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Italie: réformer en profondeur pour sortir de la corruption

le 21 Avril 2012 à 13:17 | Lu 568 fois

L'Enquête judiciaire sur le détournement des fonds perçus par la Ligue du Nord n'en finit pas de rebondir.


Italie: réformer en profondeur pour sortir de la corruption
Chaque jour apporte son lot de révélations en Italie qui ne touchent pas la seule Ligue du Nord. Alors que Francesco Belsito, son ancien trésorier, a fini par restituer les deux tiers des diamants et des barres d'or d'une valeur de 600.000 euros achetés à des fins personnelles en puisant dans les caisses du parti, l'ex-trésorier de la Marguerite, petite formation de centre gauche détournait douze millions d'euros en dix ans. Ces «affaires» nauséabondes font ressurgir le spectre d'une corruption politique que certains chiffrent à 60 milliards d'euros par an en Italie, la moitié de ce qu'elle pèserait en Europe.

Pour répondre à l'écœurement des Italiens et tenter de regagner du crédit, les partis politiques, qui prospèrent sur les fonds publics, ont compris que l'heure d'une réforme en profondeur était venue. Le 1er avril, le président de la République, Giorgio Napolitano, a été le premier à l'exiger. Le Corriere della Sera égrène, numéro après numéro, le nombre de jours qui passent sans réforme: «+ 19», titrait-il jeudi.

Une tentative d'accord à trois
De nombreuses questions se posent. Faut-il encore doter les partis d'un financement public? L'abolir totalement, comme certains le réclament, ou encore partiellement ou graduellement? Les partis ne risquent-ils pas de tomber sous la coupe des lobbys si l'on s'en remet uniquement aux donations de personnes privées, comme l'affirment les grands partis? Quels niveaux de financement sont-ils tolérables avec la démocratie?

Le 13 avril, un accord a été ébauché par les leaders des trois principaux partis, que l'on surnomme ironiquement la «coalition ABC», d'après leurs initiales («A» pour Angelino Alfano du PDL, le parti de Berlusconi, «B» pour Pierluigi Bersani, du Parti démocrate, «C» pour le centriste de l'UDC Pier Ferdinando Casini). Il prévoit une certification des bilans, des garde-fous aux investissements des partis, la publicité des donations privées excédant 5000 euros, la publication des bilans sur Internet et leur contrôle par une autorité qui ne serait toutefois pas la Cour des comptes, notoirement hostile à tout financement public.

Comme souvent en Italie, ce premier essai n'a pas été concluant. Le président de la Chambre des députés, Gianfranco Fini, estime cet accord inapplicable et demande la division immédiate par deux des contributions publiques. La Ligue du Nord estime «trop délicat» de confier l'approbation d'une telle loi aux trente membres de la commission constitutionnelle de la Chambre et demande un débat en séance plénière. Une manière d'éloigner les contrôles et de repousser les échéances.

Dernière proposition en date, celle de Pier Ferdinando Casini, qui a déposé jeudi à la Chambre des députés une motion excluant tout remboursement public et son remplacement par des donations privées plafonnées à 2000 euros chacune et défiscalisées à 95 %. En principe, le gouvernement «technique» de Mario Monti, qui a fort à faire pour sortir l'Italie de la crise dans laquelle elle se débat, ne devrait pas intervenir, s'agissant d'une affaire exclusivement politique. Il n'est pas exclu toutefois qu'il cherche à faciliter une initiative pour sortir de l'impasse.