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La Franco-Turque Sevil Sevimli devant la justice d'Ankara

le 26 Septembre 2012 à 11:40 | Lu 327 fois

La jeune femme, qui encourt 32 ans de prison pour des liens supposés avec une organisation d'extrême gauche, est jugée mercredi. Elle se veut optimiste mais les dérives récentes des lois antiterroristes turques rendent incertaine l'issue du procès.


La Franco-Turque Sevil Sevimli devant la justice d'Ankara
Sevil Sevimli se veut confiante quant à son procès, qui démarre ce mercredi devant la cour d'assises de Bursa. «J'ai l'espoir que tout se passe bien» assure-t-elle par téléphone au Figaro. «Je n'ai rien fait d'illégal, de méchant, de mal». L'étudiante franco-turque, qui encourt 32 ans de prison en Turquie pour des liens supposés avec une organisation d'extrême gauche, peine encore à comprendre les raisons qui l'ont conduite derrière les barreaux.

Arrivée au début de l'année de Lyon à Eskisehir, dans le nord-ouest du pays, dans le cadre d'un échange Erasmus, l'étudiante de 19 ans en licence de communication avait été arrêtée puis placée en détention le 10 mai. Après trois mois passés en prison, elle a finalement été remise en liberté sous contrôle judiciaire le mois dernier, avec interdiction de quitter le territoire jusqu'à son procès. «J'habite chez une amie turque, ma mère et mon petit frère sont avec moi, raconte-t-elle. Je peux marcher dans la rue mais je n'ai pas la conscience tranquille, je sens que je suis suivie».

Son crime présumé? Ses liens avec une organisation d'extrême gauche, proche de la cause kurde et interdite en Turquie pour ses activités terroristes, le Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C). Auteur de nombreux attentats depuis la fin des années 1970, ce mouvement a encore fait parler de lui le 11 septembre en tuant un policier dans un commissariat d'Istanbul.

Les trois «défauts» de Sevil: kurde, alevie et de gauche
Sauf que les indices de son appartenance supposée à cette organisation semblent pour le moins faibles. Dans le détail, il lui est reproché d'avoir participé au défilé du 1er Mai, pourtant légal à Istanbul, et d'avoir assisté, parmi 350.000 autres spectateurs, à un concert de Yorum, un groupe luttant pour les droits et les libertés. Elle a également collé une affiche en faveur de la gratuité de l'enseignement. «Avant d'entrer en prison, cette fille n'avait même pas entendu parler de l'organisation à laquelle on tente de la lier», s'indigne son avocat Me Sami Kahraman.

«Initialement accusée d'avoir simplement participé à cette organisation, Sevil Sevimli encourait 12 ans de prison, mais après qu'elle a affirmé dans la presse sa solidarité avec les autres étudiants incarcérés, elle a été accusée de carrément diriger l'organisation et risque donc 32 ans de détention!» explique Reynald Beaufort, fondateur de l'association Turquie européenne. Son cas est emblématique des dérives causées par l'arsenal législatif antiterroriste réactivé par Ankara en 2006 pour lutter contre la rébellion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l'extrême gauche. «Cette loi brise le droit de la défense, déplore Julien Bayou de l'association Avaaz. L'avocat de Sevil n'a eu accès au dossier qu'au mois de juillet».

«Sevil Sevimli n'a pas de chance, elle cumule en quelque sorte tous les défauts, poursuit Reynald Beaufort: elle est kurde, alevie (une minorité religieuse issue de la branche chiite de l'islam) et de gauche.»

Le sort de la jeune fille a suscité un élan de mobilisation inédit en France, où la pétition lancée par son comité de soutien a recueilli 125.000 signatures. «C'est la pétition qui m'a donné de l'espoir quand j'étais en prison», affirme-t-elle, reconnaissante. Difficile toutefois de prédire l'issue du procès. La double nationalité n'étant pas reconnue en Turquie, Sevil Sevimli est une simple citoyenne turque au regard des autorités locales. «La spécialité en Turquie, c'est de maintenir la pression en faisant durer l'affaire, notamment en annonçant le report du procès en début d'audience, explique Reynald Beaufort. Le consul français sera présent, dans l'espoir d'exercer une certaine pression en faveur de Sevil Sevimli. Mais le ministère des Affaires étrangères reste prudent, tirant les leçons de l'affaire Cassez au Mexique, dans laquelle l'intervention à la hussarde de Nicolas Sarkozy s'était avérée contre-productive».

Par Laura Raim


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