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L’attaque de Charlie Hebdo : un drame français - Par Pape Mahawa Diouf

Il est difficile de comprendre les difficultés évidentes de la République française avec l’islam et les français musulmans sans convoquer ses rapports historiques avec la religion et plus spécifiquement le christianisme.


Rédigé par leral.net le Lundi 26 Janvier 2015 à 09:54 | | 0 commentaire(s)|

L’attaque de Charlie Hebdo : un drame français - Par Pape Mahawa Diouf
Le choc des attentats des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly a réveillé cette identité anticléricale latente mais profondément ancrée dans la culture politique française au point que Jean Christophe RUFFIN, écrivain et ancien chef de la diplomatie française à Dakar, appelle ardemment à la mobilisation des soldats de l’An II.

Cette évocation des heures les plus violentes de l’histoire française, rappelle si besoin en était, que dans la tradition démocratique française la libération l’Homme passe par son affranchissement de la religion et de Dieu.

Mais qu’est ce donc l’an II ? L’An II fait référence à ce que les révolutionnaires de 1789 appelaient la déchristianisation de l’An II. Elle s’étend de septembre 1793 à juillet 1794. Période pendant laquelle l’Église catholique a subi de nombreuses attaques dans le but de la détruire.

Les révolutionnaires français guidés par des leaders tels que Maximilien de Robespierre, Marat, ou encore Danton, charismatiques, mais d’une détermination et dune violence rare, vont tenter d’effacer la religion catholique et d’imposer au besoin par la force, de nouvelles références spirituelles.

Une radicalisation qui s’efforça d’éliminer physiquement tous les ennemis de la Révolution, et en tête, tous les hommes de Dieu.

Des massacres seront alors organisés méthodiquement avec comme cibles privilégiées les prêtres réfractaires qui vont subir des tueries de masses un peu partout en France. Subiront aussi la furie des révolutionnaires, des royalistes et autres contre révolutionnaires, mais surtout des hommes libres qui tenaient à conserver leurs cultes chrétiens.

Le 23 avril 1793, le gouvernement révolutionnaire annonce la peine de mort pour les prêtres réfractaires, et ferme ensuite les églises au culte afin d’annihiler pour de bons tous signes d’appartenance à celle ci.

Deux milles à trois milles prêtres seront guillotinés et pour les révolutionnaires, l'éradication du culte passe par la transformation des noms et la destruction d'églises, la livraison de leur argenterie, ainsi que la descente des cloches dans le but de les fondre pour en faire des canons et de la monnaie

L’une des résistances les plus célèbres à ce projet de déchristianisation fût celle du peuple vendéen dans l’Ouest de la France. La répression du gouvernement révolutionnaire face à ce peuple qui tenait à sa foi fût telle, qu’elle marque aujourd’hui encore l’identité de la Vendée.

Certains chercheurs n’hésitent pas à associer ces événements à une politique d'extermination des habitants de la région.

Ce n’est que plus tard et bien après l’échec de ce projet de l’An II que la loi de 1905 viendra parachever cette vision de la République sur la laïcité, consacrant définitivement la séparation de l’Église et de l’État dans la IIIème République.

C’est à cette armée révolutionnaire de l’An II que fait référence son excellence Ruffin. Il rajoute : « …Nous avons cru que la révolution française était terminée,… que sa vision de l’être humain qu’elle avait fait triompher ne pourrait jamais mourir.. »

Avant de préciser avec outrecuidance que ceux qui ont été tué à Charlie Hebdo n’était pas des victimes mais bien des soldats morts au combat.

En effet, n’a t-il pas raison ? Tant les messages des caricatures de ce journal (moribond jusque là) contre le prophète des musulmans et contre la religion musulmane en général étaient violents et gratuitement, participant à banaliser en France un discours islamophobe et stigmatisant à l’endroit des français musulmans issues de l’ancien projet colonial de la France.

Cette approche guerrière inquiète d’autant plus que depuis ces attentats terroristes 128 actes islamophobes ont été enregistrés dans l’hexagone (incendie de mosquées, profanations de sépultures, autres formes d’agressions,) ; soit plus que l’ensemble de l’année 2014.

Pourtant, tout porte à croire que les nouveaux ennemis de l’armée de l’An II sont comme par le lointain passé des citoyens français. Le terroriste de porte de Vincennes, n’est pas moins français que les injurieux caricaturistes qu’il a ignoblement décidé d’éliminer à la kalachnikov. Même si comme le précise si justement Edwy PLENEL « …La haine ne peut pas avoir l’excuse de l’humour ».

Comble de l’ironie, Amedy Coulibaly le terroriste de l’hypercacher a même eu l’immense honneur d’être reçu par le Président de la République française Nicolas Sarkozy.

Pour dire, comme l’a rappeler avec justesse le président américain, Barack Obama, qu’il y a quelque choses qui ne fonctionne pas dans le modèle d’intégration européen et français en particulier.

Pourtant la plupart des français musulmans ne demandent qu’à pratiquer leur culte dans des conditions sereines, sans qu’on ne leur pose des contraintes administratives simplement islamophobe au nom qu’une prétendue laïcité.

Pour beaucoup de ces citoyens français de culte musulman, la France reste le seul pays européen qui au nom de la laïcité interdit le voile dans les écoles, tout en inscrivant dans le projet constitutionnel européen les fondements judéo-chrétiens de l’Europe, s’attaque aux minarets tout en exigeant des citoyens musulmans qu’ils défendent plus vigoureusement la république. Avouons le franchement, la France ne les y aide pas !!!

Aujourd’hui l’échec du projet révolutionnaire d’intégration universelle est patent et il est peut être temps de le constater. Beaucoup parmi les citoyens issus du projet colonial français ne se sentent plus français et n’ont plus envie de le devenir, alors même qu'aux États-Unis d’Amérique, les arrivants arborent fièrement la bannière étoilée tout en vivant leur foi sans heurts majeurs.

C’est dans ce contexte de forte tension communautaire qu’il faut comprendre les réactions passionnées autour d’un drame familial avec ces ignobles attentats de Montrouge, de Charlie Hebdo et de porte de Vincennes, au cri de « Je suis Charlie ! » ou… « Je ne suis pas Charlie ! »

La guerre contre le terrorisme est bien mondiale

L’onde de choc de ces attentats a eu un écho retentissant à l’international et consacre une mondialisation de la guerre contre le terrorisme. Désormais, il est psychologiquement intégré que les terroristes islamistes peuvent frapper dans tous les pays du monde et à tout moment. De Bali à Kidal, de New York à Lagos, les États du monde font face à la même menace.

L’Afrique assume un lourd tribu dans cette guerre qu’imposent les fondamentalistes islamistes. Les shebbabs bras armée de Al-Qaïda dans la corne de l’Afrique, Ansaru et Boko Haram en Afrique de l’Ouest, AQMI, Ansar al charia et Ansar Dine dans le nord et l’ouest de l’Afrique pour ne citer que ceux là.

Tout prêt de Dakar, AQMI, branche africaine d’Al-Qaïda en s’alliant au MNLA a fait vaciller le voisin malien, et n’eut été l’intervention des forces françaises ces fondamentalistes qui ont détruit une partie des prestigieuses mémoires de Tombouctou seraient déjà à l’intérieur des frontières du Sénégal.

L’Afrique, subit donc dans sa chair le fanatisme islamiste. Le drame du terrorisme que l’on entendait si loin des montagnes de « Tora bora » en Afghanistan, est désormais à nos portes. Aux côtés des forces françaises et d’autres forces africaines, c’est bien nos « diambars » qui les affrontent au péril de leur vie dans le nord Mali.

Un peu plus au sud, ceux sont des soldats Tchadiens, camerounais et Nigérians qui affrontent Boko Haram dans le Nord du Nigéria.

Pour rappel, nous avons vu le leader de cette organisation dans une video qui a fait le tour du monde, jurer de réduire des centaines de jeunes filles à l’esclavage, s’il n’obtenait pas ce qu’il exigeait des autorités nigérianes. L’infâme « Boko Haram » continue selon les informations relayées par la presse, de perpétrer des massacres sans que personne ne semble s’en émouvoir dans la communauté internationale et surtout dans la communauté africaine.

C’est dans ce contexte à la fois triste et grave, ou l’Afrique de l’ouest subi les violences du terrorisme extrémiste que le Président Macky SALL a pris le parti de prendre part au grand rassemblement du boulevard Voltaire, contre la violence et contre le terrorisme.

A ses côtés, le couple royal jordanien, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président palestinien Mahmoud Abbas le président ukrainien Petro Porochenko et le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov ainsi que 07 autres présidents africains dont IBK sans oublier les plus hauts dirigeants européens, d'Angela Merkel à David Cameron, de Mariano Rajoy à Jean-Claude Juncker, célébrant une union sacrée quasi-planétaire contre la violence et le terrorisme.

Macky SALL une présence qui honore le Sénégal

Macky SALL aurait fauté s’il ne s’était pas rendu à la marche du 11 janvier.

D’abord par devoir de solidarité, puisque n’eût été les forces françaises nous serions peut être en train d’affronter les terroristes d’AQMI dans nos frontières. Notons sur ce sujet que personne chez nos voisins maliens n’a trouvé à y redire sur la présence du président IBK à cette marche.

Ensuite parce que la liberté d’expression est une valeur essentielle pour le Sénégal et nous ne pouvons cautionner l’assassinat de ces pseudo-dessinateurs, et blasphémateurs sous prétexte qu’ils ont injurié nos convictions fondamentales.

Il y a moins d’un mois un respectable chef religieux s’est attaqué publiquement au « addiya » valeur sacro sainte et fondamentale chez les mourides l’assimilant à de la corruption. Malgré l’émoi que çà a pu provoquer au sein de la confrérie, ce n’est pas avec des kalachnikovs que cet incident a été résolu mais bien par le verbe et par un argumentaire sérieux intransigeant et éclairé de la porte parole du Khalif général des mourides. Le tout sans que cela ne débouche sur des animosité ou de la violence.

Pourtant des échanges houleux ont eu lieu sur le sujet à travers les différents médias à thèmes confrériques du pays. Malgré la gravité des propos, jamais il ne viendrait à l’idée de quelqu’un de s’armer jusqu’aux dents, pour décimer toute une rédaction. Ce n’est pas notre conception du débat interconfessionnelle. D’autres exemples auraient pu être évoqué ici puisqu’il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait des dérapages dans les médias concernant les convictions religieuses de nos concitoyens.

L’assassinat ne saurait être la réponse à l’ignorance et à l’injure dans un projet de société qui se veut humaniste.

Enfin parce qu’au Sénégal nous avons un modèle de cohabitation religieuse qui doit être érigé en exemple à travers le monde.

Cheikh Ahmadou Bamba Kaddimou Rassoul, au plus fort de la persécution que lui infligeait la puissance coloniale par la volonté de Dieu, priait son Seigneur de ne pas frapper ses oppresseurs mais de leur accorder sa miséricorde et d’ouvrir leurs cœurs à la lumière divine.

Là ou les terroristes attaquent les ennemis de l’islam à la kalachnikov, Cheikh Ahmadou Bamba lui s’était vu lui accusé à tort de détenir des armes. Là gît toute la différence…

Le Djihad pour nous c’est comment chaque jour être meilleur que la veille. C’est à ce modèle d’islam auquel croient nos compatriotes, le tout enveloppé d’une culture de « teranga » entre les familles confessionnelles.

Par ailleurs, rappelons que c’est parce justement nous avons nos « khilfa diiné » que jamais les thèses extrémistes n’ont pu prospérer dans notre pays. C’est aussi pour cela qu’il faut plus que jamais, compter sur leur valeureuse contribution à l’édification de notre nation.

Le Sénégal croit en un modèle de République qui donne sa place à toutes les confessions religieuses, et surtout qui voit la religion non pas comme un ennemi mais comme son allié.

Dans cette perspective, la liberté d’expression est protégée dans notre pays par un principe de responsabilité qui veut que l’on n’injurie pas les convictions religieuses des autres. Voilà pourquoi le Président Macky SALL en interdisant les publications de Charlie Hebdo dans notre pays, a envoyé un message fort à la France islamophobe.

La démocratie sénégalaise continue de se bâtir autour de cette culture de la tolérance et de la diversité religieuse mais aussi de la liberté d’expression.

Cette nation qu’annonçait déjà le Président Senghor dans son premier message à la Nation en magnifiant notre capacité exceptionnelle de communier dans un commun vouloir de vie commune.

« Par ses réformateurs religieux et politique», disait-il, « comme par ses écrivains et artistes, véritablement le Sénégal a été et reste un des levains de l’Afrique. »

« De Blaise Diagne à Mamadou Dia, de Malick SY et Cheikh Ahmadou Bamba à Amadou Dème et Joseph Faye, de Bakary Diallo à David Diop » d’éminents sénégalais ont jalonné la voie africaine de la libération.
Aujourd’hui, cette voie passe par un discours politique de responsabilité de la part des divers acteurs.

Voilà pourquoi, à l’occasion dans cette crise internationale, le Président Macky SALL s’est hissé véritablement à la hauteur de cette grandeur qu’appelait de ses vœux Léopold Sédar Senghor.

Accuser Macky SALL de faire la promotion de Charlie Hebdo est irresponsable et léger, et révèle malheureusement une vraie carence dans le débat public de notre pays.

Parmi ceux qui se sont prononcé sur le dossier, rares se sont inquiété de l’étonnante passivité de nos États face au drame qui frappait le nord Nigéria. Nul parmi eux n’a tenté d’évaluer l’action du Gouvernement dans ses mesures pour épargner notre pays de la menace terroriste à nos portes. Non !!! Rien de tout cela…

La critique incroyablement fallacieuse et légère portée par les détracteurs de Macky SALL, s’est borné à affirmer que le Président de la République soutient ce journal français islamophobe au motif qu’il aurait participé à ce grand rassemblement contre le terrorisme et l’intolérance.

Compte tenu de la gravité de la crise, le Sénégal méritait véritablement une meilleure implication de ses élites.

Pape Mahawa DIOUF
Alliance pour la République (APR)
CCR/YOFF






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