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La CEDEAO serait elle frappée de schizophrénie ?

La CEDEAO a, de fait, opéré un basculement dans sa mission originelle qui est de promouvoir l’intégration économique à travers, principalement, la création d’un marché commun. Cependant, l’Organisation s’est plus tôt engagée dans la gestion et le règlement des conflits, mission qui la réussit moins; si véritablement elle la réussit.


Rédigé par leral.net le Lundi 28 Octobre 2013 à 11:57 | | 0 commentaire(s)|

La CEDEAO serait elle frappée de schizophrénie ?
Les appels d’interventions occidentales d’ordre humanitaire et/ou militaire sont quasi systématiques devant l’incapacité multidimensionnelle de la CEDEAO à apporter des réponses efficaces, d’une part, et de l’indécision et du jeu des acteurs notamment des Chefs d’Etat, d’autre part. Ainsi en va-t-il de la situation de turbulence quasi insurrectionnelle qui prévaut dans l’espace communautaire à travers la fréquence des plages d’instabilité et d’insécurité, dans toute leur complexité, leur ampleur et leur prégnance (changements inconstitutionnel de pouvoir, terrorisme et criminalité transnationale organisée, guerres civiles, crises pré et/ou post électoraux, bafouements des droits et libertés fondamentaux, pourtant constitutionnellement consacrés. etc).

Le taux de prévalence des médiations, résolutions, protocoles additionnels, recommandations et communiqués pris sur des questions de paix, de sécurité et d’élection est remarquable eu égard à leur inefficacité à instaurer ou à consolider la gouvernance démocratique et celle politique de même que la stabilité et la sécurité. Les erreurs tactiques et stratégiques de l’Organisation dans les processus de gestion et de règlement des conflits et crises affectent considérablement sa capacité de prise en charge et impacte négativement sur sa crédibilité. De même, les très rares cas de succès enregistrés dans ce domaine sont plus redevables aux mandataires (médiateurs) qu’au mandat (CEDEAO), du fait principalement de leur notoriété et de leur leadership. Ainsi, la gestion et le règlement des conflits sont plutôt personnalisés et personnifiés qu’institutionnels. Les instruments et mécanismes de prévention et de gestion sont presque inopérants.

Même si le besoin de vivre à l’abri de la peur (questions de paix et de sécurité) est l’une des préoccupations premières des peuples et des Etats en Afrique de l’Ouest; et qu’il est fondamentalement en interconnexion avec la mission initiale de la CEDEAO (vivre à l’abri du besoin à travers l’intégration économique), il n’en reste pas moins que ce dévouement dans sa lettre de mission constitue un fourvoiement grave de l’Organisation par rapport à son prime mandat.

Le Sommet extraordinaire de Dakar entérine le Tarif Extérieur Commun (TEC) dans l’espace et permet à l’Organisation de recentrer ses missions et objectifs, l’impulsion de l’intégration économique. Les Chefs d’Etat et de gouvernement ont examiné le mémorandum du président de la Commission de la CEDEAO sur la consolidation du marché régional (TEC/APE/PCI) ainsi que le rapport de la dernière session extraordinaire du Conseil des ministres. En effet, tenue à Abidjan en septembre 2013, la dernière session extraordinaire était l’occasion pour les ministres de formuler, à l’intention des chefs d’Etat, une série de recommandations portant notamment sur la coopération monétaire régionale, les négociations des APE entre l'Afrique de l'Ouest et l'Union européenne ainsi que le Tarif Extérieur Commun (TEC).

L’adoption du TEC vient d’achever les décisions prises lors du sommet d'Abuja en juillet 2013 et qui portaient sur l'accélération du processus d'intégration communautaire à travers la réalisation d'infrastructures énergétiques et routières. Le TEC va substantiellement modifier la nomenclature des droits et obligations des pays de l’espace. En effet, il permettra à l’Organisation de la CEDEAO d’être reconnue par l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) comme une union douanière et la repositionnera ainsi dans le concert des grands ensembles, en ce qui concerne les échanges internationaux. De même, elle constitue un pas nodal dans le processus d’intégration des marchés et celle monétaire sachant que sur les 15 pays membres de la CEDEAO, il existe huit (8) monnaies différentes.

Cependant, même si on est à l’heure des « grands ensembles », la relative superposition des deux espaces (UEMOA/CEDEAO) est très problématique et entraine des conflits de compétence négatifs. Ce qui, vraisemblablement, a dû entrainer, en partie, les errements de la CEDEAO par rapport à sa mission initiale, d’une part, et explique l’entente tacite des deux Organisations communautaires (CEDEAO/UEMOA) de se charger respectivement des intégrations politique et économique, d’autre part.

Le club des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO s’est également évertué de dégager des perspectives de résolution efficace des questions d’actualité telles que la crise au Mali où la mission sollicite d’être renforcer en troupes et en matériels face à la résurgence des attaques meurtrières, la crise en Guinée Bissau et en Guinée Conakry où le Président aurait truqué massivement les élections législatives du 28 Septembre.

Dans ce contexte fortement marqué par les besoins de vivre à l’abri de la peur (paix et sécurité) et de vivre à l’abri du besoin (développement), l’espace communautaire a besoin d’un (ou des) vrai leadership incarné et assumé; mais qui du Sénégal, de la Côte d’Ivoire ou du Burkina Faso saura représenter pour CEDEAO ce qu’est l’Allemagne pour l’Union Européenne ? Les défis sont majeurs et les enjeux primordiaux.

Saliou FAYE, Chercheur et Coordonnateur du Centre d’Etudes et de Recherches Internationales et Stratégiques (CERIS)






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