les autorités travaillent à la modernisation de Rebeuss», souligne-t-il. Il faut noter qu’à l’instar de certains quartiers populaires de la capitale, Rebeuss souffre également d’autres maux. En plus des problèmes d’assainissement, d’insalubrité ambiante, il y a la promiscuité, le surpeuplement du quartier, la prolifération des gargotes, entre autres, qui sont autant de défis à relever. Aussi, les jeunes de Rebeuss sont confrontés, comme bien d’autres, à des vices comme la drogue et l’alcool surtout. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que dans le milieu interlope, le surnom donné à Rebeuss est «Rosa», du nom d’une célèbre marque de boisson alcoolisé.

LAMINE DIACK, ANCIEN MINISTRE ET PRESIDENT DE L’IAAF - LA LEGENDE VIVANTE DE REBEUSS

La seule évocation de son nom suscite une vague de réactions dans les rues de Rebeuss. Condisciple de l’ancien Président Abdou Diouf, Lamine Diack a réalisé, en son temps, une performance peu courante qui est très révélatrice de sa forte personnalité : concilier des études brillantes jusqu’au niveau supérieur, avec la pratique de deux disciplines sportives au niveau international (football et athlétisme). Ayant passé 30 ans à la tête de la Confédération africaine d’athlétisme (Caa) de 1973 à 2003, celui qui fut président du Comité national olympique et sportif sénégalais (Cnoss) de 1985 à 2002, est aussi président de la première discipline olympique, la Fédération internationale d’athlétisme (Iaaf) depuis 2001. Pour dire que «Pa Diack», comme l’appellent ses amis, a marqué d’une empreinte indélébile le sport sénégalais, africain et mondial.
Entre cet ancien athlète devenu patron de l’athlétisme mondial et son milieu d’origine, c’est une relation sincère et éternelle qui s’est tissée. «L’esprit ‘Boy Reubeuss’ et l’amour pour son pays sont les bases de ce charisme propre à cet homme qui fait de lui le premier Africain de France médaillé olympique. C’est une légende pour le Sénégal et une fierté pour Rebeuss», a confié le Vieux Ass Diack, son frère cadet. Le délégué général de Rebeuss est d’avis que la grandeur d'un homme ne consiste pas en ce qu'il a un beau visage, ni un long bras, ni une grande tête, ni une immense poitrine. A l’en croire, «un homme des guerres et des combats, n’est grand que par rapport aux victoires qu’il remporte et n’est rien en dehors de cela. C’est ce que Diack a compris en se forgeant un destin jusqu’à devenir non seulement cette figure emblématique du présent et de l’avenir de Rebeuss, mais aussi de tout le Sénégal», témoigne son frère devant quelques membres du conseil de quartier.

Aussi, dans les coins et recoins de Rebeuss, c’est le même témoignage qui ressort de la bouche des habitants. Le seul défaut de «Pa Diack», dit-on, c’est «d’être trop honnête».

«C’est un homme affable, courtois, sympathique, ouvert et fidèle en amitié et disponible pour tout le monde», disent de lui les Rebeussois. Ici, Diack a fini de conquérir le cœur de tous. Des gens qui ne s’intéressent pas particulièrement au sport, à ceux qui ne vivent que pour le sport, tous voient en lui le modèle achevé de ce que doit être le «Boy Rebeuss». C’est dire qu’à Rebeuss, personne ne pouvait rester insensible aux exploits de cet homme, tant dans l’athlétisme, la politique, lui l’ancien Secrétaire d’Etat aux Sports et ancien maire de Dakar, que pour son amour et sa dévotion pour l’épanouissement des habitants de sa cité de naissance. Ce, à travers des gestes de grandeur digne d’un fils de Rebeuss, ont témoigné les populations. C’est cela aussi l’image que Rebeuss garde du «père de la réforme du football sénégalais» ou «Réforme Lamine Diack» de 1969.

DEGATS COLLATERAUX DU PROCES DE KARIM WADE - LES REBEUSSOIS CRIENT LEUR RAS-LE-BOL

La Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Rebeuss, située en face de la corniche de Dakar, cette prison de Rebeuss a été créée en 1929 par les colons français. Aujourd’hui, elle est surpeuplée, selon les dernières estimations émanant de la direction de l’Administration pénitentiaire du ministère de la Justice. Conçue pour abriter moins de 500 détenus, la prison en compte aujourd’hui plus de 1830. Dans cet endroit réputé calme en temps normal, la donne a changé depuis plus de deux semaines, notamment avec le procès de Karim Wade, le fils de l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, qui se trouve incarcéré dans la Mac de Rebeuss depuis plus d’un an. Et s’il en est ainsi, c’est qu’à une centaine de mètres de la prison a aussi été édifié le Palais de Justice de Dakar. Et c’est justement dans ce tribunal qu’est jugé Karim Wade. Ce qui est source de désagréments pour les Rebeussois.

En effet, toutes les entrées qui mènent vers le quartier, dans sa partie ouest, sont verrouillées les jours d’audience. D’ailleurs, depuis que Karim Wade a été incarcéré à la Mac, la sécurité dans les environs de la prison a été renforcée. Et si certains pensent que cela garantit la sécurité des habitants du quartier, d’autres par contre ont du mal à comprendre et dénoncent «une militarisation de leur quartier», depuis le début de l’affaire Karim. Il en est ainsi d’Ibrahima Ndiaye, un commerçant établi aux abords de la prison de Rebeuss. Outré, il explique : «Jamais ce quartier n’a été aussi agité. A vrai dire, on n'en veut plus de ce procès. Nous sommes quadrillés comme si nous faisions partie des prévenus. Il faut qu’on arrête, c’est juste un procès et pas la fin du monde», tonne le commerçant.

Même sentiment de désolation chez Hélène Gomis. Etudiante à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), la jeune fille de marteler : «Le quadrillage bien que motivé pour notre sécurité est aussi très dérangeant. Parce qu’on ne peut même plus prendre le bus à l’emplacement adéquat. On nous oblige à faire un grand détour pour obtenir un moyen de transport en sortant de chez nous. Pour les étudiants et les travailleurs que nous sommes, c’est incommodant».

Bara Thiam estime, par contre que «pour ce qui est du quadrillage de la zone avec le procès de Karim Wade, ça obstrue peut-être la voie, mais cela n’empêche en aucune façon aux gens de vaquer à leurs occupations où de faire leur boulot dans le quartier, notamment pour ceux qui ont des commerces ou des ateliers ici». «Avec le quadrillage, nous ne ressentons pas de changement dans notre quotidien», dit-il en prenant le contre-pied de ses voisins.

REPORTAGE DANS LE «QUARTIER LATIN» DE DAKAR
Karamba NDIAYE & Oumou DIALLO






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