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La Géorgie redoute une intervention russe

le 21 Juin 2012 à 13:18 | Lu 724 fois

Les manœuvres militaires de Moscou dans le Caucase auront lieu en même temps que les élections législatives géorgiennes.


La Géorgie redoute une intervention russe
Pourquoi le Kremlin a-t-il décalé à l'automne les traditionnelles manœuvres militaires russes dans le Caucase, qui ont lieu d'ordinaire en juillet? Pour se donner la possibilité d'intervenir militairement en Géorgie, répondent, à l'unisson, des respon­sables géorgiens et des dissidents russes.

En août 2008, la fin des exercices avait coïncidé avec l'entrée des forces russes dans la petite république caucasienne. Nostalgique de l'Union sovié­tique, Vladimir Poutine, dont les forces armées occupent toujours 20 % du territoire géorgien (Abkhazie et Ossétie du Sud), veut rétablir l'influence russe sur cette région rebelle tournée vers l'Occident et contrecarrer sa marche en direction de l'Otan et de l'Union européenne. «Mais il n'osera pas envahir la Géorgie sans prétexte», estime l'analyste politique russe Andreï Piont­kovski, proche de l'opposition.

Sécuriser les frontières
Les élections législatives géorgiennes prévues en octobre pourraient lui en fournir l'alibi. «Si le Kremlin réussit à perturber les élections par des manifestations violentes, en utilisant ses relais en Géorgie, il tentera de brandir la défense de la démocratie dans sa sphère d'influence pour justifier une aventure militaire», redoute un proche du président géorgien.

Il existe un second scénario: d'éventuelles frappes militaires israéliennes contre l'Iran, que certains experts redoutent à l'au­tomne. «Le ministère de la Défense a préparé un plan pour réagir à une intervention contre l'Iran», affirme l'analyste militaire russe Pavel Felgenhauer, d'ordinaire très bien informé.

Le 14 mars dernier, le journal russe Kommersant, citant des sources officielles, estimait qu'une guerre avec l'Iran «pouvait compliquer la situation dans le Caucase» et que la Russie «serait probablement amenée à corriger certaines failles». C'est-à-dire à sécuriser les frontières entre l'Iran et l'Arménie.

Andreï Piontkovski s'en dit persuadé: «Si Barack Obama - qui a promis aux responsables russes qu'il serait plus conciliant lors d'un second mandat - est sur le point d'être réélu, les Israéliens frapperont. Poutine attend cette opportunité. Il demandera un accès aux bases russes en Arménie et imposera un corridor militaire à la Géorgie pour les rejoindre.»

Paranoïa géorgienne? Pourquoi le Kremlin serait-il à ce point obsédé par la petite république rebelle, qui a quitté l'URSS en 1991? Aux raisons classiques - rétablir l'influence russe sur les ruines de l'Union soviétique, empêcher la Géorgie d'adhérer à l'Otan et à l'UE - est venu s'ajouter le bilan, salué par les institutions internationales, des réformes à Tbilissi, notamment celle de la police.

Stratégie du fait accompli
«Le Kremlin est effrayé par la réussite de la Géorgie, qui commence à être considérée comme un modèle à ­suivre dans la région. Tout succès d'une révolution démocratique dans l'ancien ­espace soviétique est mauvais pour Poutine», poursuit Andreï Piontkovski. Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, est aussi inquiet: «La Russie veut récupérer la Géorgie coûte que coûte et travaille à différents scénarios pour y arriver. Je ne dis pas qu'il y aura une invasion militaire pour sûr cet automne, mais il y a un risque réel d'interférence russe majeure.»

Et ce, d'autant plus que les forces russes ont été récemment consolidées dans la région. La 58e armée, celle qui fut le fer de lance de l'invasion de la Géorgie en 2008, a été «réarmée», a annoncé son commandant, le général Andreï Gurulev. De nouveaux missiles ont été installés. Des hélicoptères ­d'assaut pourraient être envoyés en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Déclarées «stratégiques», les manœuvres «Caucase 2012» concerneront également les régions occupées de Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

«Bien sûr, Moscou verrait d'un bon œil une défaite électorale de Saakachvili, mais la guerre en Iran est pour le Kremlin un sujet beaucoup plus intéressant. En une opération militaire, la Russie pourrait s'assurer le contrôle de tous les États du Caucase et de la Caspienne qui faisaient jadis partie de sa zone d'influence. Et imposer ce fait accompli à l'Occident qui, trop occupé avec l'Iran, ne ferait rien. En même temps, une petite guerre victorieuse unirait la nation russe derrière le Kremlin, lui permettant d'écraser les restes du mouvement prodémocratique. Bonus final, une action militaire russe pourrait abattre le régime de Saakachvili», redoute Pavel Felgenhauer, le spécialiste russe des questions militaires.

Il pourrait se tromper. Mais en 2008, il avait été le seul à prévoir l'intervention russe en Géorgie…


Par Isabelle Lasserre


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