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L'histoire de la rivalité entre Abdoul Mbaye et Mimi Touré

Par médias interposés, les deux anciens Premiers ministres, Abdoul Mbaye et Mimi Touré, se sont livrés à un combat de chiffonniers sur la place publique. Avec des sorties de l’un comme de l’autre, qui cachent une sourde rivalité entre ces deux personnalités.


Rédigé par leral.net le Jeudi 6 Novembre 2014 à 17:20 | | 1 commentaire(s)|

L'histoire de la rivalité entre Abdoul Mbaye et Mimi Touré
Il aurait fallu un arbitre d’honneur pour régler le duel entre les deux anciens Premiers ministres, Mimi Touré et Abdoul Mbaye. L’un est banquier, l’autre est fonctionnaire international. Aminata Touré a servi comme garde des Sceaux sous les ordres du Premier ministre Abdoul Mbaye dans le gouvernement Macky 1, de 2012 à 2013. Mais la cadence du gouvernement du fils de feu Kéba Mbaye avait du mal à convaincre. Le 1er septembre 2013, Aminata Touré est portée à la Primature pour «accélérer la cadence». Surtout que certains esprits chagrins qui siégeaient en Conseil des ministres ont étalé sur la place publique sénégalaise, sans en donner l’air, des infos sur une sourde rivalité entre les deux anciens Premiers ministres. «Ils ne s’entendaient pas, ils essaient de faire bonne figure en conseil des ministres, mais ils se détestent», souffle un ministre. En écho, un autre renchérit : «Les rapports n’ont jamais été faciles. Ils n’ont jamais été amis. Le dossier Habré a exacerbé les choses. Sur cette affaire, il y a eu des tensions, Abdoul Mbaye étant impliqué d’une manière ou d’une autre.»

«Abdoul Mbaye et Mimi Touré n’ont jamais été des amis»

Mimi Touré, femme de cran, bûcheuse qui connaît tout de ses dossiers, est mise en lumière par la traque des biens mal acquis, qu’elle pilote en toute rigueur, mais avec courage et excès de zèle. Elle fait la Une des journaux, hante les studios de radio et télé et éclipse son Premier ministre Abdoul Mbaye. Surtout que ce «fils de… » est accusé par une bonne frange de la population de s’être déconnecté des réalités sénégalaises. Comme l’atteste sa visite du 4 mai 2013 dans les zones inondées de Dakar où il lui a été reproché de zapper, sans raison, Djeddah Thiaroye Kao, Médina Gounass, Diamaguène Sicap Mbao, Yeumbeul Nord et Sud… En plus, la chronique locale n’a jamais compris la froideur de leurs relations au moment de leur passation de service. L’on a dit qu’elle a été brève, froide, distante : juste une poignée de mains sans chaleur. Certaines gorges profondes estiment par ailleurs que l’ancien Premier ministre n’a jamais apprécié la coquetterie de Mimi et son penchant guerrier. Sauf qu’il ne l’a jamais dit.

Le Procès Habré a envenimé leurs relations

Au faîte de sa gloire, en réunion du Conseil des ministres, le Premier ministre Abdoul Mbaye n’a jamais évoqué la difficulté de la tenue du procès Habré. Mais, dépossédé de ses attributs de Premier ministre, il s’est précipité à la très courue émission Grand Jury de la Rfm, pour lâcher une bombe à déflagration qui a ricoché à la villa résidentielle de l’ancien garde des Sceaux. «C’est un procès risqué sans doute pour ceux qui l’ont souhaité et peut-être aussi pour ceux qui l’ont organisé», a-t-il affirmé. Une sortie qui en a laissé pantois plus d’un. L’ancien Premier ministre Mimi Touré, connue pour son franc-parler légendaire, ne s’est pas gênée dans une interview accordée à L’Obs pour tacler son supérieur de naguère. «Je ne l’ai jamais entendu le dire en Conseil des ministres, il était quand même Premier ministre quand j’étais ministre de la Justice. L’organisation du Procès, c’est la décision du président de la République, le ministre de la Justice ne peut pas se lever et organiser un procès aussi important sans l’instruction du président de la République. Il faut que les gens aient le courage de ce qu’ils disent. C’est la décision politique du président de la République et l’instruction m’en a été donnée… quand on a des divergences, on les exprime publiquement, on n’attend pas plusieurs mois pour dire qu’on n’était pas d’accord», freine Mimi.

Abdoul Mbaye a dû sursauter de son moelleux fauteuil, lui le polygame qui subit les foudres d’une femme. Vexé par la sortie de la «Dame de fer», Abdoul Mbaye, qui a occupé toute la semaine les médias par le lancement de son club Travail et Vertu, accordant des entretiens dans plusieurs quotidiens de la place, invité d’émissions comme Grand Jury, revient dans une interview ciblée dans des quotidiens pour répondre à Aminata Touré. «Ce que je constate, c’est que le procédé (de Mimi Touré) n’est pas élégant. Il consiste à fabriquer du mensonge, à le mettre dans ma bouche, à dire ce qu’on veut en dire en se présentant comme procureur. Non, je n’ai jamais dit que nous n’aurions pas dû organiser le procès Habré. C’est totalement faux!… Les victimes, les organisations des droits de l’Homme, la communauté internationale, tout le monde se soucie d’un procès équitable. Un procès équitable qui ne vise pas seulement le Président Habré, mais le ou les responsables des crimes qui ont été commis durant le règne de Hissène Habré à la tête du Tchad, constate l’ancien Premier ministre, dès qu’on commence à saucissonner, à considérer que certains doivent être jugés au Tchad et d’autres par les chambres africaines extraordinaires, il se pose un réel problème. C’est pourquoi j’ai dit que c’est un procès à risque.»

Soit. Mais l’on a frôlé l’estocade verbale, visité les caniveaux, l’on s’est querellé comme à la borne fontaine entre ces deux anciens Premiers ministres. Et loin de se laisser intimider, Aminata Touré a encore dégainé sans sommation sur son prédécesseur. «L’organisation du Procès Habré, décidé par le Président Macky Sall pour le compte de l’Union africaine, est saluée par tous les militants des droits humains et tous ceux qui luttent contre l’impunité. L’évocation des fonds du trésor tchadien semble faire perdre son sang-froid à M. le Premier ministre Abdoul Mbaye. Et il faudra bien qu’il réponde sereinement lorsque la justice lui posera la question sur ce qu’il est advenu de ces milliards, lui qui fut le banquier attitré de Hissène Habré», enfonce Mimi Touré. Comme si elle n’était pas prête à lâcher du lest ou à lever le drapeau blanc face à M. Mbaye, qui compte économiser son temps face aux déclarations guerrières de son successeur. L’arbitre d’honneur de ce duel de «saigneurs» aura encore du mal à trancher…

L'Observateur






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