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Il y a bien plus sérieux et plus urgent que l’appel d’un Me Wade

Il n’y a plus aucun doute aujourd’hui : le temps est vraiment venu pour tous ceux et toutes celles d’entre nous qui refusent de rester d’éternel(le)s demeuré(e)s, d’ouvrir enfin les yeux sur l’homme qui nous dirige depuis huit déjà trop longues années. Le temps est venu, non plus de nous contenter de dénoncer même avec la plus grande vigueur, mais de démystifier et de démythifier la politique politicienne, la manipulation, la ruse, la diversion, le folklore, les promesses et les engagements volatiles, le népotisme outrancier et la corruption, qui sont les traits caractéristiques de sa gouvernance nauséabonde et meurtrie. Tout, dans cette gouvernance hideuse, est opaque, clandestin et calculateur. Les exemples foisonnent pour illustrer cette assertion Qu’il s’agisse de la rocambolesque rénovation de l’avion présidentiel, du dédommagement en sourdine de la famille du défunt Me Babacar Sèye, de la gestion calamiteuse des fonds spécifiques de la présidence de la République, du fameux « protocole de Reubeusse », de cet énorme « butin » dont nous ne connaîtrons peut-être jamais ni le montant exact ni l’origine, du détournement - jusqu’à preuve du contraire - fonds taïwanais, tout jure avec la transparence et la sincérité dans la gouvernance immonde et informelle de Me Wade. C’est l’homme lui-même qui nous en administre deux fois la preuve dans l’intervalle d’une semaine.


Rédigé par leral.net le Samedi 8 Mars 2008 à 21:55 | | 0 commentaire(s)|

Arrêtons-nous d’abord sur la démolition de la tribune du Stade Assane Diouf, un cas patent de clandestinité. Les démolisseurs attendent la nuit (celle du Magal de Touba), pour passer à l’action. Le Populaire nous apprend que le bénéficiaire du marché de démolition est un certain Demba Diop, alias « Diop Sy », premier adjoint au maire de Dakar-Plateau et, par ailleurs, président du Collectif des jeunes de Reubeuss pour la défense du Stade Assane Diouf. Le lecteur sent déjà le roussi, l’opacité, le mensonge et l’hypocrisie. Dès le lendemain, l’entourage de Wade père et de Wade fils s’emploie à nous faire avaler la pilule qu’ils n’y sont pour rien, n’étaient au courant de rien.
Wade fils n’a pas, en tout cas, perdu du temps. Il ne veut courir le risque d’aucune perturbation, à quelques encablures de son Sommet (de l’Oci), qui doit le propulser au sommet de l’État. Pour ne laisser place à aucun doute et donner un gage de sa bonne volonté, il a vite fait de limoger un de ses nombreux conseillers, Monsieur Chams Eddine Ndoye, qui serait mêlé à l’affaire . Il a rencontré également sans tarder les représentants des populations de Reubeusse, pour confirmer que l’Anoci n’a aucune responsabilité dans la démolition. Il les a surtout rassurés et s’est engagé à leur obtenir rapidement une audience auprès du président de la République, son père de président.
L’Observateur du vendredi 29 février 2 008 révèle que, selon des sources proches du palais, « le président Wade était très en colère lorsqu’il a appris la destruction du stade Assane Diouf (et que), depuis la Jordanie, il a fait savoir qu’il veut que tous ceux qui sont derrière cette affaire soient sanctionnés ». Il faut être vraiment Sénégalais pour croire à tout cela. Personne ne sera sanctionné. Je renvoie le lecteur à L’Observateur de la même édition (page 5). Me Wade est au courant de tout et a tout orchestré. Il a suivi tout le processus avec son fils et son architecte fétiche. Qui peut imaginer, un seul instant, un investissement de plus de cent milliards chez nous, sans que les Wade ne soient au cœur de l’affaire, du début à la fin du processus ? L’Observateur révèle encore que les « Chinois ont réussi à avoir une autorisation de construction délivrée par la ville de Dakar, sous le numéro 02810, en date du 27 août 2 007 ». Qu’on cesse donc de nous prendre toujours pour des moins que rien ! Le sort du Stade Assane Diouf est définitivement scellé. Le maire de Dakar, Wade père et Wade fils le savent parfaitement. Jusqu’à preuve du contraire, il leur sera très difficile de revenir en arrière.
Je reste aussi très sceptique et totalement indifférent, devant l’appel (si on peut le nommer ainsi) de Me Wade à discuter avec les partis membres du Front Siggil Senegaal (Fss). Cet appel, comme ses nombreux devanciers, est froidement politicien et calculateur. Toute sa préoccupation du moment, est d’organiser sans encombre son sommet, un sommet où les onze millions de Sénégalaises et de Sénégalais, dans toutes leurs diversités, seront partie prenante. Le prestige du Sénégal est le dernier de ses soucis dans cette affaire-là. Ce qui lui importe par-dessus tout, c’est son image et celle de son fils. Pour les lustrer et les présenter sous leur meilleur jour à la face du monde, il est prêt à faire toutes les concessions et à prendre tous les engagements d’ici au 14 mars prochain. Et on verra après !
Nous Sénégalais, nous oublions très vite et ne sommes attentifs à rien, sauf peut-être, pour nombre d’entre nous, à nos intérêts immédiats, surtout quand ils sont sonnants et trébuchants. Nous ne nous rappelons même plus, qu’il y a quelques semaines seulement, Me Wade a opposé une fin de non recevoir catégorique, à une demande d’audience d’Alioune Tine, qui tentait une médiation entre le président de l’Assemblée nationale et lui. Il l’avait pratiquement humilié. Nous nous souvenons aussi que le nouveau Khalife général des Mourides lui avait demandé d’accepter de discuter avec l’opposition significative. Il était resté sourd à cette demande. Aujourd’hui, comme par enchantement, au détour d’une audience qui portait sur une autre question, M. Tine obtient de lui qu’il reçoive l’opposition significative ! Quand même !
Les appels de Me Wade n’ont jamais eu pour sous bassement une question d’intérêt national. Chaque fois qu’il a eu à faire un clin d’œil à l’opposition, c’était pour proposer à ses membres de rentrer dans son gouvernement. Pour les réduire au silence, comme il l’a si bien réussi avec Djibo Ka, Abdourahim Agne et de nombreux autres, qui le défendent aujourd’hui mieux que les plus zélés des Libéraux bon teint. Cet homme est ainsi fait qu’il ne supporte pas une franche opposition. Autant il est friand de louanges, autant il est rétif aux critiques. C’est pourquoi il est prêt à toutes les concessions et à toutes les compromissions pour gagner à sa cause les opposants les plus virulents et relativement les plus constants. Pour nous en convaincre, rappelons-nous les propos qu’il a tenus à ses alliés de la CAP 21, au cours de leur rencontre tenue le 5 avril 2004 au Palais Léopold-Sédar-Senghor (propos rapportés par Sud quotidien du 7 avril 2 004, page 3). En cette circonstance, Me Wade leur parla en ces termes crus :
« Je voudrais vous informer de ma décision d’élargir le Gouvernement. Cela n’est pas une tradition, parce que quand un président de la République décide d’élargir son gouvernement, c’est sa responsabilité personnelle, il n’a pas à informer tel ou tel, même pas son propre parti. Mais moi, je ne respecte pas les traditions. Donc je vous informe sur mon intention d’élargir le Gouvernement. D’ailleurs, vous connaissez cette intention, mais vous ne connaissez pas mes motivations profondes. »
Ces motivations profondes, il les leur expliqua sans gant, sans état d’âme, sans nuance, et de la manière suivante :
« La minorité oppositionnelle a déclenché une offensive multiforme à l’intérieur du pays et à l’extérieur contre ma politique et en particulier contre ma personne. Connaissant leur poids minoritaire à l’intérieur du pays, cette campagne n’y a pas eu de grands effets, mais à l’extérieur du pays, les effets sont réels. L’autre jour, je me suis rendu en Arabie saoudite et un de mes amis saoudiens m’a demandé (ce qui se passait) au Sénégal. La capacité de nuisance de l’opposition est réelle et nous n’avons pas été à la hauteur. »
On sent nettement ici la peur bleue que le grand Me Wade a des critiques, au point de s’en soucier à ce point. Nerveux, et ayant presque perdu les pédales, il poursuit l’explication de sa volonté d’élargir son gouvernement à l’opposition en exprimant, chemin faisant, des regrets. Il assène :
« Quand j’ai été attaqué, ceux qui ont réagi sont rares. J’ai dit au Premier Ministre que nous avons perdu cette bataille. Cette campagne n’aurait pas dû faire mouche au point d’ébranler nos amis extérieurs. La seule manière de régler ce problème est d’établir des rapports civilisés avec l’opposition et pour cela, il faut intégrer ses chefs dans le gouvernement. Ne me dites pas de ne pas faire appel à l’opposition vu que nous sommes incapables de faire face. Donc, j’ai estimé devoir faire appel à eux pour cela. Les manœuvres et la ruse sont indissociables de la politique. »
Dans mes livres comme dans mes contributions, je rate rarement l’occasion de rappeler que Me Wade est un politicien bon teint, pur et dur. Je rappelle souvent – il le faut bien - que toutes ses actions, toutes ses intentions ont pratiquement des fondements politiciens. Cet homme est tellement politicien qu’il est convaincu que ses adversaires le sont tout autant. C’est pourquoi, il n’a aucun égard pour eux. Il n’a que mépris pour eux quand il affirme ceci :
« C’est une bataille pour des postes, ce n’est pas un problème d’idéologie ou de programme. Je le sais bien. Je suis payé pour le savoir. C’est un problème de poste. Donc, je vais ouvrir les rangs du Gouvernement à l’opposition (….). »
Voilà le sens des appels circonstanciels de Me Wade. Et il ne comprend pas qu’ils ne soient pas toujours entendus. Refuser un portefeuille ministériel ! Lui, qui en a toujours rêvé quand il était dans l’opposition, ne le conçoit pas du tout. Il sautait toujours sur les strapontins que le président Diouf voulait bien lui offrir. Il lui arrivait donc d’en avoir assez devant les refus de l’opposition significative de siéger dans ses différents gouvernements. C’était le cas quand il déclarait, très nerveux, devant ses alliés – plutôt ses affidés - de la Cap 21, au cours de cette fameuse rencontre du 5 avril 2 004 :
« J’ai lancé un appel pour l’élargissement du gouvernement aux opposants. Je souhaite qu’ils viennent. Je serais heureux qu’ils viennent. Mais s’ils ne viennent pas, on verra. Je souligne que c’est le dernier appel, parce que bientôt les élections vont arriver et moi je vais bientôt commencer ma campagne. Il faut que je sache ceux qui sont avec moi et ceux qui sont contre moi… »
Voilà l’homme qui, par l’entremise d’Alioune Tine, appelle l’opposition au dialogue. Je crois que les partis membres du Front Siggil Senegaal le connaissent maintenant assez bien. Personne ne comprendrait donc qu’ils se laissent encore divertir, qu’ils tombent encore dans son piège invariable. Ils doivent surtout avoir en tête l’adage wolof selon lequel ku ndóbin ray sa maam, boo sénée lu ñul daw. En d’autres termes, chat échaudé craint l’eau froide. Amath Dansokho et ses amis ont été plusieurs fois roulés dans la farine par cet homme-là, dont les promesses et les engagements ne sont vraiment plus motif à corriger son enfant. Ils devraient donc s’en méfier désormais comme de la peste. Ils n’ont surtout pas de temps à perdre avec lui, par les temps qui courent.
Les prochaines élections locales avancent à grands pas et ils ont décidé d’y participer sous la bannière Ánd Siggil Senegaal. Leurs bases ont déjà donné le ton, comme à Kaffrine et à dans de nombreuses autres localités du pays, en s’alliant entre partis membres du Fss et avec des compatriotes de la société civile. C’est la bonne voie, la voie royale, la seule qui vaille. Le Fss n’avait pas d’autres choix que l’unité. Il a en face de lui un adversaire déloyal, presque un monstre, qui ne recule devant aucune vilénie pour atteindre ses objectifs. Cet adversaire est aussi beaucoup plus riche que Crésus et considère l’argent comme le sésame qui ouvre toutes les portes. Il est surtout fort de la conviction que nombre de ses compatriotes ne résistent pas aux charmes de ses arguments sonnants et trébuchants. Et il va en user abondamment, lui et son parti.
Ce qu’il faut donc, pour faire face efficacement à cet homme-là, c’est un véritable front, un front uni, déterminé, persévérant, prêt à tous les sacrifices. Les partis membres du Fss en ordre dispersé, n’ont aucune chance devant Me Wade, son parti et ses différents alliés. Ils ont donc certainement intérêt, mais surtout et devoir, ne serait-ce que par respect pour le Sénégal et leurs militants, de cesser d’avoir les yeux rivés sur le rétroviseur et de regarder plutôt devant. Il faut qu’ils comprennent que leurs seuls adversaires aujourd’hui, en même temps ceux du Sénégal qui souffre les affres de la gouvernance libérale, c’est bien Me Wade et le Pds. Ce parti est heureusement miné par des querelles intestines et des luttes fratricides interminables. En outre, le bilan des collectivités locales qu’il contrôle est catastrophique. Nombre de maires, de présidents de régions et de conseils ruraux auront bien du mal à présenter un bilan à leurs mandats. Pendant six ans, nombre d’entre eux n’ont fait que s’enrichir. Le Sénégal est un petit village où tout se sait. Le président de la République lui-même est au courant de tous les forfaits et les couvre sans état d’âme. N’est-ce pas lui qui, s’adressant à tous les présidents de conseils ruraux réunis au Méridien Président, leur disait sans sourcilier : « Vous passez tout votre temps à vendre des terrains, alors que cela ne relève pas de vos compétences. Si j’avais laissé la loi vous être appliquée, vous seriez presque tous en prison. » C’est grave, très grave .
Ils font pire, eux-mêmes et les autres chefs de collectivités locales. Des exemples de mauvaise gestion caractéristique foisonnent. Je peux en citer à l’infini. Malheureusement, ce texte est déjà long. Peut-être, aurai-je l’occasion de revenir, dans une autre contribution, sur les forfaits des chefs (bleus) de collectivités locales. En attendant, J’invite et encourage Ánd Siggil Senegaal à renforcer l’unité et la détermination et à se lancer d’ores et déjà dans une vaste campagne d’explication, d’information et de sensibilisation, surtout en direction des populations rurales et des zones suburbaines. Il est temps que celles-ci comprennent que les 3 000, 5 000 ou 10 000 francs que leur proposent les Libéraux et leurs alliés aux veilles d’élections, ne règlent leurs problèmes – qui sont réels – que le temps d’une rose. Une fois qu’elles les auront réélus, elles ne les reverront pas avant cinq ans. Cinq longues années au cours desquelles, elles feront seules face à leurs difficultés, comme c’est le cas aujourd’hui.

MODY NIANG, e-mil : modyniang@arc.sn






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