Identité nationale : l’Afrique inquiète pour la FranceAu Sénégal, la politique française est suivie par beaucoup avec passion notamment par les très nombreux auditeurs de RFI (Radio France internationale) ou les téléspectateurs de France 24.
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Le débat français sur l’identité nationale inquiète chaque jour davantage les médias locaux. Plus de 100 000 Sénégalais vivent en France. De nombreux Sénégalais me posent la question. « Pourquoi un débat sur l’identité nationale ? » Rama, une étudiante me déclare tout de go : « C’est dangereux d’ouvrir la boite de pandore. Vous risquez de stigmatiser les immigrés. Nos frères qui vivent chez vous sont des Sénégaulois. Ils appartiennent aux deux cultures. A l’heure du métissage culturel, je ne vois pas l’intérêt de s’interroger sur l’identité nationale. La France devrait avoir d’autres priorités ». D’autres Sénégalais me disent que ce débat est surtout une mauvaise nouvelle pour la France. « Cela veut dire que vous vous repliez sur vous-même. Et ce n’est jamais très bon signe surtout pour un pays qui prétend défendre des valeurs universelles » m’explique Hassan, un enseignant sénégalais. Témoin de cet état d’esprit, l’éditorial de Marcus Boni Teiga, journaliste francophilie, qui a peur que la France ne tourne le dos à son histoire. Et qu’elle ne tombe dans les mêmes travers que la Côte d’Ivoire. L’Afrique inquiète pour la France La France de Nicolas Sarkozy ne cessera jamais d’étonner, voire de décevoir le monde avec ses polémiques et ses débats à tout le moins anachroniques. Du temps de la colonisation et même bien longtemps après en Afrique, l’on avait coutume d’identifier la France à la Marseillaise et au Coq gaulois aux couleurs évidemment fétiches que sont le bleu, blanc, rouge. Pour nous, anciennement colonies et colonisés d’Afrique, se déclinaient ainsi en l’hymne et le drapeau national, l’esprit de conquête et de grandeur qui symbolisait la patrie des droits de l’homme et tout ce que cela impliquait comme ouverture d’esprit, tolérance et hospitalité. Il est vrai que les temps ont changé et que la France aussi ouverte, tolérante et hospitalière soit-elle, ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Mais pas au point de ne pas pouvoir reconnaître, ou passons le mot, identifier ses propres filles et fils, tout simplement parce qu’ils n’ont pas la même couleur de peau ou le même faciès, et de se chercher désespérément une identité nationale. Le président Nicolas Sarkozy va jusqu’à ridiculiser la France en donnant à un ministre de la République le mandat de s’occuper de la fameuse identité nationale. Il ne suffit donc plus d’être Française ou Français de naissance ou d’adoption, il faut absolument répondre aux critères de la fameuse identité nationale tout aussi insaisissable que les larmes d’un crocodile. Ce n’est pas tant, dans le cas d’espèce, que d’apprendre la langue de Molière ou de justifier de quoi vivre – toutes choses qui ne font pas d’un homme un bon Français – qui posent problème, mais l’esprit qui sous- tend une telle volonté politique. Comble d’ironie, sous nos tropiques et plus précisément en Côte d’Ivoire où la France prétend œuvrer pour une sortie de crise et un retour à la paix définitif, ce sont les mêmes causes d’identité nationale qui ont produit les années de guerre que le pays a traversées. Quand la France, en plus de la « ghettoïsation » qu’elle a engendrée vis-à-vis de certaines couches sociales notamment immigrées, va estampiller ses citoyens de première ou de seconde zone ; cela ne ferait qu’empirer le malaise social déjà ambiant. Le vif débat suscité par la question est incontestablement à la mesure de l’intérêt que tous les Français portent à ce sujet. Indépendamment de la couleur de leur peau et de leurs origines socioprofessionnelles ou politiques. C’est à croire que la France, la Grande France, a atteint son apogée. Et pour reprendre les propos d’Aimé Césaire, au lieu de trouver des solutions aux problèmes qu’elle se pose, elle ruse avec ses propres principes. Ce qui est, du reste, le propre des civilisations décadentes. Mais à y voir de près, il semble que ce soit les dirigeants français, eux-mêmes, qui soient vraiment en panne d’inspiration et d’idées nouvelles qui leur font se tourner vers l’Afrique pourtant décriée pour copier et coller des alchimies politiques. Au moment où le président ivoirien Laurent Gbagbo, accusé d’ « ivoirité », et par conséquent de pratiquer la politique de la citoyenneté sélective règle en bloc la question identitaire, en accordant même des privilèges aux ressortissants ouest africains, c’est la France qui, a contrario, fait machine arrièree. En ghettoïsant des Français, pourtant bien Français. Marcus Boni Teiga dakar paris blog Lundi 8 Février 2010
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