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Revue de presse

La Turquie évoque une zone tampon en Syrie

Rédigé par leral.net le Mardi 21 Août 2012 à 12:18 commentaire(s)| | Lu 585 fois

Le ministre des Affaires étrangères fixe à 100.000 le nombre maximal de réfugiés syriens que son pays peut accueillir.


La Turquie évoque une zone tampon en Syrie
La Turquie a reparlé lundi d'une zone tampon en Syrie, sous l'angle humanitaire. «Si le nombre de réfugiés syriens en Turquie parvient à 100.000, nous ne pourrons plus les abriter en Turquie», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, dans une interview au quotidien Hürriyet. Dans ce cas, l'ONU devrait installer des camps «dans les frontières de la Syrie».

Le chiffre des 100.000 réfugiés pourrait être bientôt atteint, la Turquie accueillant déjà 70.000 Syriens. Les Turcs ont évidemment en mémoire l'exode du printemps 1991, quand plus de 500.000 Kurdes irakiens fuyant la répression de Saddam Hussein s'étaient massés à la frontière turque, et que beaucoup l'avaient franchie. Le problème s'était résolu par le retour des réfugiés chez eux, attirés par l'aide américaine déversée dans le Kurdistan irakien. La future zone autonome kurde en Irak était née.

L'histoire peut-elle se répéter? Les réfugiés seraient installés dans une partie de la Syrie déjà contrôlée en partie par les insurgés. Mais, comme les Kurdes irakiens de 1991, ils ne survivraient que grâce à la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne les protégeant contre l'aviation gouvernementale.

Cette possibilité a de nouveau été évoquée par Hillary Clinton le 11 août. Selon la secrétaire d'État américaine, les États-Unis et la Turquie considèrent toutes les options, y compris une zone d'exclusion aérienne.

Inquiétudes sécuritaires
Cette tactique se heurte toujours au même problème: elle nécessiterait la destruction des moyens antiaériens syriens et équivaudrait à une entrée en guerre. Les Turcs le savent bien, mais pour Ignace Leverrier, ancien diplomate français en poste à Damas, éditeur du blog «Un œil sur la Syrie», ils sont motivés, entre autres, par des inquiétudes sécuritaires: «Ankara craint de voir s'infiltrer en Turquie, cachés parmi les réfugiés, des agents syriens chargés de déstabiliser la Turquie et des combattants kurdes du PYD, la version syrienne du PKK des Kurdes turcs.» Pour l'opposant Samir Aïta, membre du Forum démocratique syrien, la déclaration de Davutoglu cache des intentions politiques. «C'est une pression pour obtenir une intervention militaire. La Jordanie, qui accueille deux fois plus de réfugiés que la Turquie, a dix fois moins d'habitants et elle ne se plaint pas.» Le chef de la diplomatie turque a déclaré qu'il participerait à une réunion du Conseil de sécurité le 30 août, organisée par la France pour examiner la situation des réfugiés syriens dans la région. Ahmet Davutoglu «espère qu'une décision y sera prise».

Sur le plan diplomatique, François Hollande a reçu lundi le nouveau médiateur international pour la Syrie, l'Algérien Lakhdar Brahimi, tandis que les combats se poursuivaient sur le terrain, en particulier au centre d'Alep et à Damas.


Par Pierre Prier

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