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Kapissa : le retrait français d'Afghanistan inquiète l'Otan

le 5 Juillet 2012 à 12:24 | Lu 1283 fois

Un autre pays de la coalition pourrait compenser le départ prématuré des soldats français d'Afghanistan.


Kapissa : le retrait français d'Afghanistan inquiète l'Otan
L'état-major de l'Isaf, la force armée de l'Otan en Afghanistan, envisage de déployer de nouveaux soldats en Kapissa pour combler le vide sécuritaire laissé par le retrait anticipé des troupes françaises.

Alors que militaires français et afghans célébraient mercredi le transfert à l'Armée nationale afghane (ANA) du contrôle de cette région à l'est de Kaboul, les hauts dirigeants de l'Isaf ne semblent pas convaincus de la capacité des forces afghanes de sécuriser seules cette province toujours instable. Selon plusieurs sources militaires, ils réfléchiraient au moyen de remplacer les 2000 soldats français qui quittent la Kapissa cette année par d'autres soldats de la coalition, afin d'y maintenir une présence de l'Otan jusqu'en 2014.

Des unités de réaction rapide pourraient notamment être déployées pour apporter leur soutien à la 3e brigade du 201e corps de l'armée afghane, ainsi qu'à la police afghane sur place. Une telle configuration reviendrait à dresser le constat d'un travail inachevé par les forces françaises, qui contrôlent la province du nord-est de Kaboul depuis 2008.

Conseils et soutien stratégique
Une alternative plus légère serait d'intégrer des conseillers (AT, Training Advisors) au sein de l'ANA pour lui apporter conseils et soutien stratégique. Là encore, un autre pays membre de la coalition serait amené à diluer ses efforts ailleurs afin d'envoyer une partie de ses forces en Kapissa, y poursuivre l'effort contre-insurrectionnel. En dernière hypothèse, les dirigeants de l'Isaf n'écartent pas la possibilité de laisser les 4000 soldats et 2000 policiers afghans dans la province assurer seuls le contrôle de la zone. À Kaboul, l'Otan confirme que des discussions sont en cours aux plus hauts échelons de l'état-major. Mais les sources officielles ne se prononceront pas tant que leurs dirigeants n'auront pas décidé de la marche à suivre.

L'attention portée par les chefs de la coalition à l'avenir de la Kapissa reflète l'importance stratégique de cette province pour la stabilité du pays. Les vallées montagneuses et difficilement contrôlables de Tagab et d'Alasay sont des repaires de choix pour les talibans et une voie de passage historique des insurgés depuis la frontière pakistanaise jusqu'à la capitale, Kaboul.

Casse-tête sécuritaire, la Kapissa a été le théâtre du décès de quelque 53 soldats français, soit plus de la moitié des Français tués en Afghanistan depuis le début du conflit. Ces derniers temps, la situation semble s'être détériorée: au mois de juin, une explosion dans un marché de Tagab a fait cinq morts et dix-sept blessés. Le 9 juin, quatre soldats français ont trouvé la mort dans un attentat suicide près de Nijrab, alors qu'ils patrouillaient sur l'un des principaux axes routiers de la province.

Le retour des Mirage
Après le transfert à l'ANA du district de Surobi au mois d'avril, la transition célébrée mercredi à Mahmud-e Raqi, capitale provinciale de la Kapissa, marque une étape importante dans le retrait des forces françaises. L'armée afghane mène dorénavant toutes les opérations de sécurité dans la province. Le processus de transition permet à l'Otan d'accompagner la montée en puissance des Afghans jusqu'à un retour progressif à la pleine souveraineté du pays. Annoncé au mois de mai par le président Hamid Karzaï, ce processus aura été fortement écourté en Kapissa.

Plusieurs centaines de soldats français quitteront l'Afghanistan ce mois-ci. Le reste du désengagement des 2000 forces combattantes interviendra avant la fin de l'année. Depuis plusieurs mois déjà, le rapatriement du matériel militaire bat son plein. Les convois de conteneurs et de véhicules blindés s'enchaînent depuis les bases avancées jusqu'à la base militaire de Camp Warehouse, à Kaboul. Le président de la République accueillera très prochainement en France les trois Mirage 2000 français qui effectuaient leur dernière mission en Afghanistan cette semaine.


Par Maeva Bambuck