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Itv Wasis Diop : ' l’Afrique doit sauver le monde'

Musicien, compositeur et interprète de musique, Wasis Diop est aussi un homme de l’image. Il a été acteur dans « Les Princes noirs de Saint Germain » de Ben Diogaye Beye, dans « Badou Boy » de Djibril Diop Mambety, dans le « 7 ième commandement » de Mama Keita. Il a signé plusieurs musiques de films africains et américains. Son dernier Cd s’intitule « Juddu Bëk » La joie de vivre. Il a la forte conviction que c’est du ressort de l’Afrique de sauver le monde.


Rédigé par leral.net le Jeudi 14 Août 2008 à 17:19 | | 2 commentaire(s)|

Itv Wasis Diop : ' l’Afrique doit sauver le monde'
La Sentinelle : Dans votre jeunesse, on vous a toujours appelé Aziz Diop, c’est ce nom qui figure dans les premiers films de votre frère Djibril Diop Mambety avec qui vous avez toujours collaboré. A partir de quand avez-vous choisi le nom Wasis Diop ?

Wasis Diop : J’étais le complice de mon frère au début de sa carrière cinématographique, au début de son merveilleux travail de concrétisation de ses idées. Quand je suis sorti de là, j’ai pensé que personnellement je devais me définir autrement que ce qui a marqué mon adolescence. A vingt ans j’étais aussi un homme de l’image car l’essentiel du temps, j’étais au service de mon frère. Nous étions une entreprise familiale entre guillemets de création vu qu’on s’entendait très bien, il n y avait pas de raison qu’on ne collabore pas ensemble.

Dans une interview vous dites que l’endroit, où vous êtes né, fait partie de votre identité et détermine ce que vous allez devenir ». Etre né à Colobane vous prédisposait il à la musique ?

Je pense honnêtement. Parce qu’à la lumière de tout ce que les gens vous donnent sans savoir qu’ils vous donnent quelque chose, Seck Baraya que je chante dans une de mes chansons, Meissa Podj le danseur, ce personnage qui dansait la nuit dont on ne connaissait pas le visage. C’était un garçon qui sortait tous les soirs pour danser dans les quartiers. Dés qu’on l’apercevait quelque part, on savait que c’était lui. On courait chercher des ustensiles pour l’accompagner dans sa danse. A peine la danse était installée qu’il filait vers un autre quartier. C’est difficile de vivre dans un tel environnement, sans être bouleversé. Je crois que ce sont ces empreintes qui font de nous des rêveurs. Le désir de revivre ces choses si fondamentales, si fondatrices de ce qu’on allait devenir. Djibril Diop Mambety lui, est devenu un grand cinéaste. Votre rencontre avec Umban Ukset, de la Guinée Bissau au début des années 70 avec la création du groupe West African Cosmos a été déterminante dans votre choix de devenir musicien alors que vous aspiriez à devenir photographe professionnel ?

Déterminante parce que c’est réellement le premier chanteur que j’ai identifié. Il chantait au Star Band de Dakar et j’étais à mille lieux de penser qu’un jour je serais sur une scène entrain de faire de la musique. Je voyais cet Emmanuel Gomez, grand chanteur du Star Band de Dakar avec Amadou Tall dit Lynx, Dester Johnson, donc cet orchestre qui a fait aussi l’essentiel de nos premiers pas dans la musique moderne et le retrouver à Paris, non pas sous le nom de Emmanuel Gomez mais sous celui de Umban Ukset. Entre temps, il avait fait sa petite révolution culturelle qui l’a conduit à revenir à son nom d’origine. C’est comme ça que je l’ai croisé. Il n’avait pas pour autant changé. C’était un chanteur lyrique quelqu’un qui avait un charisme extraordinaire, doté d’une très belle voix et d’une grande énergie. Il m’a permis de faire mes premiers pas à Paris. Au début, West African Cosmos, c’était nous deux : guitare et chant. Au bout de deux ans, quand finalement nous avons compris qu’il se passait quelque chose nous avons fait le pas d’aller chercher d’anciens musiciens du Xalam I. Il s’agit de Ayib Dieng batteur, Ayib Gaye son cousin basiste, Madiama Fall musicien percussionniste. Ismaël Touré du Touré Kunda a fait ses armes à West African Cosmos avant de monter le Touré Kunda. C’est dire à tel point, ce groupe fut déterminant pour certains musiciens sénégalais.

Vous étiez prêt à embrasser une carrière de photographe professionnel. Vous avez même travaillé dans de grands studios. A quel moment est intervenu ce changement d’orientation ?

En réalité j’étais parti en France pour les images. J’avais travaillé avec mon frère. Nous étions passionnés d’images. Moi par les images fixes, lui par les images en mouvement, la lumière, l’ombre etc… Je faisais des photos d’art. J’ai même travaillé au quotidien national « Le Soleil » comme reporter. On me confiait des sujets assez originaux dans leur contenu. J’allais toujours faire des photos dans des endroits où je revenais avec des photos extrêmement belles parce que j’avais appris à soigner la lumière avec un professeur de photo qui s’appelait Monsieur Georgie, qui s’était installé au Sénégal et qui intervenait aussi au Centre Culturel Français. Ainsi, j’ai appris la photo avec un vrai professeur de photographie issu de l’IDHEC (Institut des Hautes Etudes Cinématographiques). Quand, je suis parti en France, j’allais tout simplement faire des études pour devenir caméraman parce qu’avec mon frère, nous nous étions dit, qu’il nous fallait être plus autonome. C’est quand je suis arrivé à Paris que j’ai changé d’avis. La musique passait par là, moi aussi je passais par là. Nous nous sommes croisés. Finalement pour ceux qui connaissent mes chansons, elles ne sont que de petits scénarios. Des musiques de films sans images.

Votre rencontre avec Umban Ukset intervient après la mort de Jimmy Hendrix, cet époustouflant guitariste… vous étiez orphelin de musique, le groupe West african Cosmos auquel vous apparteniez s’écartait des musiques de l’époque pour explorer de nouvelles voies ?

Oh ! La ! La ! Jimmy Hendrix venait de mourir effectivement. Quelle perte pour l’humanité, pour le monde musical car c’était un homme clairvoyant, un homme de paix. Toutes ses chansons étaient dédiées à l’amour. Il y avait aussi la révolution culturelle de Miles Davis. Sa révolution du jazz puisqu’il en avait marre des partitions, de ce jazz un peu académique, un peu borné, un peu clos. Ce jazz finalement bourgeois, mais, il ne le disait pas. Il avait besoin d’une grosse explosion. Je pense que c’est à cause de Jimmy Hendrix qu’il est allé dans ce sens là. Le grand rêve de Miles Davis était d’amener Hendrix dans le jazz, dans son jazz à lui. C’est-à-dire cette musique africaine complètement folle, en fait un retour aux racines du jazz et à toutes ces sonorités de la savane africaine, des nuits d’Harlem et de New York. Je me souviens que la première fois que je me suis rendu au Mali pour assister à des cérémonies de musiciens chasseurs, j’ai réellement compris le brassage, qu’il y avait entre la musique de Miles, de Hendrix et l’Afrique. West African Cosmos est né dans ce contexte c’est dire finalement qu’il n y a pas de fumée sans feu. S’il y a eu West African Cosmos, c’est qu’il y avait un grand feu allumé par Jimmy Hendrix et Miles Davis. Quand je suis arrivé à Paris en tant qu’Africain, je n’avais pas envie de faire de la musique entre guillemets de bal, j’avais envie de m’investir dans la musique de création. Le premier album que nous avons réalisé, nous l’avons fait chez CBS qui était la grande maison de disque de Miles Davis qui nous a fait l’amitié de nous recevoir parce qu’il trouvait qu’on faisait des choses assez révolutionnaires. Voila comment est né le West Africain Cosmos. Un groupe qui malheureusement n’a eu que cinq ans d’existence puisque nous avions un ego gros comme une montagne. Finalement, chacun avait besoin de s’affirmer, de faire son chemin.

Votre musique Wasis Diop est une musique d’exploration, d’ouverture vers d’autres formes musicales réputées parfois difficiles avec des mélanges de sonorités, cornemuse irlandaise et Kora mandingue, guitare électrique et voix ?

C’est comme ça que je définis la musique sénégalaise. Le Sénégal n’est pas le Mali. Le Sénégal est bâti sur la côte ouest africaine donc il y a l’océan Atlantique et toute la musique celtique est sur ce carrefour, sur ce passage. Très sincèrement, j’ai toujours remarqué que tous les instruments qui ont servi à la musique celtique sont compatibles avec la musique sénégalaise. C’est absolument extraordinaire. Même que le Sabar est un rythme celtique décidément. C’est étonnant. Ces peuples sont les mêmes du point de vue de la fondation musicale, sans le savoir.

Doudou Ndiaye Rose s’est produit au Festival Inter celtique de Lorient en Bretagne, le 10 août 2005. Son nom figure aussi dans l’album « the heritage of the Celts : Finisterres » de Dan Ar Braz. Il avait enregistré un C.D avec le groupe de musiciens bretons, les Bagad Men Ha Tan qui avaient alors effectué un voyage à Dakar.

Voila qui confirme complètement ce que j’affirme. Quand on écoute la musique celtique, on peut, intérieurement en fermant les yeux, jouer les rythmes sabar dessus. Je pense que cela est dû au voisinage avec cet océan qui est un héritage commun. Cette inspiration, ces vagues, ces plages, ces choses, qui formatent finalement nos articulations intérieures et quand nous les formulons cela devient exactement la même chose. La première fois que j’étais à Londres je travaillais avec un producteur qui s’appelle Robin Millar. Quand il a écouté mes maquettes et mes mélodies, il disait que c’était des chants irlandais. Cela veut dire que les musiques celtiques viennent des côtes du Sénégal c’est cela que ça veut dire. Parce que, je crois que nous sommes antérieurs à ces peuples. J‘ai été très étonné de voir que l’album « Hyènes », le premier album qui porte mon nom était extrêmement bien vendu en Bretagne. Je ne comprenais pas. Je me disais pourquoi la Bretagne, la Bretagne, la Bretagne et pas à Lille, Marseille où dans l’est de la France jusqu’au moment où je reçois des lettres venant de Bretagne. Ce n’est que plus tard que j’ai eu l’explication. C’est parce qu’il y avait eu un phénomène d’identification. Ces gens sentaient au cœur de cette musique, les sources de leurs origines, de leur musique. Pourtant, je n’avais jamais mis les pieds en Bretagne. Je crois même, que je n’avais jamais écouté de musique celtique. Et sincèrement le disque de Doudou Ndiaye Rose que j’ai et que j’écoute beaucoup. C’est incroyable. Tous les rythmes de Doudou Ndiaye Rose peuvent cohabiter avec ces instruments et ces ambiances celtiques. On a l’impression que ce sont deux corps qui se retrouvent. Deux amants perdus qui se retrouvent dans cette musique. Quand j’ai fait ma chanson Seck Baraya le voyageur, ce vieux de Colobane qui avait un énorme encensoir et que le train, qui passait par Colobane, prenait toujours, j’ai fermé les yeux et je me suis dit : « J’ai besoin d’un instrument pour magnifier cet homme que j’ai rencontré quand j’étais petit » J’ai pensé naturellement à la cornemuse. Je suis allé faire mes recherches et j’ai rencontré un breton qui s’appelle Loïc TailleBrest qui est un grand joueur de cornemuse. Quand il a placé ses notes sur la musique, c’était d’une grande évidence pour lui. C’est ça qui est merveilleux.

Parlons de votre collaboration avec le saxophoniste japonais Yasuaki Shimizu, un explorateur de la musique lui aussi ?

Là aussi, l’histoire continue, c’est une histoire de bord de mer. De la même manière quand on va au Japon et qu’on écoute les chants des pêcheurs ; même phénomène comme si les gens de bord de mer étaient absolument hantés par les mêmes esprits de l’océan. Voilà ce n’est pas la même chose mais la même charge. C’est souvent des modes mineurs extrêmement mélancoliques. Je crois aussi que la collaboration avec Shimizu vient de ce voisinage, complément mystique qui fait que la collaboration devient quelque chose de presque évidente. Nous nous sommes croisés à Paris, il cherchait une collaboration et je suis allé au studio le voir. Il s’en est suivi une grande collaboration avec deux albums et une grande tournée au Japon etc…Il est même venu me voir à Dakar.

Au-delà de la musique, le Bouddhisme vous a rapproché c’est parce que vous êtes adepte de Bouda.

Non. Le bouddhisme vient de Colobane. Faut pas croire qu’il faille sortir de nos cités pour rencontrer des choses autres que ce qu’on connaît d’habitude. Dakar est une ville où l’on trouve toutes les formes d’activité. Quand j’étais petit, il y avait des yogis à Dakar. Moi, j’ai commencé par le Yoga parce que c’est une discipline qui n’est pas très éloignée de mes aspirations en tant que dakarois. Nous sommes portés vers le culte, vers des interrogations, vers l‘offrande. Notre culture s’apparente à une sorte d’écologie première et fondamentale. C’est pourquoi je suis ouvert au Yoga et à toutes les formes de réflexion, de projection spirituelle parce que mon père était comme ça. Je suis né dans une famille où il y avait des sanctuaires. Le ndeup c’est tout simplement une thérapie musicale, c’est aussi un fondement quand on y réfléchit qui va dans le sens du yoga. C’est tout simplement guérir quelqu’un avec des rythmes. Il y a des rythmes qui détraquent, il y a des rythmes qui soignent et apaisent. C’est la même chose qui se passe en Chine ou en Inde. La spiritualité africaine est antérieure à la spiritualité qui est pratiquée ailleurs. Il ne faut jamais l’oublier.

Wasis Diop, 10 ans sans mettre sur le marché un nouvel album, ce silence est il lié à la disparition de votre frère Djibril Diop Mambety dont un grand hommage lui est rendu en ce moment. Une de vos chansons lui rend hommage ?

J’ai repris une chanson de Léonard Cohen qui s’appelle « Alléluia ». C’est une chanson extrêmement célèbre qui a été chantée, surtout aux Etats-Unis, plusieurs fois parce que c’est une belle chanson. Une chanson universelle. Elle n’est pas une chanson chrétienne, C’est une chanson qui parle de la vie. Elle aurait pu s’appeler « Inchalla ». J’ai d’abord été attiré par la mélodie parce que je suis un homme de mélodie. La première fois que j’ai écouté cette chanson à la Réunion, elle m’a bouleversé. A un moment, je me suis dit qu’il me fallait la chanter pour apaiser mon frère et pour m’apaiser moi-même. J’aurai pu composer une chanson, mais j’ai pensé que cette chanson de Cohen, si célèbre, était appropriée pour parler de mon frère. C’est une adaptation parce que je parle de notre enfance de la nuit du « tadjiabone » et quand il me prenait la main pour me souffler des choses à l’oreille, me demandant de ne pas les oublier. C’est pour vous dire à quel point mon frère était précoce et que nous avons vraiment vécu des choses exceptionnelles.

Comment se situe Judu Bëk (la joie de vivre), en comparaison aux précédents albums ?

« Judu Bëk » est un voyage à travers cette poussière ocre de mon enfance. C’est un disque que je dédie à tous les gens de ma génération. J’y raconte des choses belles, des tendres, des choses pas tristes. Le disque s’appelle « Jud bëk « la joie de vivre, je pense que si nous avons quelque chose à donner au monde, c’est notre joie de vivre qui est notre matière première avant le pétrole et tout cela. Je pense que l’Afrique a cette chance d’avoir des enfants souriants. En tant qu’artiste, je voulais vraiment mettre l’accent dessus. C’est important. L’Afrique ne doit pas tendre la main. L’Afrique doit sauver le monde.

Propos recueillis par Baba Diop



1.Posté par alphone le 14/08/2008 19:20 | Alerter
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je suis tres content de votre travail mais je trouve trop longs vos articles si vous pouvez le prendre en consideration merci

2.Posté par de you le 15/08/2008 01:20 | Alerter
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god bless u man. rien quand ecoutant ta music tu me donne la joie de vivre.may allah let u live long to be abless to bless us avec de pls belles melodies

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