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Iran, à quand une seconde révolution ?

La république islamique d’Iran vient d’élire un nouveau président en la personne de Hassan Rohani, un religieux proche du courant réformateur ; ce courant politique qui, contrairement à l’avis de certains analystes, est partie intégrante et même consubstantielle à la « révolution religieuse » qui a éclaté en 1979. Mais un courant hétéroclite où se mêlent et s’entremêlent des religieux partisans de l’ouverture, des libéraux qui prônent un modèle de société ouverte, des intellectuels « laïcs », une grande majorité de la jeunesse iranienne, des universitaires et des artistes qui soit prônent la sortie de la révolution religieuse ou bien une réforme interne du système hérité de la révolution de 1979.


Rédigé par leral.net le Lundi 17 Juin 2013 à 11:21 | | 0 commentaire(s)|

Iran, à quand une seconde révolution ?
Aujourd’hui, la grande majorité des iraniens prône « le changement » ; un changement qui ne signifie pas forcément la remise en cause des fondements islamiques de l’Etat en Iran. Ce qui est en cause c’est la toute puissance du clergé des Ayatollâh, qui détient les grands pouvoirs régaliens de la République Islamique. Une mainmise comprise comme une « dictature » par une grande majorité de jeunes qui ne partagent pas forcément les fondements de la révolution : la majorité de la population iranienne composée essentiellement de jeunes et de femmes est née après 1979. Ces jeunes adultes ne connaissent pas Khomeiny et son charisme légendaire, ils n’ont pas lu l’immense théoricien Ali Chari’ati, ni les autres figures emblématiques comme les grands Ayatollah Moussavi Ardébili, Aboul Qasim khou’i, Saïd Muhamed Tabataba’i, Sadeq Khalkhali ou le célèbre dissident l’Âyatollâh Hossein Ali Akbar Montazéri.
Ces noms ne leur disent rien, leur évocation ne peut en rien faire vibrer en eux la fibre religieuse ou révolutionnaire qui a déferlé en 1979 sur l’Iran et qui a balayé les Pahlavi une dynastie vieille de plus d’un demi siècle.
La révolution iranienne a ceci de paradoxal d’avoir réveillé, éveillé et éduqué une population qui a finit par lui en demander plus. En effet après 1979, il y eut en Iran, un grand mouvement des populations rurales vers les villes, un formidable phénomène d’urbanisation sans précédent dans l’histoire moderne en plus d’un accroissement peu commun du taux d’alphabétisation. Déjà à l’époque du très volontariste Mossadegh l’Iran était devenu un pays moderne, nationaliste et soucieux de son progrès économique. Ces populations aujourd’hui très urbanisées, et très cultivées, qui ont beaucoup « lu et regardé tous les films du monde » ne peuvent plus être « trompés ».
Contrairement à l’image répandue, la société iranienne est très moderne, dynamique, ouverte et aspire à l’air. Elle veut respirer comme toute société humaine qui sent une chape de plomb sur elle. Aujourd’hui, le modèle politique de l’Iran fonctionne à deux vitesses : un clergé tourné vers le passé et oubliant même qu’il a fallu un esprit d’ouverture, un génial exercice d’« Ijtihad »(1) des grands théoriciens pour forger ce qu’ils ont appelé la « Wilayat Al Faqih »(2) permettant en 1979 de faire sortir les chiites iraniens de leur torpeur et leur fatalisme séculaire et une société ouverte aspirant au changement, à la réforme et qui n’a pas forcément pour préoccupation principale la question nucléaire.
Les réformateurs iraniens ont ceci de particulier qu’ils ne sont pas forcément des pro-occidentaux. La facilité veut aujourd’hui que tout aspirant au changement soit ipso-facto un suppôt de l’occident comme si l’occident est le maitre absolu et éternel de la liberté. On oublie souvent que ceux qui sont appelés abusivement modérés sont des acteurs à part entière de la révolution islamique, il s’agit entre autres de Moussavi et de Rohani qui vient d’être élu. Si l’élection de Hassan Rohani est une diversion, comme le pensent certains, afin de déférer une seconde révolution inévitable il ya à croire que la politique comme l’histoire est une science obscure.
En tout état de cause Rohani devra avoir le courage de démissionner si les grandes aspirations à la réforme ne sont pas autorisées par le haut clergé avec à sa tête l’Âyatollâh Ali Khamenei. Il y va de la survit de la révolution iranienne. S’il ne franchit pas cette étape il connaitra le sort de Ali Khatami, présenté comme réformateur à l’époque mais qui n’a pas pu arracher grand-chose au haut clergé. Certains milieux considèrent même qu’il a « trahit » la cause des réformateurs.
Comment peut-on expliquer qu’un grand pays comme l’Iran, adossé à une civilisation de l’écriture plusieurs fois millénaire peut se contenter d’une «rhétorique guerrière» en lieu et place d’une subtile diplomatie ? A écouter Ahmadinejat, on dirait qu’en Iran il n’ya pas de stades, de bibliothèques, de salles de cinéma ? Ce pays a parmi les meilleurs cinéastes au monde (Abbas Kiarostami palmé à Cannes, Asghar Farhadi, Samira Mahbalbaf, Rakhshan Bani-Etemad), les intellectuels les plus brillants (Farhad Khosrokhovar, Abdoul Karim Soroush). Le pays de Mossadegh, un homme d’une rare culture et celui de Ali Shariati, un philosophe pas très loin de Bergson et de Iqbal, n’a pas le droit d’emprisonner des cinéastes et des écrivains : le cinéaste Djahfar Panahi n’a pas sa place en prison.
L’Etat iranien devrait davantage s’occuper des innommables problèmes sociaux et de cette lame de fond qui sourd dans la société et qui n’aspire qu’au mieux être. Sinon elle risque d’être balayée comme la dynastie des Pahlavi. Malgré toutes ses « réalisations » le régime Iranien ne pourra se dérober face à cette fameuse question :
Que faire face à la vague déferlante de la sécularisation ? Tel est le défi majeur auquel sont confrontés tous les religieux de notre temps.

sidimohamedkhalifa@yahoo.fr


(1) Ijtihad est un concept du droit musulman qui autorise l’effort d’interprétation des textes scripturaires pour donner des réponses contemporaines à des questions qui dont la solution n’est pas explicite.
(2) Wilayat Al faqih, concept du droit musulman concernant le chiisme imamite aujourd’hui contesté. Il signifie « le gouvernement du jurisconsulte ». Il a permis a un moment donné de libérer les chiites par l’interprétation ouverte des sources.







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