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Interview-Sitor Ndour : «On a retiré à Gris Bordeaux le minimum possible; le CNG a été tolérant lui»

Le meilleur arbitre de la saison de lutte de l’année passé, Sitor Ndour dit tout sur le règlement. Avec la polémique autour de l’arbitrage qui ne finit pas de défrayer la chronique, il est revenu sur les points les plus sensibles de ce métier. Les cas Zoss-Issa pouye de 2004, le problème de positionnement dans le combat qui a opposé Yékini-Bombardier, la sanction de Gris Bordeaux ainsi que plusieurs autres aspects qui intéressent les amateurs sont clairement éclaircis par Sitor Ndour.


Rédigé par leral.net le Mercredi 6 Avril 2011 à 03:54 | | 1 commentaire(s)|

Interview-Sitor Ndour : «On a retiré à Gris Bordeaux le minimum possible; le CNG a été tolérant lui»
L’arbitrage aujourd’hui est très critiqué dans l’arène. C’est parce que les arbitres commettent beaucoup de fautes ?

Oui comme vous le dites, l’arbitrage est au centre des débats mais les gens ne maitrisent pas les textes. Certes nous sommes des humains et parfois on a raison, parfois on a tort mais c’est souvent des affaires de partie. Parfois c’est même les journalistes qui essaient d’orienter la population là où ils veulent.

Les arbitres sont taxés de partisans. Ya t-il parmi vous des arbitres de ce type ?

On a vu récemment Gris Bordeaux qui accusait un arbitre d’être contre l’écurie Fass mais cela m’étonnerai moi parce que l’arbitre en question est très dynamique et très responsable. Comme on dit il est plus facile de coller un motif à l’arbitre pour justifier sa défaite. Donc jusqu’à présent je n’ai pas vu d’arbitres partisans.

Les lutteurs sont sanctionnés en cas de faute commise. Pourquoi pas les arbitres ?

C’est faux de dire qu’on ne sanctionne pas les arbitres. Comme les lutteurs, nous sommes aussi sanctionnés quand nous commettons une faute mais seulement la sanction n’est pas publiée comme c’est le cas avec les lutteurs. D’ailleurs la suspension peut prendre six mois, un an ou deux ans.

Le CNG de lutter protège-t-il les arbitres ?

Peut-être dans un autre sens mais sur ce plan précis, on ne peut pas parler de protection dans la mesure où le CNG désavoue parfois les arbitres. Si un arbitre commet une faute, il est entendu et sanctionné par le CNG. C’est ce qui fait que vous entendez souvent parler de verdict cassé. Donc nous ne sommes pas protégés autant que les gens le pensent.

Certains lutteurs et amateurs se plaignent des avertissements qu’ils jugent trop. Que dites-vous de cela?

Un avertissement n’est jamais donné au hasard. Je dis souvent que le règlement est là bien avant le combat. Nous ne faisons qu’appliquer les textes. C’est le même principe que la police qui t’amène au tribunal quand tu fais une faute. Les lutteurs ne maitrisent peut-être pas les fautes susceptibles de sanction. Le règlement a changé, auparavant on pouvait donner beaucoup d’avertissements mais maintenant si un lutteur écope de cinq avertissements en lutte avec frappe, il perd le combat. Je me souviens que dans un combat j’ai eu à donner onze avertissements mais c’était avant. Maintenant les gens voient l’aspect financier. Par exemple les lutteurs ne t’écoutent pas quand tu leur parles de moralité, mais quand tu leur parles d’argent ils t’écoutent. Aussi avec tous les éléments qui entrent en jeu comme la télévision, la lumière, les amateurs qui doivent rentrer chez eux…on ne peut pas se référer à un lutteur qui se verse de l’eau pendant des heures et de ce fait on ne peut que faire recours au règlement pour que le combat puisse avoir lieu. En fait les gens sont contradictoires, vis-à-vis du règlement. Ils demandent une chose et quelques temps après ils veulent la changer.

Et la sanction de Gris Bordeaux n’est-elle pas lourde?

On a retiré à Gris le minimum possible, c’est-à-dire 25% et malheureusement c’est ce que les gens ne savent pas. Je vous dis que parfois le CNG est vraiment tolérant parce qu’avec trois avertissements comme dans son cas, tu peux voir 50%,60%, voire même plus de ton cachet s’en aller. Par rapport à la gravité de la faute un seul avertissement peut valoir 25%.

C’est vous qui avez arbitré le combat Yékini-Bombardier. Que feriez-vous si Robert n’avait pas intervenu?

Là aussi j’avais un règlement à appliquer, qui dit clairement que s’il ya confusion dans le positionnement entre deux lutteurs, il faut procéder par tirage pour les départager. Ce qui a été fait et Yékini avait gagné. Concernant Bombardier qui refusait de se conformer, le règlement recommande de lui faire trois appels espacés de trois minutes et en cas de non réponse, on doit donner la victoire à son adversaire. Maintenant vous avez vu à travers les images que j’étais prêt à démarrer mes sanctions parce que je ne badine pas avec ces choses là et j’applique le règlement.

Est-ce qu’il vous est arrivé une fois de donner un verdict et aussitôt après vous rendre compte que vous vous êtes trompés ?

Oui et à deux reprises même. La première fois c’était un certain Eumeu Sène-Mbaye Diouf. En ce temps, deux genoux au sol était synonyme de chute. Dans la confusion j’ai cru voir les deux appuis d’Eumeu Sène. En réalité il avait mis le premier genou et au moment où il soulevait ce dernier pour le remplacer avec l’autre, j’ai sifflé croyant qu’il ya eu chute. Mbaye Diouf qui était au temps à l’écurie Fass a boudé mon appel, disant qu’il a terrassé son adversaire et la victoire de ce fait fut attribuée à Eumeu Sène. La seconde fois a eu lieu le 04 avril passé à l’occasion du combat Yékini-Tyson. C’était les combats préliminaires et là aussi on a rectifié sur la feuille de match aussitôt après qu’on s’est rendu compte de l’erreur parce que les deux lutteurs étaient déjà partis. Mais je dis qu’on peut se tromper de bonne foi car nous sommes de simples humains.

Issa Pouye-Zoss ce dimanche. Vous avez arbitré leur première confrontation en 2004 qui a laissé pas mal de polémique, pouvez-vous y revenir?

C’était simple, Zoss avait cru battre son adversaire après une action. Je les ai appelés à poursuivre le combat, il n’est pas revenu parce que Eumeu Sène qui l’avait amené à cette époque lui avait conseillé de ne pas revenir et j’ai donné la victoire à Issa.

Y a-t-il des lutteurs dont leurs combats sont difficile à arbitrer?

Oui, certains nous posent problème par rapport à leur rapidité et à leur vitesse d’exécution. C’est en général les lutteurs qui sont capables de se relever très rapidement après une chute. Souvent c’est ceux de petite taille et qui sont aussi souples comme Bathie Séras, Pape Mor Lô, Tidiane Faye…Parfois aussi vous voyez qu’on s’interpose entre deux lutteurs qui échangent des coups. Normalement on devrait simplement les toucher aux épaules pour montrer que le jeu est arrêté, mais on va plus loin parce qu’on se doit aussi de comprendre, de respecter mais aussi de prendre des risques.

Les arbitres sont-ils confrontés au stresse ?

Moi en ce qui me concerne j’avais le stresse du temps où je pratiquais l’athlétisme mais j’en ai jamais eu dans l’arène. Cependant je sais que cela existe et je crois que chacun a sa manière de gérer son stresse.

Le mystique est très important dans l’arène. Les lutteurs essaient même parfois d’atteindre l’arbitre pour que la décision soit en leur faveur. Les arbitres en usent-ils eux aussi?

Oui comme tout bon africain et sénégalais on sait que cela existe et on ne se laisse pas faire aussi. Comme les lutteurs on se prépare nous aussi. Mais je pense qu’il faut essayer d’atteindre le CNG et non les arbitres parce que c’est lui qui a la décision finale.

Meilleur arbitre de lutte de l’année passée, qu’est-ce que cela vous fait ?

C’était une fierté, une représentation de l’ensemble du corps arbitral. Cela m’a rappelé pas mal de choses, nos débuts dans ce métier étaient extrêmement difficiles, et j’ai pensé aux personnes comme le président et les anciens arbitres qui nous ont beaucoup aidés à réussir et qui ne sont plus là.

Votre lutteur préféré?

Il est décédé. C’était Malamine Sarr, On va penser que c’est faux mais c’est vrai et à part lui je n’ai pas de lutteur préféré. J’ai aussi de très bons rapports avec certains lutteurs comme Rock Mbalax parce qu’on a débuté la lutte ensemble. J’ai pourtant arbitré ses combats mais pour moi proche, frère ou ami, cela ne change rien dans l’arbitrage.



Papa Mamadou Diéry Diallo pressafrik.com



1.Posté par fak le 06/04/2011 09:13 | Alerter
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Tu es le meilleur. J'ai aimé ton discours. Mais je ne pense pas que tu étais stressé quand tu étais athlète. Ou qu'il le cachait si bien. Il était meilleur dans sa génération.

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