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Israël fait des funérailles nationales à Yitzhak Shamir

le 2 Juillet 2012 à 12:56 | Lu 540 fois

Passé par l'Irgoun et le Mossad, l'ancien premier ministre était farouchement opposé à la création d'un État palestinien.


Israël fait des funérailles nationales à Yitzhak Shamir
De notre correspondant à Jérusalem

Israël a organisé des funérailles nationales pour Yitzhak Shamir. Le cercueil de l'ancien premier ministre a été exposé dimanche à la Knesset pour un dernier hommage public, puis il a été inhumé au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, dans le carré réservé aux héros de la nation.

Membre de plusieurs organisations extrémistes juives et figure historique de la droite israélienne, Shamir est mort samedi soir, à l'âge de 96 ans, dans une maison de retraite de Herzliya. Retiré de la vie politique, il souffrait de la maladie d'Alzheimer et ne reconnaissait plus personne depuis plusieurs années.

Les hommages sont venus de toute la classe politique. Benyamin Nétanyahou a salué un membre de «la génération des géants, qui a créé l'État d'Israël et lutté pour la liberté du peuple juif sur sa terre». Shimon Pérès s'est incliné devant son ancien rival politique: «Un combattant courageux… un grand patriote qui a servi son pays avec intégrité et un dévouement sans faille.»

Chef du Groupe Stern
Ce dévouement à la cause sioniste fut sans doute la principale caractéristique de Yitzhak Shamir. Cet homme de petite taille, doté d'une volonté de fer, incarnait la droite révisionniste israélienne fondée par son mentor, Zeev Jabotinsky, le grand adversaire de Ben Gourion. Obstiné, entêté, mettant toute son énergie à ne céder sur rien, Shamir est resté toute sa vie fidèle à la pensée de son mentor, farouche partisan de la souveraineté israélienne sur toute la Palestine mandataire, soutien inconditionnel de la colonisation de la Cisjordanie et opposant radical à la création d'un État palestinien.

Né en 1915 en Biélorussie, à l'époque province de la Russie tsariste, Shamir avait adhéré très jeune au Bétar, le mouvement de jeunesse des révisionnistes, avant d'immigrer en Palestine en 1935. Il rejoint l'Irgoun de Menahem Begin, qui s'oppose violemment dans les années 1940 au mandat britannique sur la Palestine. Après une scission, il devient l'un des chefs du Lehi, le Groupe Stern, organisation clandestine paramilitaire qui lutte à la fois contre les Arabes et contre les Britanniques. Shamir est l'un des organisateurs de l'assassinat au Caire du ministre britannique lord Moyne, en 1944, et à Jérusalem, en 1948, du comte Folke Bernadotte, le représentant du Conseil de sécurité des Nations unies.

Brisé par le fiasco de l'invasion du Liban
Après l'indépendance d'Israël, il sert plusieurs années au sein du Mossad, les services secrets israéliens, avant d'entrer en politique dans les rangs du Likoud. Il devient le chef de file de l'aile la plus intransigeante du parti. Shamir s'abstient lors du vote à la Knesset des accords de paix avec l'Égypte en 1977, pourtant signés par le chef du Likoud, Menahem Begin. Introverti, capable d'être aussi charmant en privé qu'il était mal à l'aise en public, il devient premier ministre un peu par hasard, en 1983, lorsque Begin se retire de la vie politique, brisé par le fiasco de l'invasion du Liban. Partageant par alternance avec son rival Shimon Pérès le poste de chef du gouvernement, il réprime l'Intifada palestinienne de 1987 et s'oppose aux négociations avec Yasser Arafat. Contraint par les Américains à ne pas intervenir dans la guerre du Golfe de 1991 contre Saddam Hussein, il accepte, sous la pression de Washington, d'entrer en pourparlers avec les Palestiniens à la conférence de Madrid, en 1992. Le secrétaire d'État américain du président George H. Bush, James Baker, excédé par l'intransigeance de Shamir, avait rappelé à la télévision le numéro de téléphone de la Maison-Blanche, lui demandant ironiquement de l'appeler quand il aurait sérieusement l'intention de faire la paix.

Intransigeance
Défait aux élections de 1992 par le vieil adversaire de l'Irgoun, le travailliste Yitzhak Rabin, Shamir condamne le processus de paix commencé à Oslo en 1993 comme une «erreur stupide». Soutien de Nétanyahou en 1996, avant de s'opposer à lui après qu'il eut signé les accords d'Hébron avec Arafat, il flirte un temps avec l'extrême droite, avant d'être contraint par la maladie de renoncer à toute activité politique au début des années 2000. Convaincu, comme il le répétait volontiers, que «la mer sera toujours la mer et les Arabes toujours les Arabes», Shamir fut l'une des figures les plus intransigeantes de la politique israélienne. Mais même ses adversaires reconnaissent qu'il faisait passer ce qu'il percevait comme les intérêts supérieurs d'Israël avant toute autre considération politique ou personnelle.


Par Adrien Jaulmes
Le Figaro