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La Grèce se bat pour sauver la manne du tourisme

le 16 Juillet 2012 à 10:32 | Lu 449 fois

En baissant sensiblement leurs tarifs, les hôteliers sont parvenus à endiguer la chute de la fréquentation.


La Grèce se bat pour sauver la manne du tourisme
De notre envoyé spécial à Athènes.

Sur la Grèce, il est une expression qui revient souvent dans les reportages et talk-shows télévisés: «un pays dévasté par la crise». Elle est fausse. La société grecque, qui avait pris, depuis les années 1990, l'habitude de voir son niveau de vie croître régulièrement, est certes aujourd'hui profondément affectée par un appauvrissement brutal, de l'ordre de 25 % depuis 2008. Mais le pays n'offre aucun signe physique de «dévastation», bien au contraire.

Les touristes européens s'y rendant pour la première fois sont toujours agréablement surpris. À l'arrivée à Athènes, les attend une aérogare ultramoderne et bien organisée, qui fut édifiée pour les Jeux olympiques de 2004. De là, ils peuvent prendre un métro pour le centre de la capitale. Les rames sont propres, climatisées, silencieuses. Les stations sont annoncées à l'avance en grec et en anglais. Le touriste pourra décider de s'arrêter à la station «Acropolis», où un escalator le portera jusqu'aux pavés de la rue piétonne Denys l'Aréopagite. Stupéfait par la beauté des lieux, surplombés par le Parthénon, le visiteur n'aura qu'une centaine de mètres à parcourir, à l'ombre de cyprès et de pins maritimes, pour trouver le refuge qu'il cherchait: le tout nouveau Musée de l'Acropole - financé grâce aux subventions de l'Union européenne. Inauguré en juin 2009, œuvre des architectes Bernard Tschumi (franco-suisse) et Michael Photiadis (grec), c'est l'un des plus merveilleux musées européens, tant par ses volumes et son utilisation de la lumière naturelle que par la richesse de ses collections.

Sorti du musée, le touriste voudra-t-il plonger une tête dans l'eau si bleue de la mer Égée? Un tramway aussi neuf que ceux de notre petite ceinture le conduira directement jusqu'aux plages de Glyfada, à 20 km de là. La famille plus intéressée par un farniente dans la campagne méditerranéenne que par un retour culturel au siècle de Périclès louera une voiture à l'aéroport, d'où une splendide autoroute la mènera directement, sans un seul feu rouge ni la moindre pollution publicitaire, jusqu'au milieu du Péloponnèse, au sud de la ville de Tripoli.

Dans l'argent que Bruxelles a donné à la Grèce, il y a eu des fraudes, il y a eu de la corruption, mais tout n'a pas été dépensé en vain, comme le prouve la magnificence de ces infrastructures. Ce sont elles qui devraient permettre à la Grèce de relancer sa principale industrie locale, le tourisme. Il représente déjà plus 15 % du PIB et emploie 20 % de la population active. L'idée est désormais de privilégier les séjours haut de gamme par rapport au tourisme de masse hérité de la fin des années 1970, pour faire monter ce chiffre à 25 % du PIB. Afin d'attirer les riches Russes - qui jusqu'à présent se précipitaient au Monténégro -, le gouvernement grec vient de leur supprimer l'obligation de visa.

En dépit de la crise économique mondiale, la saison 2011 fut une année record pour la Grèce: 16,5 millions de visiteurs, et un chiffre d'affaires total en hausse de 10 % par rapport à l'année précédente, atteignant les 10,5 milliards d'euros. Mais 2012 s'est présenté sous de plus noirs auspices. L'instabilité politique (qui a duré d'avril à juin), le grossissement médiatique des manifestations populaires à Athènes, la peur de grèves sauvages dans les transports maritimes ont dissuadé nombre de tour- opérateurs.

Interdire les grèves?
Au début du printemps, les réservations avaient chuté de 30 % par rapport au niveau de 2011. «Pour nous, le mois de mai a été perdu», se lamente Markos Lambiris, directeur des ventes d'un complexe hôtelier de luxe bâti sur une péninsule baignée par les eaux limpides du golfe Saronique, à trois quarts d'heure en taxi de l'aéroport international d'Athènes. «Quand vous êtes l'organisateur d'un séminaire international prestigieux, vous ne prenez aucun risque. Voilà pourquoi beaucoup de multinationales ont évité la Grèce cette année.»

Après cinq mois de négociations et quelques jours d'un mouvement de grève (peu suivi), la fédération hôtelière a signé le 13 juillet un accord avec les syndicats de salariés, reconduisant une convention collective avantageuse jusqu'à fin 2013, en échange d'une acceptation de baisse des salaires de 15 %.

Le 30 juin, l'on pouvait voir des touristes un peu perdus errer au Pirée après qu'un mouvement de grève eut été déclenché par les puissants syndicats de marins opérant les ferries. Ces mouvements sociaux déclenchés en pleine saison touristique nuisent tellement à l'image du pays que l'éditorialiste du plus sérieux journal grec, Ekathiremini, vient de proposer, «pour raisons de salut national», l'interdiction de la grève dans l'industrie touristique du mois de mai au mois de novembre. «Une idée pleine de bon sens», commente laconiquement M. Lambiris.

Face au marasme qui s'annonçait, les hôteliers du secteur privé ont cependant rapidement réagi, en baissant significativement leurs prix. La nuitée moyenne pour une chambre double s'établit désormais à 100 euros, prix bien inférieur à celui des Rivieras italienne ou française. Cela a marché pour le public anglais: le site britannique de réservation online dealchecker a vu ses réservations pour la Grèce augmenter de 200 % au cours des deux derniers mois. Mais pour les Allemands, c'est trop tard. La perception - très exagérée - d'une germanophobie aiguë au sein de la population grecque, qui reste en réalité très accueillante à l'égard de tous les publics, a orienté cette année nombre de touristes d'outre-Rhin vers l'Espagne ou la Turquie. Les professionnels s'attendent donc à une diminution de leur chiffre d'affaires d'au moins 20 % pour la saison 2012 par rapport à l'année record de 2011…


Par Renaud Girard