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« Khalifa Sall ou l’absurde tentative de rattrapage politicien », par Pape Moussa Diop


Rédigé par leral.net le Mercredi 3 Février 2016 à 12:19 | | 2 commentaire(s)|

Comment se construire un destin de présidentiable si rien, dans son vécu, ni dans son parcours ne nous y prédispose ?

Comment aseptiser cette simple ambition individuelle qui nous dévore et qui fait passer son triomphe personnel au-dessus de tout et au détriment de tous, pour la transformer et la faire apparaître comme un engagement exclusif et désintéressé au service de l’autre et des autres ?
Khalifa Sall l’a compris : il suffit d’être froid, calculateur à souhait et manipulateur à dessein.

Et pour ce faire, rien de mieux que de se projeter comme un héros lilliputien mais courageux, un homme combattu mais déterminé, un Maire fragilisé mais tenace face à l’ogre que représenterait le pouvoir central.

Écoutons Khalifa qui s’est exprimé hier et nous comprendrons sa visée subversive : « Depuis plusieurs mois, nous vivons des agressions successives : agressions sur nos compétences, agressions sur nos moyens et agressions physiques. Nous sommes en face d’un non-droit. On essaye de nous piétiner et de nous museler. »

C’est ça monsieur le Maire, la démarche de la victimisation est une ficelle bien connue !

Un héros, pour Khalifa, ce n’est pas être un ministre efficace car personne ne se rappelle que Khalifa a été ministre pendant de longues années.

Être un héros, pour Khalifa, ce n’est pas faire preuve de compétence en parvenant à utiliser de manière optimale les dizaines de milliards de budget de la Ville de Dakar.

Être un héros, pour Khalifa Sall c’est surtout se définir d’abord comme une victime et démontrer par la suite son courage en faisant face résolument à l’autre. Relisons ensemble le storytelling au rabais grommelé par le Maire de Dakar et nous en aurons un perçu :

« On essaye de nous piétiner et de nous museler. Je voudrais dire ici clairement et fermement que c’est vain. Personne ne nous empêchera d’assumer la plénitude de notre mandat. »

Mais être un héros, pour Khalifa, c’est se risquer à paraître ridicule et léger lorsque le Maire de Dakar, dans une démarche désespérée, tente de créer une fusion quasi-charnelle entre lui et le citoyen en faisant passer les actes posés par le gouvernement non pas comme des actes légitimes, qui poussent l’État à faire appliquer la loi, mais comme des actes de répression contre les dakarois pour les punir d’avoir voté pour l’actuel Maire : « On dirait qu’on a envie de sanctionner la population de Dakar parce qu’elles ont porté leur choix, sur nous. »

Ce bout de phrase est dangereux. Comment un Maire lucide peut-il porter un jugement dont la gravité sémantique n’a d’égal que la légèreté discursive qui la porte : « on dirait… ! » Chiche !!!

Le pouvoir, c’est connu, peut rendre fou. Ce qui l’était moins et que Khalifa démontre à souhait désormais, c’est que l’envie de pouvoir peut bel et bien rendre fou. Dans ce Sénégal du 21ème siècle, le pouvoir, ça se mérite. La triche, la manipulation et les raccourcis n’y feront rien.

Monsieur Khalifa Sall, qui a une présence politique de plus de 30 ans, doit avoir l’honnêteté de bâtir son image sur son parcours, sur ses compétences, ses diplômes dont on nous qu’ils se limiteraient au baccalauréat, et sur ses projets au lieu de chercher à se construire une fausse image de héros combattu parce que craint.

La politique n’est l’art du camouflage encore moins du raccourci.

Ainsi donc, Khalifa Sall a failli commettre le « crime » parfait, en mettant en place tous les ingrédients qui feraient de lui une victime. Mis il y a une faille dans sa démarche, une énorme faille : le « héros victimisant » doit de manière incontestable, avoir le droit avec lui.
Or Khalifa Sall qui crie sur tous les toits avoir le droit de son côté sait bien que c’est faux. Car pour construire, il ne suffit pas seulement d’avoir des « moyens » comme il dit. Il faut aussi avoir l’autorisation de construire. Or, jusqu’ à ce jour, le Maire de Dakar ne peut brandir ce sésame que l’on exige de n’importe quel sénégalais qui veut ériger le plus petit bâtiment.

En sa qualité de Maire, il ne saurait l’ignorer.

Khalifa Sall sait aussi qu’un projet comme celui dont il nous parle est bien encadré par la réglementation environnementale en vigueur notamment le code de l’environnement qui exige une étude d’impact environnementale pour les projets d’envergure.

Comment un Maire qui ne dispose ni d’autorisation de construire, encore moins d’une étude d’impact peut-il se présenter à l’opinion comme étant celui qui a le droit avec lui et qui subirait une injustice ?

Comment un Maire peut-il se permettre de considérer qu’aucune autre instance n’est digne de recevoir ses recours et contestations et se proposer de régler par lui-même un conflit qui l’oppose avec un ministère technique ?

Ce Maire qui ne respecte pas la légalité républicaine aura bien du mal à se faire passer pour une victime.

Il est temps que nos hommes politiques intègrent le fait que leur fonction ne saurait constituer des paravents pour assouvir un peu plus encore leur ambition personnelle et qu’il se mette à servir leur concitoyen sans calculs ni objectifs inavoués.


Pape Moussa Diop - Grand-Dakar

Mail : diop_papemoussa@yahoo.fr






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