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L’Assemblée nationale sénégalaise légalise la fraude électorale

L’article 87, face hideuse du règlement intérieur de notre Assemblée nationale, stipule : « les rectifications de vote ne peuvent avoir effet de changer le sens du vote proclamé. Elles peuvent, cependant, être mentionnées dans le procès-verbal, à la demande des intéressés ». Dans ce bunker sur mesure, notre singulier pouvoir législatif légalise la fraude électorale qui, une fois constatée, ne peut faire l’objet d’aucune suite, même si l’expression de la volonté citoyenne des représentants du peuple mandant est bafouée.


Rédigé par leral.net le Samedi 11 Juillet 2015 à 14:42 | | 5 commentaire(s)|

Cette Assemblée nationale, à l’image d’un amphithéâtre incontrôlé où s’affrontent toutes sortes d’intelligences, est loin d’être le reflet du génie qui fait honneur à notre Nation. Le Sénégal, bien à sa place dans l’ère du bit, exige un profil adapté aux réalités du nouveau monde globalisé ainsi, le sentimentalisme partisan devrait être exclu des critères pour siéger au parlement. Avec cet article d’une impertinence qui rase les bas-fonds de l’ignorance, une évaluation de notre démocratie s’impose.

Le vote à l’Assemblée nationale ne devrait souffrir d’aucune contestation. Avec un fichier électoral figé, une carte électorale avec un seul bureau de vote, un état d’émargement sur lequel chaque votant présent ou par procuration appose sa signature en plus d’une fiche de dépouillement, toute possibilité de fraude est écartée dans une procédure aussi hermétique. Cet article 87 n’est qu’un instrument pour valider la fraude électorale d’une majorité techniquement handicapée qui, faisant fi de la volonté des vrais législateurs, s’arroge toutes les prérogatives pour un contrôle systématique de notre hémicycle.

S’il existe une cohérence dans l’articulation de nos institutions, l’Exécutif pourrait disposer de cet article liberticide pour travestir les résultats de toute élection sans possibilité de recours auprès du Judiciaire. Dans leur divagation, nos nonces qui seraient tentés par une loi pour doter le pouvoir exécutif d’un article 87 ne devraient pas ignorer qu’il existe trois voies de fraude et sept préalables pour des élections apaisées, libres, justes et transparentes dans le système actuel de vote manuel.

Les trois voies de fraude:

1-) Le fichier électoral ;
2-) La carte électorale ;
3-) La gestion des procès-verbaux.

Chacune de ces voies dissimule une multitude de sentiers qu’il faudrait identifier pour espérer trouver la solution qui pourrait mettre un terme à la fraude électorale.

Les sept préalables pour des élections apaisées, libres, justes et transparentes:

1-) La mise à jour par contrôle physique du fichier électoral ou « audit du fichier électoral» pour les profanes. La mise à jour permettrait de connaître l’électorat réel ou le nombre exact d’électeurs remplissant toutes les conditions requises pour bénéficier du droit de vote. Aucun alibi ne pourrait être évoqué pour surseoir sa mise en œuvre ;
2-) La mise à disposition du répertoire analytique des quartiers et villages ;
3-) La participation de tous les acteurs à la confection de la carte électorale ;
4-) La mise à disposition de la carte électorale trente jours (30) au moins avant le scrutin ;
5-) Le respect des adresses des bureaux de vote lors de leur implantation ;
6-) L’utilisation obligatoire du spray à la place de l’encre dite indélébile ;
7-) L’utilisation obligatoire du bulletin unique.

La mise en place d’un cadre unitaire, regroupant forces politiques et société civile, serait indispensable pour une bonne coordination des actions sur le terrain. Dans ce cadre qui pourrait s’intituler Coalition Nationale pour la Transparence des Elections (C.N.T.E.), ma part de responsabilité dans ce processus de protection du choix démocratique de notre peuple sera assumée. L’Exécutif devra impérativement, pour le sceau de son impartialité, donner suite favorable à ces préalables que tout démocrate a le droit d’exiger.

Avec la procédure de gestion du système actuel de vote manuel qui offre plusieurs possibilités d’opérer une manipulation, le contentieux électoral est loin de son déclin. Dénudés de toute science, seuls les profanes affirment qu’au Sénégal il est désormais impossible de manipuler les élections. A ceux-là qui cherchent à s’insérer dans un débat qui n’est pas le leur, la question, trop technique, ne relève que de la compétence des avérés experts dans le domaine des élections.

Et compte tenu de l’actuelle architecture des forces politiques, un deuxième tour est incontournable pour l’élection présidentielle. Seul un séisme, pour reconfigurer le landerneau politique, pourrait limiter à un tour cette compétition électorale. Ce bouleversement est une nécessité qui s’impose pour un assainissement de l’espace de dialogue de la cité afin qu’un nouveau leadership politique puisse s’ériger pour le bien-être social et économique de notre pays.

La fin de la fraude électorale relève de la volonté du peuple qui dispose de toutes les prérogatives pour protéger son pouvoir, le pouvoir qu’il délègue. Seule sa détermination permet de mettre un terme à cette pratique qui enjambe toute logique démocratique pour travestir la volonté populaire exprimée à travers les élections. L’article 87 ou article de la honte, négation de ma volonté pour une gestion transparente des élections, justifie le rejet de ma demande d’audience adressée au chef de l’Etat.

Bakar NDIAYE
Consultant en organisation et informatique
Spécialiste du vote électronique
Expert électoral et en biométrie








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