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L’avenir de l’Afrique, la diaspora intellectuelle interpellée, de Ferdinand Mayega

Ces dernières années, le flux migratoire des Africains vers l’Europe ne cesse d’augmenter. En effet, pour des raisons multiples et variées, ils partent vers de nouveaux horizons, s’installent sous d’autres cieux. D’ailleurs, cette situation très préoccupante, qui n’est évidemment pas sans conséquences, fait l’objet de vigoureux débats.


Par Ghislaine Sathoud


Rédigé par leral.net le Vendredi 2 Juillet 2010 à 17:32 | | 1 commentaire(s)|

L’avenir de l’Afrique, la diaspora intellectuelle interpellée, de Ferdinand Mayega
Comment cette diaspora disséminée partout dans le monde peut-elle contribuer au développement du continent africain ? En tout cas, des observateurs aguerris soutiennent qu’elle doit s’impliquer activement et efficacement dans la mise en œuvre de stratégies gagnantes pour l’Afrique.
Ferdinand Mayega apporte sa contribution à cette réflexion : le journaliste vient de publier un ouvrage intitulé L’avenir de l’Afrique, la diaspora intellectuelle interpellée.
Entretien.


1- Cette année plusieurs pays africains célèbrent le cinquantenaire de leur indépendance. Selon vous, « le développement semble s’éloigner de l’Afrique au fur et à mesure que les années passent », comment expliquez cette situation complètement paradoxale?

Les 50 années d’indépendance des 17 pays africains sont marquées davantage par un recul qu’une avancée significative vers le développement. En effet, les indicateurs fiables du progrès dans de nombreux pays africains sont au rouge. Sur le plan socioéconomique, les États africains sont caractérisés essentiellement par un dualisme social profond qui divise la société en deux camps : un camp de citoyens riches et peu nombreux et une masse d’individus pauvres dont le niveau de vie continue de baisser.
Cette fracture sociale alarmante dans les États africains est provoquée par une mauvaise redistribution des fruits de la croissance. C’est la raison pour laquelle le coefficient de Gini, l’indicateur sommaire des inégalités dans la redistribution des revenus tendrait généralement vers 1. Preuve que les revenus sont concentrés entre les mains de quelques personnes à la tête de l’État ou proche du pouvoir en place. La corruption devenue systémique et endémique coûte annuellement au moins 150 milliards de dollars à l’Afrique. Cette corruption est à l’origine d’une perte de plus de 40% des recettes fiscales. Cette gangrène fausse les incitations, sape les institutions et redistribue la richesse et le pouvoir à ceux qui ne les méritent pas. Elle porte préjudice au droit de propriété, à l’état de droit et aux incitations à investir.
Sur le plan politique, nous assistons à la républicalisation de l’État traditionnel. Cette républicalisation de l’État traditionnel s’observe par le renouvellement des régimes despotiques devenus subitement des « démocratures monarchiques ». Il s’agit des régimes autoritaires moins ouverts mais plus subtils utilisant certains éléments de la démocratie avec la particularité que les successeurs sont les fils de ces chefs d’État. C’est le cas dans quelques pays francophones. D’autres chefs d’État se préparent à passer le témoin aux enfants pour éviter de répondre de leurs actes après la mauvaise gouvernance du pays pendant les années au pouvoir. Voilà globalement à quoi ressemblent les noces d’or de nos États. Par contre, sous d’autres cieux, nous avons assisté à un progrès spectaculaire et à la prospérité des citoyens. En moins de cinq décennies, le Québec est sorti de sa situation de société rurale pour entrer dans le peloton de tête des sociétés industrielles prospères et de s’y maintenir. Ce développement a été possible grâce à un grand homme politique comme Jean Lesage dont le slogan était simple : « Maîtres chez nous ». C’était, d’après l’homme d’État, le temps que ça change. Et les choses ont bien changé en quelques décennies. Grâce à la politique de réforme et d’ouverture instituée en 1978 par le patriarche Deng Xiaoping, la Chine est devenue la troisième puissance économique du monde et la future superpuissance. La ville de Mumbai en Inde est l’un des hauts lieux du monde de l’économie du savoir. Cette économie de la matière grise, notamment en informatique est au cœur de la pyramide de prospérité de ce pays pour reprendre l’expression de l’économiste américain Lester Thurow du MIT. Dès lors, vous comprenez bien pourquoi je m’interroge sur le recul de l’Afrique et l’avancée des nouveaux pays en émergence d’Asie ou d’Amérique latine à l’exemple du Brésil.

2- L’Afrique est un continent riche en matières premières. Cependant, des voix s’élèvent pour affirmer que ces minerais attisent la convoitise, mais surtout, qu’ils sont à l’origine de bien des maux qui minent le continent. Qu’en pensez-vous?

Vous avez partiellement raison. C’est vrai que les minerais attisent la convoitise du monde occidental. Cette situation ne date pas d’aujourd’hui. Certains écrivains européens ont également encouragé l’exploitation des richesses africaines par les États occidentaux pour la prospérité des citoyens de ces pays.
L’écrivain français Victor Hugo déclarait le 18 mai 1879 en présence de Victor Schoelcher, l’instigateur du décret de 1848 abolissant l’esclavage : « Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Prenez-là, non pour le canon, mais pour la charrue; non pour le sabre, mais pour le commerce; non pour la bataille, mais pour l’industrie; non pour la conquête, mais pour la fraternité. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites! Faites des routes, faites des ports, faites des villes; croissez, cultivez, colonisez, multipliez. » À travers la déclaration controversée de cet écrivain panthéonisé que de nombreux Africains continuent de célébrer autant que les Français, on se rend compte que certains Occidentaux pensent que l’Afrique est un champ d’exploitation des richesses du sous-sol. Victor Hugo pense que la providence y est pour quelque chose. Est-ce pourquoi quatre siècles avant, soit le 8 janvier 1454, le Pape Nicolas V avait demandé au roi du Portugal d’envoyer des gens civilisés les sarrasins, les Noirs d’Afrique, des fausses religions qui existaient sur le continent? Le christianisme n’avait-il pas d’autres motivations lorsqu’on sait que cette religion a été également un puissant ferment de la culture occidentale et sa domination sur les autres peuples?
Au delà de la convoitise de ces minerais, il est important de souligner que certains dirigeants au pouvoir ne manifestent pas la volonté d’impulser le développement de nos États par des actions superbes et la bonne gouvernance. Dès lors, il sera difficile de sortir du cercle vicieux du sous-développement. Ensuite, si les pays africains ne sortent pas de l’économie des matières premières pour amorcer une réelle mutation de l’économie fondée sur la transformation de ces minerais en produits finis, la convoitise de nos richesses va se poursuive. Ceux qui sont au pouvoir ou veulent accéder à la magistrature suprême doivent prouver leur patriotisme. Sinon, ceux qui convoitent ces minerais trouveront les moyens d’alimenter la division grâce aux machines de guerre pour exploiter le trésor précieux au progrès de l’Afrique. La classe politique africaine doit faire sauter les murs de l’incompréhension à causes des intérêts égoïstes pour se soucier prioritairement du peuple dont-elle a la charge.

3-Vous parlez d’une nouvelle théorie des relations Nord-Sud. Comment, concrètement, tout cela fonctionne ?

Ma nouvelle théorie des relations Nord-Sud est le fruit d’une étude menée entre 1995-1996 sur mon chat qui s’appelait Soleil. Il s’agissait d’un travail d’expérimentation en deux phases de 6 mois chacune. J’étais un jeune adulte curieux d’environ 20 ans et déjà profondément intéressé à la recherche en économie du développement pour expliquer la problématique du sous-développement de l’Afrique et le piège de l’aide, En 1998, j’avais sollicité l’éminent économiste français Patrick Guillaumont pour préfacer mon livre sur le résultat de cette recherche. Ce dernier était le directeur du Centre d’études et de recherches pour le développement international (CERDI) de l’université d’Auvergne à Clermont Ferrand. Il est important de souligner que le CERDI est une unité de recherche du CNRS basée dans cette université. Cette étude visait à mieux comprendre l’impact de l’aide à la dépendance de l’Afrique et son maintien dans le sous-développement. Il fallait soumettre ce chat à une série d’expériences. Il était essentiellement question de respecter un régime alimentaire de quatre repas plantureux de même poids au quotidien pour Soleil. Chaque repas servi à un endroit bien indiqué de la maison était constitué de 5 poissons frais que le félin devait manger pendant des heures précises. Une horloge murale servait pour respecter l’heure de chaque repas. Cette étude a abouti à ce que j’ai appelé le paradoxe du chat aux bons soins. Grâce aux résultats étonnants de cette étude et en fonction de certains facteurs entrant dans l’analyse de ce travail de recherche, je me suis rendu compte que dans le cadre des relations Nord-Sud, il existait trois catégories de pays industrialisés en fonction des relations plus ou moins saines avec les pays du Sud, surtout en Afrique. Il s’agit des pays industrialisés désindustrialisants, des pays industrialisés industrialisants et des pays industrialisés d’ambivalence ou d’ambiguïté. Bref, il serait davantage nécessaire de lire cette étude pour comprendre cette nouvelle catégorisation des pays industrialisés dans les relations Nord-Sud.

4- L’élection de Barack Obama, un fils du continent, à la Maison Blanche, peut-elle vraiment aider l’Afrique à « sortir du labyrinthe de la néguentropie ?»

L’élection de Barack Obama vient aider à déconstruire les thèses de certains européocentristes à l’exemple de Gobineau. Ce dernier s’est appuyé sur l’anthropologie physique comme fondement scientifique de l’inégalité des races. L’élection de cet Africain-Américain à la tête de l’unique superpuissance mondiale est la preuve que la détermination et la volonté sont essentielles dans la réussite. La couleur de la peau du Noir ne doit pas être une excuse ou un frein pour atteindre les sphères les plus élevées. L’élection d’Obama vient également prouver que le Noir n’est pas congénitalement réfractaire à tout ce qui est rationnel, scientifique ou relève du progrès des nations. L’Africain n’est pas frappé par le calvaire de l’histoire qui maintient le continent à jouer un rôle secondaire dans la marche des affaires du monde. L’élection de ce fils d’Afrique à la plus haute marche du podium présidentiel des États du monde donne la leçon aux Africains que l’impossible peut être possible si on veut atteindre les objectifs fixés.

5- Pourquoi interpellez-vous la diaspora africaine ?

J’interpelle la diaspora parce qu’elle peut jouer un rôle de lubrifiant dans le développement de l’Afrique. Vous savez, le mot diaspora dérive du grec « sporo » qui signifie la graine et « speira » c’est-à-dire semer. La diaspora africaine peut jouer le même rôle que la diaspora juive, chinoise et indienne dans le développement spectaculaire de l’Israél, la Chine et l’Inde. Vous comprenez donc la nécessité pour la classe dirigeante au pouvoir d’associer résolument sa diaspora intellectuelle au défi du développement. Ce défi passe par la science et la technologie, la Recherche& Développement, etc. C’est ce défi qui va faire émerger la nouvelle économie en Afrique. Tout ce challenge doit se faire dans un environnement propice au progrès et aux débats d’idées en associant les universitaires et chercheurs vivant en Afrique. Il peut s’agir de créer des masses critiques, des regroupements ou des pôles d’excellence pour le décollage de l’Afrique.

6- Vous mentionnez les remarquables contributions des diasporas chinoise et indienne dans leurs pays respectifs. Qu’attendez-vous de la diaspora africaine?

Je propose à la diaspora africaine de tourner toujours son regard sur l’Afrique. Ce continent a besoin de son soutien pour construire une société de paix et de prospérité. Seulement, la classe politique au pouvoir à le devoir de créer les conditions nécessaires pour faire la science et la recherche et favoriser le retour massif de sa diaspora ou son implication majeure dans le processus du développement.

7-Vous publiez dans votre ouvrage des entretiens avec différentes personnalités sur des thèmes précis, pouvez-vous nous en parler brièvement?

Le Pr. Omar Aktouf dénonce le capitalisme triomphant de notre époque dont l’enrichissement dans les pays du Nord s’accompagne de l’appauvrissement des pays Africains et propose un capitalisme à visage humain. Le Pr. François Durpaire pense que l’arrivée de Barack Obama doit interpeller les Africains aussi bien du terroir que de la diaspora de la possibilité de réussir là où tout semble impossible. Quant au Pr. Gilbert Doho, la jeunesse estudiantine africaine a joué un rôle dans le processus démocratique irréversible en Afrique et constitue l’espoir pour un monde meilleur grâce à l’éducation. Pour le Pr. Ziou, le développement en Afrique sera impulsé par le peuple qui est la force motrice et non les dirigeants qui ont échoué. Le Pr. Samuel Pierre affirme que le salut de l’Afrique repose sur la science et la technologie et son développement requiert l’utilisation de l’expertise africaine et non des coopérants généralement moins qualifiés travaillant en Afrique. En ce qui concerne le Pr. Ali Assani, l’Afrique a la chance d’avoir toutes les richesses nécessaires pour son essor, Il prend l’exemple du bassin du Congo, deuxième poumon forestier du monde derrière l’Amazonie sans oublier toutes les richesses qui s’y trouvent. Ce dernier affirme que les Africains doivent radicalement changer de mentalité pour faciliter l’amorce du progrès. Quant à Lamine Touré, il insiste sur l’importance de la culture dans le développement et s’étonne du peu d’intérêt de la classe dirigeante africaine. Le Dr Marcel Massimb décortique la crise financière et ses conséquences sur l’Afrique et analyse les conséquences de la corruption dans les économies des États. Cet ancien élève de 6 lauréats américains du prix Nobel d’économie à l’université de Chicago analyse aussi la question de la monnaie comme instrument de souveraineté d’un État. Le roboticien Emmanuel Bisse, pour sa part , affirme mordicus que le transfert de technologie s’est déjà effectué. Pour ce chercheur du centre de recherche de Siemens à Princeton dans le New Jersey, les Africains ont le savoir et le savoir-faire et attendent uniquement un environnement propice balisé par l’élite au pouvoir pour transférer ces connaissances. C’est exactement ce que pense l’informaticien Alain Anyouzoa qui travaille au siège de Microsoft. Pour ce spécialiste de l’intelligence artificielle, le malheur de l’Afrique s’est aussi d’avoir des dirigeants entourés des universitaires qui pensent davantage à leur enrichissement personnel qu’à sortir les États de la pauvreté donc du sous-développement. Et enfin, le Dr. Jean-Baptiste Sourou qui enseigne à l’université Grégorienne de Rome invite à construire la paix qui est un préalable au développement durable et humain intégral de l’Afrique. Ce dernier pense que la paix permettra de mieux contrôler nos richesses convoitées par les autres peuples du monde pour leur prospérité.



Ferdinand Mayega, journaliste originaire du Cameroun, réside au Québec. Il s’intéresse à la problématique du développement de l’Afrique. En 2007, il a reçu la mention honorable du Prix International pour l’Excellence en Journalisme de l’Union Catholique Internationale de la Presse (UCIP) dont le siège est à Genève en Suisse. Ce Prix récompensait des reportages faits au Bénin, entre autres, sur le processus de démocratisation de ce pays, les souvenirs de l’esclavage et de la traire négrière à Ouidah, cité balnéaire, historique et lieu du souvenir tragique du contact entre l’Afrique et l’Europe.



1.Posté par uggs le 19/08/2010 00:56 | Alerter
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un diciple de serigne Touba moi je pensais que serait plus juste que tu apprendrais la science islamique en passant par les ecrits de Borom Touba les KHASSAIDES .tu auras plus á gagner car ton pére

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