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LA PRESSE, LES MEDIAS ET LE POUVOIR : DE LA LIBERTE D’EXPRESSION AU SENEGAL.

Je voudrais, prendre le prétexte de deux reportages-propagandes passés au journal de 20 heures de la RTS (le 11 ou 12 septembre 2008) comme base de réflexion pour analyser le rapport que le pouvoir en place au Sénégal entretient avec la presse et les médias en général.

Le premier de ces reportages était à l’occasion de la visite de travail du Président Abdoulaye Wade en France (le 09 septembre ), visite au cours de la laquelle il a été reçu en séance de travail à l’Elysée. Ce qui m’intéresse ici, ce sont les propos qu’il a tenu à l’endroit de la presse à sa sortie…dans le même journal, le deuxième reportage est consacré à la visite du Président Wade aux populations victimes des inondations dans les quartiers périphériques de Dakar.


Rédigé par leral.net le Samedi 18 Octobre 2008 à 13:37 | | 1 commentaire(s)|

LA PRESSE, LES MEDIAS ET LE POUVOIR : DE LA LIBERTE D’EXPRESSION AU SENEGAL.
Je crois que ces deux exemples sont assez symptomatiques des relations entre la presse, les médias et le pouvoir au sénégal. Après avoir vu ces images, on ne sait si on doit en rire ou en pleurer. Personnellement, j’ai pris le parti d’en rire d’abord, ensuite, d’en pleurer. C’est la raison pour laquelle la présentation que je vais vous faire de ces deux reportages peut parfois prêter à sourire même si réalité est moins drôle. Et je tiens par avance, à m’excuser auprès des lecteurs ou lectrices qui seraient « choqués » par la méthode : ce n’était pas mon objectif.



Les deux reportages en question : pour le premier reportage, avec la visite de Wade à l’Elysée, arrêtons-nous d’abord à ce complexe de nos Présidents africains face aux Présidents occidentaux : Quand ils viennent en visite en Afrique, nos Présidents leur déroulent le tapis rouge, on boucle toutes les routes de nos capitales, nos pays vivent au ralenti pendant toute la durée de leur visite, on se plie à leurs moindres caprices (Président Bush à Gorée, il y a quelques années), on rameute des cars entiers de personnes qui crient leurs noms à s’en décrocher la mâchoire ou les applaudissent des mains à en faire sortir des étincelles… mais quand il s’agit de nos chers Présidents africains qui vont en visite officielle chez eux, ils passent inaperçus : c’est à peine si on les reçoit mieux que les ambassadeurs.

C’est ainsi que le Président Wade, s’est retrouvé très seul ce jour-là sur le perron de l’Elysée lors de sa visite officielle quand il a fait ses déclarations sur la presse ; non content d’être aussi simplement reçu par son homologue français, il prolonge de lui-même son l’humiliation sur les marches du palais de L’Elysée.

La RTS, nous montre alors notre Président sur le perron de l’Elysée dans une solitude diplomatiquement offensante pour n’importe quel autre chef d’Etat mais cela ne gêne pas maître Wade outre mesure : tant qu’on lui tend des micros….

Concernant ses déclarations d’une banalité affligeante, comme à son habitude, Wade ramène tout à sa propre personne. Sur ses rapports avec la presse sénégalaise : en résumé, le Président Wade ne peut être contre la presse car c’est grâce au travail de celle-ci qu’il a remporté les élections présidentielles en 2000 même si c’est vrai dans le fond, la presse a fait son travail non pas pour lui faire plaisir ( n’en déplaise à maître Wade !) mais pour faire avancer la démocratie, en faisant respecter le choix des électeurs.

Le caméraman du reportage, peut être aussi ennuyé en tournant cette séquence que nous en la regardant, nous montre les colonnes du Palais de l’Elysée, faute de pouvoir filmer les lambris dorés de l’intérieur. Il se paye même le luxe de gros plans sur les visages des gardes français postés juste devant l’Elysée. Ces gardes qui d’habitude si impassibles, se retrouvent malgré eux, figurants dans cette parodie de déclaration de presse et semblent se demander combien de temps va encore durer cette comédie. Le message que délivrai alors notre cher Président est absolument à l’image du reportage : tout sur l’image et la forme (perron du palais de l’Elysée, gardes français en arrière plan…) mais rien dans le fond. Nous aurions aimé entendre le Président sur le fond du problème : la liberté de la presse et cette loi liberticide qu’est l’atteinte à la sûreté et à la sécurité de l’Etat. Sous couvert de cette loi aux contours bien flous, le Ministre de l’intérieur ferme des radios privées, arrête des journalistes dont le seul tort est de dénoncer les dérives du pouvoir en place.

Elle est où la liberté d’expression, elle est où la démocratie, elle est où l’Etat de droit ?

Concernant le second reportage, c’est à l’occasion des déplacements du Président Wade pour visiter les quartiers sinistrés lors des récentes inondations à Dakar. La scène pourrait prêter à sourire si les circonstances n’étaient pas si dramatiques ; je compatis avec les personnes qui en sont encore victimes, cette situation est tragique et insupportable. Mais j’ai des doutes concernant l’objectivité du reportage et l’authenticité des personnes interviewées.

Jugez-en par vous-même : premières images sur un immense plan d’eau, on se croirait au beau milieu d’un lac alors qu’on est encore dans la capitale sénégalaise tout au moins dans sa périphérie. Au loin arrive une grosse voiture type 4x4 noire de marque américaine et semblant défier les lois de la physique, cette grosse voiture surnage au-dessus de l’eau et on se demande encore par quel miracle technologique, elle avance dans l’eau.

Un petit groupe de personnes attend cette voiture et applaudit sans qu’on sache si c’est pour saluer maître Wade qui est comme vous l’avez deviné dans cette grosse voiture ou si c’est pour saluer la prouesse technologique de cette voiture amphibie ! Et le meilleur reste à venir : Quand la voiture « débarque » enfin maître Wade, il sort les deux bras en l’air pour célébrer on se sait quelle victoire. Retour de l’image sur les personnes qui applaudissaient et interviews à la chaîne. Un à une, ces personnes, de l’eau jusqu’aux cuisses mais le sourire jusqu’aux oreilles, prennent le micro et nous expliquent de tout va bien, que le gouvernement a pompé l’eau alors qu’on voit encore le « lac » en arrière plan, qu’ils remercient le Président de la République !

Aucune voix discordante, aucune critique, rien à part la tentative d’une femme qui se plaint que les populations sont fatiguées… mais on ne la laisse pas finir, on tend le micro à quelqu’un d’autre. Ce qui me choque profondément car on ne laisse plus aux populations qui souffrent en silence la possibilité de s’exprimer à la RTS de peur qu’ils ne pointent du doigt les responsabilités du gouvernement.

Le gouvernement n’est certes pas responsable des fortes pluies, mais sa responsabilité est engagée quand il a fait de zones à fort risque d’inondation des lotissements habitables ; sa responsabilité est engagée quand il s’agit de prendre en charge les conséquences de ces inondations. Le gouvernement nous a assez amusés avec ses plans (Jaxay entre autre) qui se succèdent en engloutissant des milliards sans aucune concrétisation.

Quant à la RTS qui a réalisé ce reportage-propagande, elle insulte manifestement notre intelligence. C’est bien connu que cette chaîne est une télé d’Etat où on célèbre chaque soir la messe cathodique du Président Wade d’un bout à l’autre du journal mais la décence aurait voulu un peu plus de respect pour les populations victimes des inondations. La RTS n’hésite même pas à instrumentaliser cette situation dramatique uniquement pour mettre à l’honneur notre Président. Voilà la RTS au service de Wade : le détournement de la télévision publique des ses vraies misions d’information, d’éducation et de divertissement pour la mettre au service de l’égo surdimensionné d’un seul homme.

Comparé à certains pays, me diront certains, le Sénégal n’est quand même pas si mal loti en matière de liberté de la presse. Je me réjouis d’ailleurs de ne pas être citoyen d’une de ces dictatures ( ce qui me permet d’user de ma liberté d’expression en ce moment ) Cependant, cet argument ne me paraît pas recevable pour une simple raison: ces pays ne sont pas une référence en matière de démocratie et de liberté d’expression et quand on veut progresser, on ne règle pas son pas sur celui qui a du retard.




Le problème avec Maître Wade, c’est qu’il ne conçoit la liberté de la presse que si elle est libre de chanter ses louanges du matin au soir quitte à lui inventer une ascendance royale or « sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloges flatteurs » (Beaumarchais).

Si le Sénégal veut progresser dans la démocratie, la liberté d’expression de la presse et des médias doit être une réalité : car c’est cette liberté qui garanti notre propre liberté de citoyen. C’est la raison pour laquelle nous devons être très vigilants sur les rapports que le pouvoir en place entretien avec la presse et les médias car l’histoire nous enseigne que les régimes dictatoriaux commencent toujours par museler la presse en considérant les journalistes indépendants comme des dissidents avant de remettre en cause les libertés fondamentales.

Et c’est justement ce que le régime de Wade est entrain de faire en ce moment. En considérant certains journalistes assez critiques comme des opposants politiques, ce régime les expose à la violence car cette requalification place les journalistes au même niveau que les opposants politique et fais passer la violence à leur égard comme faisant partie du champ d’affrontement entre gouvernants et opposants pour la conquête du pouvoir.

Et l’opinion ne doit pas s’y méprendre : dans une démocratie, le rôle des médias et de la presse n’est ni d’être parties prenantes dans cet affrontement entre gouvernants et opposants, ni même d’en être les arbitres mais de veiller à ce qu’elle se fasse dans les règles de l’art démocratique et d’en rendre compte aussi fidèlement que possible au peuple, qui en dernière instance, arbitre cet affrontement. C’est pourquoi, la liberté de la presse est garante de notre liberté de citoyens : la liberté de la presse est garante de notre liberté d’expression. Elle nous protége, nous citoyens de l’arbitraire du pouvoir. Mais elle protége aussi les gouvernants de leurs passions, des dérives du pouvoir, des dérapages… et aujourd’hui plus que jamais, le régime de Wade a besoin d’être protégé contre ses dérives.

Le régime de Wade a commencé à s’attaquer à ce verrou démocratique par le biais d’un ministre que je ne nommerai pas ici. Même si ce ministre a été remercié depuis et qu’il est sorti d’un gouvernement, dans le lequel il n’aurait jamais dû entrer, il n’en demeure pas moins que les faits dont il est accusé sont graves et ne relèvent pas simplement de faits isolés d’un ministre - chargé de propagande trop zélé.

Cet exemple est assez révélateur de l’argument que je viens d’avancer : en traitant certains journalistes comme des opposants politiques, le Président Wade les désigne à la vindicte populaire et n’importe quel militant trop zélé – même un ministre de l’artisanat et des transports aériens, retrouve des réflexes d’homme de main car c’est un appel à la violence. C’est pourquoi les violences contre la presse sont à dénoncer ; qu’elle soient gratuites ou légalisées par le biais de mascarades de procès. La « voyoucratie » ne doit pas prospérer au sénégal.

Par ailleurs, le seul système de défense de cet ex-ministre est qu’il est attaché à la famille de Wade et qu’il le protégera envers et contre tous. Un tel dévouement politique est assez touchant mais il se trompe de combat : s’il veut protéger le Président Wade contre quelqu’un, il faut qu’il le protége contre lui-même.








1.Posté par mariama le 18/10/2008 20:01 | Alerter
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loved this article.. non signé par ailleurs?? (peur des represailles?)
je suis moi même étudiante en journalisme et j'ai très peur de ce qui m'attend à mon retour au sénégal. mais notre travail et de contribuer à la démocratie. je tenterai de l'accomplir aussi dignement que possible.

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