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« Je trouve que l’Afrique n’a pas fait justice à Alioune Diop, un des pères de la renaissance africaine »

Rédigé par Modou Pous Pous le 8 Janvier 2010 à 11:44 | Lu 1321 fois

L’ancien ministre des affaires étrangères du Sénégal, Cheikh Tidiane Gadio, a vivement critiqué les intellectuels sénégalais et africains d’aujourd’hui qui font porter la paternité de la renaissance africaine au Président sud africain Thabo Mbéki. Il estime que, bien avant celui-ci, Alioune Diop et Cheikh Anta Diop avaient déjà nourri le concept. C’est ce qu’il a expliqué à Sud Quotidien hier jeudi 7 janvier dans un entretien à l’occasion de la rencontre tenue avec la presse pour préparer le centenaire de la naissance du fondateur de Présence africaine.


« Je trouve que l’Afrique n’a pas fait justice à Alioune Diop, un des pères de la renaissance africaine »
Quel témoignage pouvez-apporter sur Alioune Diop ?

Cheikh Tidiane Gadio-Je n’ai malheureusement pas eu la chance de connaître personnellement Alioune Diop. J’en étais très malheureux parce qu’on a vécu ensemble à Paris pendant une certaine période. J’allais souvent à Présence Africaine avec mon ami Gagnesir Diallo qui a fait d’ailleurs une brillante contribution tout de suite. Et Alioune est mort à Paris au moment où nous avions créé une nouvelle revue panafricaine qui s’appelait « Jonction ». Et je crois que c’est dans l’éditorial du premier ou deuxième numéro que le Professeur Bouba Diop rendait compte de la mort d’Alioune Diop et lui rendait un brillant hommage. Par la suite en fréquentant Présence Africaine, nous avons compris l’ampleur du travail qu’il a abattu pour les peuples noirs en général et pour le continent africain en particulier. Sa forme de panafricanisme nous a semblé la plus appropriée. Chacun d’entre nous, dans son domaine, la science, la culture, les technologies, le journalisme, la politique, doit trouver son angle, sa porte d’entrée dans le combat global des peuples africains pour leur dignité et leur unité politique. Sous ce rapport Alioune Diop a fait un immense travail.

Quel était le degré de son engagement pour l’Afrique ?

J’étais très touché à la question de savoir quelles sont les œuvres d’Alioune Diop qui sont enseignées dans les écoles africaines ? J’ai tout de suite pensé à ce que le Professeur Bocoum a expliqué. Il est rare de trouver des africains aussi peu égoïstes qu’Alioune Diop qui accepte de mettre son talent sous le boisseau pour promouvoir les autres talents. Si Alioune Diop n’existait, ou s’il n’avait pas créé Présence Africaine et cette tribune, le Congrès des artistes intellectuels et écrivains noirs, peut-être qu’on aurait jamais pu bénéficier de l’immense savoir d’un professeur comme Cheikh Anta Diop qui lui a d’ailleurs rendu un hommage émouvant. Celui-ci le considérait comme son héros, son mentor, quelqu’un pour qui il avait une immense adoration. David M Diop, le grand poète, beau-frère d’Alioune Diop marié à sa grande sœur, lui avait écrit une très belle lettre quand les intellectuels africains avaient décidé de se rendre en Guinée pour son peuple après l’indépendance. Cette lettre est très émouvante. Si mes souvenirs sont corrects, le dernier ouvrage de Cheikh Anta Diop a été dédié à Alioune Diop qui s’était effacé pour permettre à d’autres talents d’éclore et de servir la cause de l’Afrique. Je trouve que l’Afrique n’a pas fait justice à Alioune Diop et ce centenaire est une très belle occasion pour réparer cette erreur historique.

Quel rôle a-t-il pu jouer pour la renaissance africaine ?

Je vais signaler une autre erreur historique qui personnellement me fait froid au dos et me fait très mal. C’est quand dans le débat sur la renaissance africaine, on attribue au Président Thabo Mbéki, pour qui j’ai un immense respect, la paternité de la renaissance africaine. C’est une immense tristesse car les acteurs sont encore là et on se permet d’oublier, et parfois volontairement. Et Cheikh Anta Diop et Alioune Diop sont les véritables pères, non seulement de la renaissance africaine, mais même du concept. Cheikh Anta Diop a écrit un article en 1948 sur la renaissance africaine, et on vient aujourd’hui nous dire que le Président Thabo Mbéki dans les années 90 a lancé le concept de renaissance africaine. Ce n’est pas bien. La renaissance africaine est un concept extrêmement sérieux à mon avis qu’il ne faudrait pas qu’on parle de religion et autre pour tout ramener à une statue ou à un monument. Tel que c’est parti maintenant, avec les aspects négatifs de ce débat, on risque de noyer un concept qui est central pour la survie des peuples africains. La Chine, l’Inde et le Brésil ont réussi leur renaissance. L’Europe l’avait fait depuis longtemps. L’Amérique, c’est clair. Il n’y a que l’Afrique qui en est à ce combat de la renaissance. Et c’est extrêmement important. Donc, il ne faut pas qu’on mélange les genres et qu’on garde un œil sur l’essentiel. Cheikh Anta, par les activités intellectuelles, Alioune Diop, par son soutien aux universitaires, aux intellectuels, aux chercheurs africains, sont les véritables pères du mouvement de la renaissance africaine qui était d’abord un mouvement culturel. Imaginez les Padmore, les Senghor, les Césaire, les Cheikh Anta qui se retrouvaient autour de la table du même homme, il fallait que celui-ci fusse un grand homme pour avoir tous ces gens avec tout le respect qu’ils avaient pour lui. Les nationalistes angolais, mozambicains, tous ceux qui ont fait Paris étaient autour d’Alioune Diop pour puiser dans sa sagesse. J’espère que le centenaire permettra de lui rendre cet hommage. Il faut lire Frédéric Grahmel, un ami ivoirien, qui a écrit un livre de biographie sur Alioune Diop. C’est un ouvrage qui peut les jeunesses africaines à s’approprier l’œuvre d’Alioune Diop. Mais profitons de centenaire, des colloques, des rencontres pour découvrir un homme qui ne mérite pas d’être enterré comme ça sous les sédiments de l’histoire africaine avec tout ce qu’il a fait pour le continent. Il a donné sa vie, mort trop tôt à 70 ans.

Présence Africaine n’étant plus ce qu’elle était quelle alternative proposez-vous pour relancer le combat ?

Avant l’alternative, il faut peut-être d’abord reconnaître le rôle de Présence africaine. Alioune avait créé la société africaine de culture. A l’époque l’angle d’attaque pour défendre les peuples africains, c’était la culture, parce que les gens nous disent que, selon la philosophie de Hegel, nous sommes des êtres à l’état brut, que nous n’avons ni culture ni civilisation. Ce n’est pas étonnant que le premier grand ouvrage de Cheikh Anta Diop ait été titré « Nations nègres et cultures » parce que l’enjeu était le débat culturel. Donc, il faut d’abord connaître Alioune Diop. Les journalistes africains dans les 50 dernières années ont tout fait pour créer des journaux africains à Paris. Tous ont échoué. Il n’y a que « Jeune Afrique » qui survécu. Mais avant Jeune Afrique, il y a eu la revue Présence africaine. Donc, Alioune a réussi un pari tellement immense qu’il semble difficile à reproduire. Il faut d’abord lui rendre hommage. Sa femme est mieux indiquée pour le dire. C’est une héroïne du combat culturel africain. Après le décès de son mari, elle a poursuivi le travail. Pendant trente ans Présence africaine a tenu alors que tout le monde disait qu’elle serait fermée deux après. Elle a réussi de maintenir Présence africaine. Mais il faut dire qu’il y a eu plusieurs tentatives de déménager Présence africaine sur le continent africain. Je pense que l’Union africaine, les chefs d’Etat africains n’ont pas tenu leur rôle par rapport à l’immensité de la contribution d’Alioune Diop. Ils auraient dû aider sa femme, aider la revue et les maisons d’édition Présence africaine, et la librairie pour que le combat d’Alioune Diop soit récompensée à sa juste valeur.

Aujourd’hui, 50 ans après le projet Présence africaine, la jeunesse semble être désorientée…

Il faut qu’on révise les concepts. C’est facile de dire que la jeunesse africaine est désorientée. Mais elle est désorientée par rapport à quelle orientation ? Si l’orientation de départ n’était pas bonne, c’est bien qu’elle soit désorientée, soit désaxée de cette orientation. J’entends les gens souvent dire que nous avons une jeunesse désorientée. Il faut nous dire désorientée par rapport à quel repère, par rapport à quelle valeur. Si la jeunesse africaine s’est appropriée de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, de N’krumah, d’Alioune Diop, et qu’elle cette ligne pour faire autre chose, peut être qu’on peut parler de jeunesse désaxée, etc. Le problème est que résister à la mondialisation est un combat perdu d’avance. Ce qu’il faut, c’est quand on regarde la mondialisation et les éléments culturels nouveaux qui émergent et qui dominent le monde, qu’on puisse dire : ça c’est la contribution de l’Afrique. A mon avis, c’est ça la force et notre jeunesse l’a compris avant les dirigeants politiques. Elle s’est engagée à fond, mais est-ce que nous lui avons donnée les armes nécessaires pour pouvoir donner une grande contribution authentiquement africaine ? C’est la question à la quelle il faut répondre.


1.Posté par Soutoura le 08/01/2010 12:38 | Alerter
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Cheickh Tidiane Gadio a raison. Nous n'avons pas suffisamment tenu compte de l'histoire, en faussant ainsi la paternité, la vraie paternité et non celle au goût du jour, de certains laudateurs (suivez mon regard) qui font fi à notre passé même récent, pour prétendre au privilège de devenir demain, les vrais fondateurs de l'Afrique debout, comme ce monument de toutes les controverses, qui trône sur l'une des deux mamelles de Ngor à Dakar , en ce moment.

Nous devrions nous réapproprier certes et constamment notre histoire commune, avant d'initier des courants de pensée de la noblesse de la renaissance africaine car vérité pour vérité, on a tout simplement oublié Alioune Diop dans cette initiative pourtant d'une importance capitale pour nous autres Africains qui avons plus jamais, besoin de nous tenir tous debout.

Nous devrions même aller jusqu'à inclure dans cette démarche la diaspora et dans le même ordre d'idée, ne pas oublier une icône comme Aimé Césaire, pour ne citer qu'un exemple.

2.Posté par VIEUX DIOP ITALIE le 08/01/2010 13:26 | Alerter
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le Peuple vous est reconnaissant mais surtout qu'il a encore besoin de vous. Aussi ne nous abandonnait pas. Car une mission noble vous attend: participer au redressement de ce Pays et à l'unification de l'Afrique, un sujet qui nous le savons tous vous tien beaucoup à cœur. Soyez assuré du soutien indéfectible de tous ceux qui, comme vous, croient en la nécessité vitale pour l´Afrique de cette Unité tant souhaitée par tous les patriotes africains et ceux de la diaspora.
nous sommes fiers de Gadio!!!
nous sommes fiers de Gadio!!!

3.Posté par so le 08/01/2010 13:46 | Alerter
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Je crois qu'aujourd'hui la renaissance Africaine devrait d'abord commencer par la Bonne gouvernance et le combat pour l'auto suffisance Alimentaire. En effet qu'on le veuille ou non on est à des Années lumiere du Rendez vous mondial du développement. Et pourtant on ne peut pas dire que l'Afrique a peuvre. L'Afrique n'est ni pauvre par son sol et son sous-sol, l'Afrique n'est pas pauvre par sa jeunesse à savoir ses ressources humaines. L'afrique n'est pas pauvres de son environnement phisique et naturel. Ce dont l'Afrique a pauvre c'est de ses homme politiques, ses intelectuels actuels hypocrite et l'utulisation des ses ressources humaines.
Cela dit il ne faut pas perdre espoire car mieu vaut tard que jamais et je crois kil est temps de bien copier les aspects positifs de la Démocratie à savoir la Bonne Gouvernance et la Justice dans le Travail et la Gestion des affaires Publics.

4.Posté par Lat Soucabé MBOW le 08/01/2010 14:15 | Alerter
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L'idée de renaissance africaine, depuis son élaboration dans l'immédiat après guerre (2° guerre mondiale), a connu l'évolution d'un cours d'eau dans un karst. Elle apparaît, disparaît sous terre avant de réapparaître plus loin sous forme de source limpide pour fertiliser des terres et calmer la soif de générations d'hommes.

Elle a été diversement prise en charge par les intellectuels. Les poètes de la négritude ont contribué puissamment à son rayonnement en révélant au monde des belles lettres des penseurs et leur univers culturel qui désormais voisinent dans les anthologies jusqu'alors réservées aux poètes des autres continents. Les chercheurs en ont fait autant dans les sciences sociales. Cheikh Anta Diop en est certes la figure emblématique en raison de son aventure intellectuelle particulière, mais il n'aura pas été l'exception. Aujourd'hui les politiques s'en font les porte-drapeaux , car le contexte mondial impose plus que par le passé la référence aux identités si celles-ci ne veulent pas être effeacées par la mondialisation qui a une dimension géo-culturelle incontestable.

La contreoverse née autour du Monument de la Renaissance africaine implantée à Dakar ne doit pas être une raison qui incite ou favorise la dispersion des rangs des militants de la cause africaine. Il serait imprudent de baisser la garde sur l'essentiel qui doit rester la capacité de l'Afrique de rester fidèle à son passé et à sa richesse culturelle pour pouvoir jouer une partition irremplaçable dans la civilisation humaine.

5.Posté par Almamy le 08/01/2010 14:56 | Alerter
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OK Doctor Gadio ! Mais , en avez vous attiré l'attetion du Président de la République.? Je rappelle que vous étiez dans son gouvernement à la pose de la première pierre du monument par Obasanjo

6.Posté par Diouf le 08/01/2010 16:39 | Alerter
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Comme ex ministre de "LA CULTURE" j'appréciais L'homme Mais comme diplomate le Sénégal n'a pas besoin de faire renaitre François premier Une continuité dans nos valeurs que vous incarnez si bien donne de l'espoir à des citoyens ordinaires comme moi qui sommes d' y dehors. merci...

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