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Khalifa Sall, la voie à suivre - Par Mody Niang

Les élections locales ont vécu. Elles se sont déroulées sans accro significatif sur toute l’étendue du territoire national. Même si la participation n’a pas été à la hauteur des attentes, il convient de rendre hommage au peuple sénégalais qui a fini de convaincre de sa maturité politique. Le même hommage devrait être rendu à l’administration centrale comme territoriale, ainsi qu’à la Commission électorale nationale autonome (Cena).


Rédigé par leral.net le Jeudi 3 Juillet 2014 à 21:30 | | 19 commentaire(s)|

Khalifa Sall, la voie à suivre - Par Mody Niang
Le temps est révolu, où les fraudes pouvaient impacter significativement sur les résultats des différents scrutins. Ce n’est vraiment plus possible au Sénégal, même avec un ministre de l’Intérieur militant du parti gouvernemental. Pour autant, la garde de la vigilance ne doit jamais être baissée. On ne sait jamais.

On peut retenir, sans trop s’y appesantir, bien d’autres leçons des élections du 29 juin 2014. La presse les a suffisamment passées en revue. En particulier, les électeurs ne se laissent plus facilement convaincre par les différents artifices et manœuvres des politiciens. La preuve a été également faite qu’il ne suffit plus de se réclamer d’une religion ou d’une confrérie pour s’attirer leurs faveurs.

On retiendra aussi que les listes citoyennes ont encore d’énormes efforts à faire pour être attrayantes. Elles ne pèsent pas encore lourd devant les états-majors des partis politiques que l’on a tendance à enterrer trop facilement. Il faut encore une longue éducation citoyenne, pour fragiliser le bail qu’ils ont signé avec les populations.

Les élections municipales et départementales du 29 juin dernier ont surtout mis en évidence l’échec cuisant des autorités gouvernementales, qui ont usé de toutes les manœuvres (politiciennes) pour se débarrasser de Khalifa Ababacar Sall à Dakar et de Idrissa Seck à Thiès. Elles ont vu, en particulier, la terre se dérober sous leurs pieds avec le ras de marée des listes parrainées par le maire sortant de Dakar.

Les défaites cuisantes de Aminata Touré et de Seydou Guèye et, peut-être, à un moindre degré, de celle inattendue de mon ami Abdou Latif Coulibaly, ont fini d’anéantir leurs espoirs. La gloutonne Apr et son président en ont vraiment pris pour leurs grades.

Il convient de s’attarder sur la victoire écrasante du maire sortant de Dakar. Ce n’est sûrement pas en usant d’artifices ou d’autres manœuvres politiciennes qu’il l’a engrangée. Il n’a pas, non plus, passé le plus clair de son temps à organiser de gros meetings ou de tonitruantes caravanes, ni à distribuer de l’argent à tout-va. C’est plutôt son bilan qui a été déterminant, c’est la qualité de sa gouvernance qui a nettement fait la différence.

C’est ce bilan et cette bonne gouvernance que les électeurs Dakarois ont tenu à récompenser. Les observateurs attentifs ne sont pas d’ailleurs surpris de la victoire déferlante du candidat de Taxawu Dakar à Grand Yoff et, pratique- ment, partout ailleurs dans le Département de Dakar. Khalifa Ababacar Sall – c’est de lui qu’il s’agit – est l’un des rares maires de Benno Siggil Senegaal issus des élections locales du 22 mars 2009 à n’avoir pas déçu les attentes du peuple des Assises nationales. Dès le début de son mandat, M. Sall a tenu à marquer sa différence. Il ne se pré- occupait pas, lançait-il très tôt aux Dakarois et aux Dakaroises, de sa réélection en 2014, mais bien d’exécuter le mandat qui lui a été confié.

Et, contre vents et marées, il s’est mis courageusement au travail avec, en bandoulière, une gouvernance transparente, inclusive et participative. Il n’a donc pas usurpé sa victoire éclatante du 29 juin dernier : il l’a bien méritée.

On dit que le Président Macky Sall est en train de lire les résultats des élections locales de ce jour-là. Si j’étais de taille à lui donner un conseil, ce serait qu’il s’inspire largement, désormais, de l’exemple de celui qui a déjoué tous les pièges, toutes les manœuvres de son camp, par la seule qualité de sa gouvernance.

Il doit tourner la page encore peu convaincante des vingt sept derniers mois pour en ouvrir une autre, débarrassée celle-là, de toutes les toxines du système wadien qui tirent toujours le pays vers le bas. Il doit s’affranchir des pesanteurs politiciennes pour revenir à la Patrie, et mettre enfin en œuvre la politique «vertueuse, transparente et sobre» pour laquelle le peuple sénégalais l’a plébiscité le 25 mars 2012.

S’il doit être réélu en 2017 ou en 2019, ce ne sera sûrement pas avec l’Apr, ni avec l’argent, ni avec des artifices ou autres manœuvres politiciennes. Seule la qualité de sa gouvernance, qui déterminera son bilan, sera alors de nature à faire la différence. Il a donc intérêt à alléger sans tarder notre administration et à la remettre à l’endroit, en la débarrassant de toutes les scories wadiennes.

En particulier, il devrait resserrer notablement son gouvernement et n’y nommer, en majorité, que des hommes et des femmes qui ont vraiment le profil de l’emploi. Avoir gagné sa localité ne devrait surtout pas y suffire. Les deux dames qui ont gagné respectivement à Kaolack et à Tivaouane, n’ont pas l’étoffe pour être membres d’un gouvernement de combat qui accélère la cadence.

Les ministres et les directeurs de services, de sociétés ou d’agences nationales devront être jugés sur les seuls résultats engrangés dans l’exercice de leurs fonctions, et non sur leur degré de militantisme. En particulier, c’est faire courir d’énormes risques à l’efficacité administrative, aux deniers et autres moyens publics que d’inciter ces derniers à se lancer en politique politicienne. Pendant au moins quinze jours, les ministres et autres hauts fonctionnaires ont déserté leurs services et largement utilisé les maigres moyens de l’Etat, pour aller briguer de petites communes rurales ou appuyer les candidats de la mouvance présidentielle.

L’exemple du Directeur général du Port de Dakar (Pad) devrait retenir l’attention et être vigoureusement dénoncé. Cet homme a fait le tour du Sénégal pour distribuer, au su et au vu de tout le monde, des dizaines de millions de francs Cfa, s’abritant derrière le prétexte fallacieux que c’est son argent qu’il distribue, plutôt que les deniers publics.

Il pousse le ridicule jusqu’à demander à la presse de faire la différence entre Cheikh Kanté – c’est de lui qu’il s’agit – Directeur général du Port de Dakar et Cheikh Kanté baay faal de Macky Sall. Baay faal de Macky Sall ! Depuis quand ? Khanaa après le 25 mars 2012 !

Il convient de rappeler quand même que le candidat Macky Sall s’était époumoné pour l’enrôler, sans succès, jusqu’entre les deux tours, quand l’homme savait que les carottes étaient presque cuites pour le candidat Wade, son candidat. Baay faal de Macky Sall ! Quelle honte ! Cet homme n’est vraiment pas à sa place à la tête d’une entreprise publique aussi stratégique que celle du Pad. En tous les cas, un jour, la lumière devrait être faite sur l’origine de sa fortune avec laquelle il achetait manifestement des consciences.

Ce n’est sûrement pas en se lançant dans la politique politicienne que les ministres et les directeurs de services ou d’agences nationales assureront au président de la République une réélection en 2017 ou en 2019, mais bien en réussissant leurs missions à la tête des entreprises qui leur sont confiées.

Le Président Macky Sall est quand même bien placé pour comprendre cette réalité ! Il a vécu du dedans les toxines de la gouvernance des Wade pendant huit longues années. Il devrait comprendre qu’il a intérêt à s’en affranchir pour être attrayant devant les électeurs.

Ces derniers n’apprécient guère la politique politicienne et folklorique, l’utilisation des deniers et autres moyens publics à des fins clientélistes, les nominations d’hommes et de femmes à des fonctions où ils ne sont manifestement pas à l’aise, l’enrôlement public d’autres qui se sont distingués dans le pillage de nos maigres ressources, etc.

L’alternance du 19 mars 2000 a été une catastrophe, un cauchemar, une grosse désillusion. Celle du 25 mars 2012 est en train de lui emboîter le pas, avec ses atermoiements, ses hésitations à mettre en œuvre sans équivoque la nécessaire politique de rupture que les Sénégalais et les Sénégalaises en attendent.

C’est sur cette mise en œuvre que le Président Macky Sall sera jugé, le moment venu. En tous les cas, d’ores et déjà, le maire sortant Khalifa Ababacar Sall a indiqué la voie à suivre : la pratique, tout au long de son mandat, d’une gouvernance de qualité, qui l’emporte de très loin sur toutes les considérations politiciennes. A bon entendeur !

Mody Niang






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