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La Francophonie, ce truc de la France... - Par Moustapha Barry

Ainsi donc le Sommet de la Francophonie vient de s'achever à Dakar. Sous les acclamations de tous ou presque... Acclamations et célébrations pour Abdou Diouf qui, 14 ans après avoir quitté le Sénégal à la suite d'une amère défaite a des élections présidentielles qui mettaient terme a un règne de près de 20 ans a la tête de ce pays. Abdou Diouf fait place donc à Michaelle Jean du Canada comme Secrétaire Générale de l'organisation dite de la Francophonie a défaut d'un candidat Africain qui satisfait le profil que souhaitaient François Hollande et son gouvernement.


Rédigé par leral.net le Vendredi 19 Décembre 2014 à 09:13 | | 3 commentaire(s)|

La Francophonie, ce truc de la France... - Par Moustapha Barry
Le tintamarre autour du conclave de Dakar, qui a décidé de draper l'OIF d'atours "économiques" comme objectifs pour les années à venir, nous a inspiré une petite analyse sur cette organisation qui est en réalité un outil d'instrumentalisation des pays africains ; un relais pour la perpétuation de la domination économique et culturelle de la France dans nos pays.

Le poste de Secrétaire Général a été initialement pressenti pour le Président déchu Blaise Compaoré selon des sources bien informées. Le Président français a même confirmé cela lorsqu'il a fait récemment allusion à ses multiples tentatives de dissuader le tyran de Ouagadougou a renoncer a une révision de la constitution qui lui aurait ouvert la voie a un nouveau mandat a la tête du Burkina Faso. Preuve encore une fois que ce poste est plutôt devenu une sorte de plateforme d'atterrissage ou de récompense pour anciens collaborateurs de l'impérialisme français.

Abdou Diouf avait été co-opté comme Secrétaire Général de cette Organisation fourre-tout où on retrouve des Etats au paysage linguistique si divers du français comme l'Albanie, Andorre, la Roumanie, la Moldavie etc.

Et d'autres pays dits membres associés ou observateurs où le français n'a aucune présence réelle comme la Croatie, l'Uruguay, l'Estonie et j'en passe.

En termes d'influence réelle du français dans certains pays africains crédités d'abriter le plus grand nombre de francophones (apparemment, 96 millions), le nombre réel de personnes maîtrisant la langue de Victor Hugo ne cesse de baisser sérieusement et dans certains pays comme le Sénégal ce recul a aujourd'hui atteint 30% en chiffre réels... Et pour cause l'Anglais et les langues locales plus prisées sont passés par là !

Quelques années donc après le départ de Diouf du Palais de Dakar, la France ne pouvait trouver meilleure posture pour le Sénégalais qui était subitement en chômage sur les bords de la Seine. L'Organisation de la Francophonie qui se cherchait encore sous un certain Pierre Boutros-Ghali dont la connaissance du français a toujours été approximative et venait récemment d'être remplacé de la tête de l'ONU par Kofin Anan quelques années plus tôt après seulement un mandat, avait besoin de "quelqu'un... La France voulait quelqu'un qui avait une envergure Internationale pour donner à "ce truc français" un certain aspect international.

Et en 2012, Diouf avait le profile adéquat pour sortir l'OIF de l'ornière et lui donner une certaine crédibilité:

1. Diouf venait juste de "réussir" une transition démocratique dans son pays qui faisait image de "modèle" démocratique même si ce mérite lui était fort contesté dans son propre pays ou il était devenu très impopulaire depuis au moins une dizaine d'années suite aux politiques draconiennes d'ajustements structurels imposées par le FMI.

2. L'Afrique étant le bastion principal de la langue française avec plus de 20 pays ayant le français comme principale langue administrative, quelle aubaine pour cette organisation en quête de crédibilité que cet ancien Chef d'Etat auréolé du manteau de démocrate et originaire d'un petit pays d'Afrique qui s'est fait des lettres de noblesse en tant que modèle de gouvernance pacifique et démocratique en Afrique.

3. Qu'elle meilleure façon de rendre hommage à Léopold Sédar Senghor, ce chantre de la négritude ou plutôt de la Francophonie avant même l'avènement de cette organisation ?

L'Afrique étant le bastion principal de la langue française avec plus de 20 pays ayant le français comme principale langue administrative, quelle aubaine pour cette organisation en quête de crédibilité que cet ancien Chef d'Etat auréolé du manteau de démocrate et originaire d'un petit pays d'Afrique qui s'est fait des lettres de noblesse en tant que modèle de gouvernance pacifique et démocratique en Afrique. Sans "opposition" ni "atermoiements".

La France avait donc trouvé son parfait "Tiraileur Sénégalais" en l'endroit de Diouf pour donner un caractère mondial a l'organisation dont la mission première est de contrer l'hégémonie de l'Anglais qui ne cesse de gagner du terrain en Afrique et dans le reste du monde.

Voilà donc le scénario de l'avènement de Diouf au poste de Secrétaire Général de cette organisation sous les auspices de la France.

Et c'est de ce même poste que Blaise Compaoré aurait hérité s'il avait suivi le Conseil de "son ami" Francois Hollande de renoncer à un troisième mandat.

Quel est l'état des choses du point de vue linguistique aujourd'hui ? Après donc 12 ans sous le leadership de Diouf le constat est têtu : l'envergure du français ne se présente pas mieux, l'Anglais continue son bonhomme de chemin en tant que principale langue d'échanges commercial et scientifique dans le monde...

Le Sommet de Dakar s'est visé comme objectif de plus se concentrer sur le développement, sous-entendu renforcer l'influence économique de la France dans les pays membres, surtout en Afrique. Et cela, malgré la politique arrogante et paternaliste des tenants du pouvoir en France a l'égard des pays africains et le racisme dont sont victimes les ressortissants du continent dans ce pays qui se targue d'être le "berceau des Droits de L'Homme" ajouté a cela la politique désastreuse d'exploitation et d'asservissement des 50 dernières années.

Aujourdhui, avec la ruée d'investisseurs vers le continent, la France, qui continue de retenir la part principale des investissements directs en Afrique (avec 18%) et la présence quasi-monopoliste de poids lourds français comme Bollore, France Telecom/Orange et autres, a dégagé une stratégie globale de redéploiement impérialiste bien résumée a travers le Rapport dit Vedrine (du nom de cet ancien ministre français des Affaires étrangeres de la fin des années 90). Cette stratégie s'articule autour d'une dizaine d'axes stratégiques fondamentaux et dans chacun d'eux l'Organisation de la Francophonie et ses conduits satellites jouent un rôle clef :

- Extension de la zone CFA (ce regroupement monétaire qui subtilement soutire toute souveraineté monétaire a 14 pays africains avec un marche global de 135 millions d'habitants) aux autres pays voisins qui sont déjà pour la plupart membres ou membres-observateurs de l'organisation.

- Promouvoir et renforcer la présence de Sociétés monopolistes privées ou publiques françaises dans l'espace économique africain afin de limiter l'intérêt grandissant de nouveaux investisseurs sur le continent, notamment de la Chine, des Etats-Unis et autres.

- Promouvoir la Francophonie par le biais du développement d'initiatives d'apprentissage du français dans les pays africains fussent-ils francophones, anglophones ou autres et faciliter l'entrée de jeunes élites africaines dans les Universites françaises ; sans oublier la prolifération de centres culturels français dans les principales villes des pays africains et l'octroi de médailles de Chevaliers de l'Ordre du Mérite français a certaines élites émergentes de la Société dite civile ou politique. En plus du renforcement des moyens alloués aux principaux vecteurs de la prolifération de la culture française que sont principalement RFI, TV5 Monde Africa, Canal +, AITV/RFO etc...

- Une stratégie d'absorption d'une partie des rémittences monétaires venant des travailleurs africains francophones expatriés, a travers les organismes financiers français opérant en Afrique ; rémittences chiffrées a des dizaines de milliards d'Euro par an.

Comme on le voit, la France a (et légitimement du reste) une stratégie de préservation et de renforcement de ses intérêts en Afrique par le biais d'artifices divers (et la Francophonie se trouve être un de ces artifices), aidée en cela par des élites Africaines qui tardent encore à comprendre la vénalité d'occuper la place du "Tirailleur" des temps modernes(ce supplétif des temps coloniaux qui participait avec autant de zoïle a la défense de la France et de ses intérêts, mais qui en retour n'a même pas bénéficié de la moindre reconnaissance).

Il doit être compris que l'enjeu pour les Africains est plus que sérieux aujourdhui. Il s'agit de penser une stratégie novatrice centrée sur une conscience des intérêts de nos pays et de nos populations first and foremost! Les élites politiques au pouvoir aujourd'hui ou dans le futur y arriveront le jour où elles commenceront à jeter un regard critique sur certaines attitudes qui consistent par exemple a se réunir autour du Président français a l'occasion d'un conclave annuel fallacieusement intitulé "Sommet France-Afrique" ou alors faire le voyage de Paris a la veille ou au lendemain d'élections présidentielles dans leurs propres pays.

Sous ce rapport, la posture constante du Rwandais Paul Kagamé est un exemple intéressant à méditer. Il est temps que les Africains que nous sommes ayons le courage de nous affranchir des chaînés asservissantes du complexe néo-colonial, seul préable a réapproprier notre dignité et notre indépendance afin d'entamer la trajectoire nouvelle qui déterminera des destins tout autres pour nos pays.

Moustapha Barry,
Cadre Supérieur en Télécommunications
Melbourne, Australie









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