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L’UNIVERSITE, LES ENSEIGNANTS ET L’ARGENT ( Mame Birame WATHIE)

L’Ucad renoue avec la violence. De titre alléchant faisant le chou gras des journaux, cette phrase est devenue une banalité qui frise la méprise. La crédibilité de l’étudiant remise en cause est passée par là. Pour une grande partie de l’opinion publique, les étudiants constituent dans leur écrasante majorité, une bande de fainéants à qui l’Etat donne tout.


Rédigé par leral.net le Vendredi 29 Novembre 2013 à 15:24 | | 0 commentaire(s)|

Cette conception est la conséquence d’une politique savamment exécutée par un ancien  Directeur des bourses et un ex- ministre de l’éducation nationale à qui l’ancien président Wade avait soufflé le fatal stratagème. Les étudiants ne se sont jamais demandés ; pourquoi quelques temps après qu’ils aient bloqué l’avenue Cheikh Anta Diop, l’argent se remettait à couler à flots des guichets. Ils savaient juste que c’était un moyen efficace et indispensable. Ainsi, toutes les fins de mois, à coups de pierres, les étudiants lapidaient leur crédibilité auprès des populations qui, pour certaines, étaient directement pénalisées par leurs agissements. Et, à force de se faire entendre parce que le paiement est en retard, les étudiants s’en sont retrouvés inaudibles quand une véritable cause s’est posée.
C’est véritablement ce qui arrive présentement aux étudiants qui ne manquent pas d’arguments mais que personne n’écoute.
La violence n’a jamais quitté l’Ucad, elle s’est  manifestée hier à travers les codifications et les inscriptions. Aujourd’hui, elle s’exerce dans les restaurants, les salles de télé et les toilettes. Les étudiants s’empoignent, s’insultent, se rouent de coups à l’occasion comme ferait n’importe quel groupe de 60 000 jeunes réunis dans un espace clos et exigu.  La violence qui est relayée est celle qui se manifeste sur l’avenue Cheikh Anta Diop. C’est celle-là qui dérange. Elle dérange parce qu’elle crée des embouteillages jusqu’au centre ville. Sinon, personne ne se plaindrait de la bastonnade d’un groupe d’étudiants par des policiers en mal d’actions.  On en est arrivé là. Et, impunément des nervis appelés vigiles se promènent dans l’espace universitaire, méchamment armés. C’est ce genre d’énergumènes  qui a fait face aux étudiants qui contestaient jusqu’à le manifester la hausse des inscriptions. Quarante parmi eux se sont retrouvés au service médical du campus, quatre dans un état grave.
Les sénégalais savent si le montant exigé pour l’inscription dans les universités est raisonnable ou pas. C’est eux-mêmes qui le paient. L’Ucad peut-être considérée comme un autre monde ; mais les étudiants ne sont nullement détachés du reste de la société.
Le ministre de l’enseignement supérieur, Mary Teuw Niane, a tout faux de croire que les sénégalais vont gober que les étudiants s’inscrivent en payant moins cher que les enfants du préscolaire comme il l’a froidement indiqué. Soit par mauvaise foi, soit par calculs politiques ou alors les deux, il refuse d’admettre qu’en plus des 5000 f Cfa versés à l’agence comptable de l’université, les différentes facultés de l’Université Cheikh Anta Diop s’organisent admirablement pour soutirer 10 000 F Cfa à chaque  étudiant à travers des inscriptions pédagogiques  loin d’être logiques. Certaines scolarités exigent encore 1000 francs avant un quelconque retrait de cartes d’étudiant. 1000 f Cfa ne sont peut-être rien mais multipliés par les 27 000 étudiants que comptait la faculté de lettres et sciences humaines en 2008, cela devenait conséquent mais toujours immatériel. Dans l’un ou l’autre cas, Mary Teuw Niane doit  se ressaisir  avant de se pervertir. Personne n’oublie qu’il a abandonné le Pit pour embarquer dans le bateau libéral au summum de sa splendeur, avant de s’enfoncer dans les profondeurs de la prairie marron quand le navire bleu  commençait à tanguer. Etre un intellectuel c’est aussi avoir le courage de ses idées. Ses prises de position radicales ne sont rien comparées à l’abominable silence d’un de ses prédécesseurs. La prétention de ce dernier avait fini par éclater le ministère de l’éducation nationale en trois entités. Il n’en occupe qu’un pan aujourd’hui.
S’il tient à ce que  les frais d’inscription soient sensiblement augmentés ? Soit ! Mais qu’il ait le courage de demander à certains professeurs d’actualiser, au moins de quelques décennies, les cours qu’ils transmettent tels des automates. Qu’il fasse de sorte que les étudiants qui quittent l’Ucad, puissent faire autre chose qu’enseigner. Qu’il arrête la politique qui consiste à renvoyer à la faculté de sciences et techniques les meilleurs nouveaux bacheliers des séries S, alors qu’ils souhaitaient être orientés à la faculté de médecine, de pharmacie et d’odontologie. Favoriser les marocains et les autres nationalités parce qu’ils paient onéreusement leurs inscriptions ne saurait soigner les sénégalais malades. Qu’il s’active pour que les étudiants ne suivent plus leurs cours assis à même le sol ou à travers les fenêtres. Le ministre sait-il que de nombreux étudiants en quatrième année sont privés d’inscription faute de  professeur encadreur ; que des étudiants attendent leurs résultats pendant prés de 45 jours avec tout ce que cela représente comme difficulté du point de vue psychologique. Ancien recteur de l’Université Gaston Berger, M Niane est –il imprégné qu’à l’Ucad plus de 10 000 étudiants sont exclus chaque  année.  Si de telles conditions doivent persister pourquoi demander plus aux étudiants.
Et si pendant ce temps l’idée de diminuer le montant des bourses prospère, les étudiants ne peuvent qu’être, à juste titre, sceptiques. Il ne s’agit pas de conformisme mais de justice. Il n’est pas question d’obscurantisme mais d’équité. En 2008, l’Etat du Sénégal avait aidé à partir en France 1017 étudiants et sans aucune garantie qu’ils reviendront un jour servir le pays, il leur versait chacun une aide de 1300 euros. Ces 1017 étudiants, des fils de nababs pour l’essentiel,  ne sont aucunement plus méritant que  les 40 000 non boursiers de l’Ucad qui perçoivent chacun 60 000 F Cfa l’année. Il est archi-faux de dire que tous étudiants sont boursiers.
L’Etat cherche, coute que coute, à faire des économies quitte à revoir non pas son train de vie mais les subventions englouties par l’infertile enseignement supérieur. Et pour permettre aux différents rectorats  de survivre à cette mesure qui s’est manifestée sur le budget 2014 voté le mardi 26 novembre, le ministre de l’enseignement supérieur est mis en branle pour trouver une alternative. Sa potion magique, pousser les étudiants à hausser leurs frais d’inscription. Mais au de-là des inscriptions en ligne qui sont certes salutaires mais à la périphérie des maux dont souffrent les universités sénégalaises, il n’indique aucune orientation clairement définie. Tout dépendant de l’argent, le temple du savoir est en phase de devenir un hypermarché où businessmans endurcis et visiteurs perdus se retrouvent. Certains doyens en connivence avec des recteurs ont créé des Masters dont les inscriptions sont hors de portée de la plupart des étudiants régulièrement inscrits. Des instituts privés dont les promoteurs ne rendent compte à personne pullulent à l’Ucad, sans jamais susciter la moindre interrogation.  Une université est certes sensée créer des richesses ; mais jamais dans l’immédiat. Elle est certainement source d’immenses ressources dans le moyen long terme ; mais jamais elle créera de fortune en termes d’espèces sonnantes et trébuchantes.  Ou alors, elle aura foulé du pied sa véritable vocation et ce serait alors compréhensible que 109 bacheliers et 1 100 étudiants ayant le niveau de la licence ou de la maitrise postulent à l’Agence d’assistance à la sécurité de proximité pour devenir vigiles.
Aux étudiants, il ne faut pas répéter ce que Frantz Fanon disait dans Les Damnés de la Terre (1961) : «Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l'accomplir ou la trahir".



Mame Birame WATHIE
 Ancien président de l’Amicale  des étudiants de la faculté de lettres et sciences humaines
 






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