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L'Égypte vit les heures « les plus critiques de son histoire »

le 21 Juin 2012 à 11:55 | Lu 552 fois

Aux questions sur l'état de santé de Hosni Moubarak s'ajoute l'incertitude sur le résultat de la présidentielle.


L'Égypte vit les heures « les plus critiques de son histoire  »
Les informations contradictoires sur l'état de santé de Hosni Moubarak, diffusées mardi alors que plusieurs dizaines de milliers de personnes s'étaient massées place Tahrir pour dénoncer un «coup d'État institutionnel » de l'armée, ont encore alourdi le climat de tension et d'incertitude qui plane sur l'Égypte.

En quelques jours, le pays a assisté à la dissolution d'une Assemblée dominée par les islamistes et à l'attribution de pouvoirs exorbitants au Conseil suprême des forces armées (CSFA). Ce jeudi, ils attendent en outre le résultat d'une élection présidentielle dont chacun des deux candidats s'est d'ores et déjà proclamé vainqueur.

Mardi soir, lorsque l'agence officielle Mena a annoncé la «mort clinique » du raïs, des cris de joie et des coups de klaxon ont d'abord retenti dans le centre du Caire, accompagnés de tirs de feux d'artifice. Mais tandis qu'une partie des contestataires quittait la place, un noyau dur a décidé de prolonger la manifestation, soupçonnant «une nouvelle ruse » des militaires au pouvoir.

Gamal, le fils, en «dépression »
«Je pense que ces fausses rumeurs sont propagées par les services de renseignements pour faire retomber la pression et démobiliser les manifestants », expliquait mercredi Mohamed Abou Of, un militant salafiste qui, comme quelques dizaines d'activistes, a passé la nuit sur la place Tahrir. «Les généraux sont très malins, soutient pour sa part Ashraf Mohamed, fonctionnaire d'une trentaine d'années. Chaque fois que la rue se mobilise, ils distillent ce genre de rumeurs en espérant qu'elles vont nous faire rentrer chez nous. Or nous sommes déterminés à manifester aussi longtemps qu'il le faudra pour contraindre les militaires à remettre leurs pouvoirs aux civils.»

Depuis la condamnation de Hosni Moubarak à la perpétuité, le 2 juin dernier, pour son implication dans la mort de plusieurs centaines de manifestants en janvier 2011, les rumeurs sur une brusque dégradation de son état de santé se sont multipliées. À plusieurs reprises, les avocats du raïs ont demandé qu'il soit autorisé à quitter la prison de Tora pour être admis dans une unité hospitalière.

Mardi soir, l'ex-président, âgé de 84 ans, a été transféré d'urgence à l'hôpital militaire de Maadi à la suite d'une attaque cérébrale. À en croire l'un de ses avocats, la détérioration de sa santé découlerait de ses conditions de détention. L'annonce de sa mort clinique, démentie dans la soirée de mardi par des sources militaires égyptiennes, aurait plongé son fils Gamal dans un état de «dépression nerveuse », croit par ailleurs savoir le quotidien gouvernemental al-Akhbar. Selon le journal gouvernemental al-Ahram, qui citait mercredi «une source médicale officielle», Hosni Moubarak «ne serait pas dans un coma profond», mais, s'il survivait, «il pourrait ne pas retrouver toutes ses facultés» après l'attaque dont il a été victime. Pour al-Ahram, ce rebondissement propulse l'Égypte au seuil des «quarante-huit heures les plus critiques de son histoire».


Par Cyrille Louis