Italie : 24 ans de prison pour un séropositif accusé d'avoir contaminé 30 femmes


Rédigé par leral.net le Vendredi 27 Octobre 2017 à 23:30 | | 0 commentaire(s)|

L'homme avait découvert sa séropositivité en 2006. Lors de son arrestation, en 2015, il avait contaminé au moins trente femmes, de même que les compagnons de trois d'entre elles et le bébé d'une quatrième.

En moins de dix ans, l'homme aurait contaminé au moins trente femmes. La Cour d'Assises de Rome a rendu son verdict ce vendredi contre Valentino Talluto, en le condamnant à 24 ans de prison. Porteur du VIH, il était accusé d'avoir sciemment contaminé les nombreuses conquêtes qu'il avait séduites par internet. Jugé pour «épidémie», une première en Italie, il risquait la perpétuité. Mais la cour a abandonné cette accusation, reconnaissant cet homme coupable d'avoir infligé de graves «lésions» à la majorité de ses victimes.

Valentino Talluto n'a rien d'un Don Juan. Mais sous le pseudonyme «Hearty Style», ce comptable de 33 ans a séduit au moins 53 femmes entre le moment où il a découvert sa séropositivité en 2006, et son arrestation en 2015. Parmi elles, 23 sont restées séronégatives, mais 30 ont été contaminées, de même que les compagnons de trois d'entre elles et le bébé d'une quatrième.

Jusqu'à six relations en même temps

Les victimes de Talluto se sont succédé tout au long du procès, qui s'est ouvert le 2 mars dans la salle d'audience bunker de la prison de Rebibbia à Rome. Elles ont raconté les longues soirées de «chat» sur les réseaux sociaux, les sorties au restaurant, les bouquets de fleurs, la confiance et l'amour qui s'installent peu à peu, jusqu'à ces rapports sexuels non protégés.

À celles qui lui demandaient de mettre un préservatif, il répondait qu'il était allergique, ou qu'il venait de faire le test du VIH. À celles qui, à la suite d'ennuis de santé ou prévenues par ses conquêtes précédentes, se découvraient par hasard séropositives, il assurait n'y être pour rien. Quelques-unes sont restées en couple avec Valentino Talluto de longs mois après la découverte de leur contamination, s'inquiétant surtout de sa santé à lui. Au final, ce sont surtout ses infidélités qui les ont éloignées. Talluto a entretenu jusqu'à six relations en même temps.

Étudiantes, mères de famille...

Beaucoup étaient étudiantes, certaines mères de famille. La plus jeune avait 14 ans au moment du début de leur relation, la plus âgée près de 40. Devant la cour, elles ont aussi décrit les affres du VIH, la stigmatisation, y compris au sein de leur famille, la lourdeur des traitements...

Pour l'accusation, Valentino Talluto méritait la réclusion criminelle à perpétuité pour «épidémie» et «coups et blessures volontaires». «Talluto n'a jamais collaboré, il a fait de fausses déclarations, il a toujours nié toute responsabilité, même face à l'évidence: son mode opératoire était destiné à semer la mort», a dénoncé l'avocat général, Elena Neri, dans son réquisitoire en septembre.

«On dit que j'ai voulu contaminer le plus de personnes possible. Si cela avait été le cas, je serais allé chercher des rapports occasionnels dans les bars.»

La défense a en revanche, présenté le portrait plus nuancé d'un jeune homme avide d'affection, qui n'a jamais connu son père et a perdu sa mère, toxicomane et séropositive, à l'âge de 4 ans. «Il n'a pas cherché à transmettre intentionnellement le moindre virus», a expliqué son avocat Me Maurizio Barca, assurant qu'il utilisait des préservatifs «la plupart du temps» et ne s'en est passé qu'à quelques reprises, «pris dans le feu de l'action». «C'est de l'imprudence, ce n'était pas intentionnel», a-t-il insisté. De plus, il est selon lui impossible de prouver que c'est l'accusé, et non pas d'autres partenaires, qui a contaminé les jeunes femmes. La souche du virus qu'elles partagent avec lui, est en effet la plus répandue en Europe.

Longtemps mutique, Valentino Talluto avait finalement pris la parole fin septembre, la voix brisée et les yeux brillants, après le témoignage d'une victime. «Beaucoup des filles connaissent mes amis et ma famille. On dit que j'ai voulu contaminer le plus de personnes possible. Si cela avait été le cas, je serais allé chercher des rapports occasionnels dans les bars, je ne les aurais pas fait entrer dans ma vie», avait-il insisté.

L'une d'entre elles, n'en est d'ailleurs jamais sortie: en juillet, elle était venue témoigner de leur rencontre en 2014, de la séropositivité dont il lui a tout de suite parlé, des infidélités qu'elle a pardonnées. «Nous voulons nous marier. Je suis encore amoureuse de Valentino. Il n'est pas le monstre que tout le monde a décrit», avait-elle assuré.

Plusieurs affaires similaires ont déjà été jugées en France. Il y a dix jours, un Congolais a été condamné à six ans de prison pour avoir sciemment transmis le VIH à sa compagne, mère de ses deux enfants. La victime avait découvert sa séropositivité en 2009, après la naissance des deux garçons du couple, heureusement sains. Son conjoint lui avait alors révélé qu'il était lui aussi porteur du virus, mais il avait fallu qu'elle fouille dans ses affaires pour apprendre qu'il avait été diagnostiqué dès 1996.

En décembre 2016, un homme âgé de 28 ans au moment des faits, a été condamné en son absence à 12 ans de prison ferme par la cour d'Assises du Gard, pour avoir transmis le virus à sa compagne, alors âgée de 16 ans, à qui il avait caché sa séropositivité. Hicheim Gharsallah avait lui aussi été condamné en octobre 2011, à neuf ans de prison pour avoir transmis le VIH à son ex-compagne, et eu des rapports sexuels non protégés avec deux autres femmes qui sont restées séronégatives. En droit français, ces poursuites se font sur la base de l'article 222-15 du Code pénal relatif à «l'administration de substances nuisibles ayant porté atteinte à l'intégrité physique ou psychique d'autrui».



Le figaro.fr AFP, Reuters Agences








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