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L'Arabie Saoudite cesse son offensive au Yémen

le 22 Avril 2015 à 16:35 | Lu 659 fois

L'Arabie Saoudite cesse son offensive au Yémen

Le royaume wahhabite a annoncé l'arrêt de ses attaques aériennes, alors que les insurgés houthis sont loin d'avoir été stoppés.
 

Surprise, l’Arabie Saoudite a annoncé mardi soir la fin de la campagne aérienne lancée il y a près d’un mois au Yémen au prétexte que «la menace» des rebelles houthis, issus de la minorité zaydite chiite, avait été écartée, et qu’une phase politique débutait. Selon le ministère saoudien de la Défense, les frappes aériennes sont parvenues «avec succès à éliminer les menaces pesant sur la sécurité de l’Arabie Saoudite et des pays voisins». L’Iran, accusé par Riyad et Washington de soutenir militairement les rebelles, a salué cette annonce, estimant que c’était un «pas en avant» vers une résolution politique du conflit. Washington, qui soutenait les frappes de son allié saoudien, l’aidait également en lui fournissant logistique et renseignements, a également exprimé sa satisfaction.

Reste que l’opération militaire de la coalition d’une dizaine de pays, tous sunnites, baptisée «Tempête décisive» et menée par Riyad, laisse une impression de semi-échec, voire d’échec total s’il s’avère que la progression des Houthis continue. Rien en effet n’a été réglé. A preuve que les Houthis se sont emparés mercredi matin du camp d’une brigade fidèle au président Abd Rabbo Mansour Hadi, près de Taëz, dans le sud-ouest du Yémen. Selon un officier loyaliste qui se trouve à l’intérieur de cette base, le camp de la Brigade 35 blindée est tombé à l’issue de violents combats qui ont fait des «dizaines de morts et de blessés» des deux côtés.

Blocus maritime

L’intervention militaire de la coalition contre les rebelles houthis avait été lancée le 26 mars au Yémen à la demande du président Hadi, réfugié en Arabie Saoudite. Les Houthis, partis de leur bastion dans le nord du Yémen, ont déferlé sur Sanaa en septembre et y ont pris le pouvoir en janvier, s’emparant de vastes pans de territoire dans le centre, l’ouest et le sud du pays. Le général saoudien qui commande la coalition n’a cependant pas exclu que celle-ci puisse intervenir pour empêcher les mouvements des rebelles. Il a en outre ajouté que le blocus maritime serait maintenu. De leur côté, les Etats-Unis avaient rapproché lundi leur porte-avions Roosevelt du Yémen pour surveiller un convoi de neuf bateaux iraniens, dont deux militaires, suspectés de transporter des armes à destination des rebelles. La fin des opérations militaires de la coalition – dans les faits, c’était surtout la flotte aérienne saoudienne qui bombardait le Yémen – est plutôt une surprise puisque la situation militaire reste globalement inchangée. De plus, l’arrêt des frappes signifie qu’il n’y aura pas d’intervention terrestre, ce qu’avait laissé entendre Riyad. « Visiblement, souligne David Rigoulet-Roze, chercheur rattaché à l’Institut français d’analyse stratégique et spécialiste de la région, les Saoudiens n’avaient pas envie de s’engager au sol.» Garde prétorienne Selon lui, il faut aussi voir dans la décision saoudienne une problématique interne au Royaume. D’une part, le fait qu’une partie du pouvoir, en particulier le clan du défunt roi Abdallah, s’opposait à l’intervention au Yémen. D’autre part, et en lien avec cette opposition, «la crainte d’une possibilité de déstabilisation du pays». A preuve la mobilisation de la Garde nationale, la garde prétorienne du Royaume, soit quelque 100 000 hommes. Celle-ci est d’ailleurs commandée par le fils du défunt roi Abdallah, le prince Mutaib bin Abdullah, qui a rang de ministre. Cette mobilisation d’une force qui n’a nullement vocation à intervenir sur des théâtres extérieurs donne une indication sur le fait que le royaume s’attend à des risques d’attentats et d’infiltrations. «Il y a aussi beaucoup d’agitation dans les coulisses, souligne David Rigoulet-Roze, ce qui donne une indication sur de possibles négociations en cours.» L’attitude des Etats-Unis est étrange : après s’être félicités du déclenchement des frappes, ils approuvent à présent sans réserve leur suspension, preuve qu’ils avaient été placés devant le fait accompli et ne les avaient soutenues que pour témoigner de la fermeté de leur alliance avec Riyad. «Tempête décisive» laisse cependant une impression d’opération totalement inachevée. Semi-échec, certainement. Voire échec s’il s’avère que les Houthis et leurs alliés, la Garde républicaine de l’ex-président Ali Abdallah Saleh, continuent leur progression, notamment dans le sud du pays.